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voie rapide

  • Lune verte

     

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    Le long de la rue, des néons multicolores. une cafétéria pleine de japonais en costumes sombres. une fille qui sort. mèches décolorées. bottes montantes à talons hauts par-dessus le jean clouté. seins qui donnent l'impression de vouloir se faire la malle.
    Elle ne marche pas très droit. trop bu. trop fumé. trop bu. trop fumé. Elle en rit toute seule. "Happy to be sad" comme le chante Billie Holliday, de sa voix de velours qui se déchire.
    Arrivée au parking, elle grimpe dans sa bagnole et démarre. Le boulevard s'offre à elle, avec son flot continu de voitures. Elle s'y insère en se disant : pourvu que personne ne traverse devant moi. Je crois que je suis trop crevée pour seulement appuyer sur le frein.
    Puis, elle baisse la vitre gauche, la seule qui fonctionne, et met la radio. L'air chargé de fines particules de poussières, danse dans la lumière, en formant d'étranges motifs. Au loin, un homme fouille dans une poubelle. Tout près, un immeuble pareil à une boîte d'allumettes, semble le contempler d'un oeil morne. Tous les immeubles alentour paraissent identiques.
    Elle allume une cigarette et s'engage sur la voie rapide. A cette heure avancée de la nuit, son cerveau est une jungle de neurones interconnectés. Autour d'elle, toutes les voies sont encombrées par la circulation. Elle lance un coup d'oeil sur les conducteurs. Ils paraissent tous pris dans un piège.
    Elle se dit que ce dont elle a besoin, c'est d'une bière bien glacée, avec des perles de buée bien fraîches qui dégoulinent sur la surface du verre.
    L'aiguille de la jauge est au rouge. Trop fatiguée pour s'arrêter prendre de l'essence, elle continue.

     

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • Décharges d'ultimes

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    Un ciel sans nuage, aussi figé que l'air dans une chambre froide, coiffe les murs de béton et l'étendue silencieuse des parkings. Malgré l'heure matinale, une vingtaine d'habitants se tiennent déjà sur leurs balcons, attachés-case et sacs à main brandis comme des pièces d'armure. Ils regardent dans la même direction l'avalanche graisseuse de détritus entassés au pied de leur immeuble. A première vue, tout semble normal, mais à l'approche des premiers rangs du parking, l'illusion de normalité commence à se dissiper. Les véhicules sont couverts de détritus. Les carrosseries, rayées et tachées. Les pare-brise pulvérisés. Bouteilles vides, boîtes de conserve, débris de verre jonchent les allées. Leur entassement laisse supposer qu'il y a eu un bombardement depuis les balcons. Sur le mur qui fait face à l'immeuble, quelqu'un a griffonné un message, premier d'une série de slogans qui vont couvrir bientôt chaque surface libre du bâtiment. Il y a trop d'hostilité ici. Il y en a toujours eu. Mais depuis que le vide-ordures est de nouveau bouché, elle ressort. Les gens s'en prennent à n'importe quoi. Tout ça parce qu'un ballot de rideaux en brocart obstrue le conduit et retient une colonne de détritus. Certainement à cause de la quinquagénaire du salon de coiffure qui passe son temps à redécorer son appartement du troisième étage et qui fourre de vieilles carpettes, voire du petit mobilier dans le vide-ordures. Sans oublier celle d'en bas qui dépose ses ordures par petits sacs devant sa porte et secrète dans le conduit un flot continu de saletés mucilagineuses. Toutes les cinq minutes, son climatiseur s'arrête et un air fétide stagne dans toute les pièces. Le climat mental qui règne dans cet immeuble a fait l'objet d'enquêtes dont les conclusions sont accablantes. L'absence d'humour en constitue le trait le plus significatif. Tous les témoignages s'accordent sur ce point : les habitants de l'immeuble ne plaisantent pas à leur sujet. Ce qui est irritant, c'est de voir comment cet agglomérat apparemment homogène de gens aux revenus élevés, a pu se scinder en camps hostiles. Les vieilles divisions sociales fondées sur la puissance, le capital et l'égoïsme ont resurgi, ici comme ailleurs.