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urbanisme

  • Rond point

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    La mer au loin. le ciel blanc. aucun arbre. lunettes noires. bouches qui tètent des sodas. couples aux visages luisant comme du bois ciré. Elle titube. Pourtant, elle n'a pas bu. Elle garde les yeux grands ouverts. Elle observe les voitures qui démarrent ou freinent aux feux rouges. Elle lève la tête vers le ciel. Elle reste debout. Elle ne se rappelle plus la saison qui l'a poussée à sortir de chez elle. Elle marche sur le trottoir. Elle regarde parfois la vitrine d'une boutique. Elle a chaud. Elle jette son manteau dans une poubelle. Elle revient sur ses pas pour le récupérer. A présent, il sent mauvais. Elle s'arrête pour voir les noms des rues. Elle ne sait pas où aller. Elle préfère continuer à marcher. Elle en a assez de voir les gens marcher tête baissée sur les trottoirs. Elles se demande ce qu'ils peuvent avoir dans la tête tous ces gens dans la rue. Elle ne peut se retenir d'éclater de rire dans la rue, sans aucune raison, pour le seul plaisir de se sentir en vie. Elle s'assoit sur un banc près du bac à sable désert.  Les piétons marchent dans un sens et dans l'autre. Certains s'arrêtent au milieu du trottoir sans qu'on sache pourquoi. Elle essaie de bronzer. Elle ne dit rien. Elle regarde sa montre. Elle regarde les lignes de ses mains. Elle les trouve profondes. Elle regrette de ne pas croire aux signes du destin.

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  • Rue de la République

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    Dans ce quartier, bon nombre de maisons en bordure de rue sont camouflées derrière des échafaudages et des bâches en plastique. Les piétons circulent sous les échafaudages par d'étroits tunnels faisant office de passerelles. Des embranchements à intervalles réguliers s'ouvrent sur des portes d'entrée et des commerces.
    Non loin d'un petit supermarché, un vieux poivrot fait glisser son pantalon en toile crasseuse le long de ses jambes, puis il s'accroupit sur la grille du métro et lâche sa merde. Il finit par se relever et le pantalon sale autour des chevilles, il essaie de faire deux pas en traînant les pieds. Les couilles à l'air qui ballotent, il semble réfléchir.
    Des gens passent et des nuées d'oiseaux ruissellent dans le ciel comme les gouttes aiguës d'un métal fondu.

    à lire : "Les mauvaises herbes" mon essai fiction publié
    par la revue électronique de littérature SQUEEZE N°3
    dans la rubrique "de l'utilité de l'art"

    http://revuesqueeze.blogspot.com

  • Lune verte

     

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    Le long de la rue, des néons multicolores. une cafétéria pleine de japonais en costumes sombres. une fille qui sort. mèches décolorées. bottes montantes à talons hauts par-dessus le jean clouté. seins qui donnent l'impression de vouloir se faire la malle.
    Elle ne marche pas très droit. trop bu. trop fumé. trop bu. trop fumé. Elle en rit toute seule. "Happy to be sad" comme le chante Billie Holliday, de sa voix de velours qui se déchire.
    Arrivée au parking, elle grimpe dans sa bagnole et démarre. Le boulevard s'offre à elle, avec son flot continu de voitures. Elle s'y insère en se disant : pourvu que personne ne traverse devant moi. Je crois que je suis trop crevée pour seulement appuyer sur le frein.
    Puis, elle baisse la vitre gauche, la seule qui fonctionne, et met la radio. L'air chargé de fines particules de poussières, danse dans la lumière, en formant d'étranges motifs. Au loin, un homme fouille dans une poubelle. Tout près, un immeuble pareil à une boîte d'allumettes, semble le contempler d'un oeil morne. Tous les immeubles alentour paraissent identiques.
    Elle allume une cigarette et s'engage sur la voie rapide. A cette heure avancée de la nuit, son cerveau est une jungle de neurones interconnectés. Autour d'elle, toutes les voies sont encombrées par la circulation. Elle lance un coup d'oeil sur les conducteurs. Ils paraissent tous pris dans un piège.
    Elle se dit que ce dont elle a besoin, c'est d'une bière bien glacée, avec des perles de buée bien fraîches qui dégoulinent sur la surface du verre.
    L'aiguille de la jauge est au rouge. Trop fatiguée pour s'arrêter prendre de l'essence, elle continue.

     

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  • Message is the bottle

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    Les voies rapides se chevauchent dans un coït géant aux membres emmêlés et les phares des files de voitures illuminent le soir comme des lanternes pendues à l'horizon. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de biens de consommation et de signes extérieurs de richesse, toutes les voies sont obstruées de véhicules pris dans un énorme embouteillage. Les stops brillent dans l'air du soir comme des feux dans une immense plaine de corps cellulosiques. La haute muraille d'un autobus donne l'impression d'une falaise de visages. Les passagers qui regardent, évoquent des alignements de morts. Une voiture de police, phare tournant fouettant l'air d'une lueur bleue, se fraye un chemin sur la rampe descendante. Partout, autour de moi, les perspectives changent. Des mouches grouillent contre le double vitrage. Elles jettent un voile bleuté devant mon regard. J'ai le sentiment que tous les véhicules sont immobiles et que la terre tourne follement sous leurs roues. Lorsque je lève les yeux vers le ciel assombri par la nuit, il me semble que le sperme d'un extra-terrestre inonde tout le paysage ; qu'il alimente en énergie ces milliers de machines qui défilent sur la voie express. Les êtres humains qui peuplent ce paysage n'en fournissent plus les points de référence. Ils ne détiennent plus les clés de leur identité. La pornographie étant devenue la forme la plus intéressante politiquement [montrant comment les hommes se manipulent et s'exploitent les uns les autres de la manière la plus impitoyable] les êtres humains qui peuplent ce paysage poursuivent un rêve de violence et de sexualité, tuant chaque année des milliers de personnes et en blessant des millions. L'excés de bien-être fait qu'ils ne sont plus et que le proche doit rester lointain, comme si, se mêler à son semblable provoquait la confusion.

  • L'odeur du goudron

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    L'herbe a l'air plus verte, les bancs du jardin public ont meilleure allure et les fleurs se donnent plus de mal pour briller. Marseille se dévoile comme un chantier permanent. Des parties de quartier sont rasées, de nouveaux immeubles se dressent vers le ciel, d'autres encore en construction sont entourés d'échaffaudages. Dans certaines ruelles où les maisons sont plus anciennes [certaines sont murées] des vêtements sèchent aux fenêtres. Plus loin, loin du centre, les touristes descendent des bateaux de croisière. Ils prennent le bus et vont faire leurs achats au Port, dans le ghetto qui leur est réservé. Ils sont tous à la queue leu leu. Ils s'agitent, gesticulent, parlent, crient. Ils sont tous pressés, question de savoir ce qu'ils trouveront au bout de l'aventure. Pourtant, le soleil brille dans le ciel et la mer est propre. Un homme fume une cigarette pendant qu'il boit. Il se parle à lui-même. Il rumine des pensées qui s'envolent. Dans sa tête, un flot de pensées. Boucles. Méandres. Tourbillons. Coups de cymbales. Il transpire aux aisselles, à la nuque, au dos. Il se lève hâtivement, puis il s'éloigne. Un bruit approche. Des moteurs. C'est un convoi de l'armée. Une longue file remplie de soldats. Toute une cargaison qui roule lentement. Un convoi très long et très lent. Le monde est en guerre.