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voies rapides

  • Toboggans

     

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    Une voiture file sur le pavé mouillé de la voie rapide. Son lourd roulement expire presque aussitôt, comme le bruit d'un avion qui traverse rapidement un épais nuage. J'entends un couinement. Un petit caniche avec un collier à carreaux mordille les chevilles de sa maîtresse. Elle me lance un regard par-dessus l'épaule et poursuit sa route. Deux mecs passent à côté de moi. Ils se marrent.
    Je marche vers l'arrêt de bus. Des voix se font entendre. Les rires complices d'un homme et d'une femme qui savourent ensemble quelque plaisanterie.
    A la station-service d'en face, deux nanas s'interpellent avec bonne humeur. Deux autres rigolent. Une femme sort des toilettes. Elle s'en va d'un pas brusque rendre la clef au pompiste. La voiture de la femme est ouverte. Un homme l'y attend assis. Il y a des livres de poche et des magazines de mode sur la banquette arrière.
    Au-dessus de moi, les gabians tournent et virent, et paraissent planer, soutenus par des fils invisibles.

     

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

    http://www.radiodiction.org

    09 72 15 48 40
    Appeler pour dire un texte
    24h/24 appel non-surtaxé

  • Le dépotoir des rêves

     

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    Heure de pointe habituelle. Lumière du jour déclinant. Nous sommes pris dans un énorme embouteillage. Des milliers de voitures viennent se précipiter dans le coeur de la ville. Le front de mer que nous suivons s'étend sur notre gauche. Nous regardons la mer. Les pare-brise réfléchissent les lueurs incertaines du soleil. Une adolescente en jean se tient sur le passage cloûté. Le garçon qui l'accompagne a passé un bras autour de sa taille. Il lui caresse le sein droit de sa main. Notre regard s'arrête sur le creux dessiné par le jean entre les fesses. L'impeccable géométrie de cette partie du corps se détache pour s'unir au mouvement des véhicules sur la chaussée. La voiture qui nous précède avance de quelques mètres. Les pédales répondent à la pression des semelles. Les avions qui prennent leur envol passent au-dessus de nos têtes. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de béton et de structures d'acier, la voix de David Bowie chante Jean Genie.

    http://www.marseille2013.org/spip.php?rubrique4

     

  • Message is the bottle

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    Les voies rapides se chevauchent dans un coït géant aux membres emmêlés et les phares des files de voitures illuminent le soir comme des lanternes pendues à l'horizon. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de biens de consommation et de signes extérieurs de richesse, toutes les voies sont obstruées de véhicules pris dans un énorme embouteillage. Les stops brillent dans l'air du soir comme des feux dans une immense plaine de corps cellulosiques. La haute muraille d'un autobus donne l'impression d'une falaise de visages. Les passagers qui regardent, évoquent des alignements de morts. Une voiture de police, phare tournant fouettant l'air d'une lueur bleue, se fraye un chemin sur la rampe descendante. Partout, autour de moi, les perspectives changent. Des mouches grouillent contre le double vitrage. Elles jettent un voile bleuté devant mon regard. J'ai le sentiment que tous les véhicules sont immobiles et que la terre tourne follement sous leurs roues. Lorsque je lève les yeux vers le ciel assombri par la nuit, il me semble que le sperme d'un extra-terrestre inonde tout le paysage ; qu'il alimente en énergie ces milliers de machines qui défilent sur la voie express. Les êtres humains qui peuplent ce paysage n'en fournissent plus les points de référence. Ils ne détiennent plus les clés de leur identité. La pornographie étant devenue la forme la plus intéressante politiquement [montrant comment les hommes se manipulent et s'exploitent les uns les autres de la manière la plus impitoyable] les êtres humains qui peuplent ce paysage poursuivent un rêve de violence et de sexualité, tuant chaque année des milliers de personnes et en blessant des millions. L'excés de bien-être fait qu'ils ne sont plus et que le proche doit rester lointain, comme si, se mêler à son semblable provoquait la confusion.