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traces urbaines

  • Variations urbaines

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    J'appartiens au voyageur qui voit dans la trace l'indice d'un évènement qui l'a précédé. Je fais de la fluidité du temps l'espace même de mes actes nécessaires. Il y a tant de manières différentes de ressentir les phénomènes de la ville. Rien n'est constant. Tout change constamment. Nous sommes assaillis par une multitude d'impressions, différentes sensations, force/énergie se composent et se recomposent autour de nous. Le temps ne peut pas se répéter. Tout change continuellement. Tout se résume au mouvement. Tout est toujours différent. Il n'y a rien qui constitue jamais une fin parce que tout peut devenir la base de quelque chose de neuf et de différent. Entrelacées, marginalité et disparition ne cessent, dans l'état actuel des choses, de s'engendrer mutuellement.

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    Shoot canin page 38

  • En direction de la rue Sénac

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    J'ouvre ma fenêtre et je regarde le graff tracé à la hâte sur le mur d'en face. La rue aboutit à quelques marches qui mènent sur une place piétonne entourée de maisons ocre jaune et de terrasses de cafés. Le matin, des clients prennent leur petit-déjeuner penchés sur leur journal. Seule la moitié infèrieure de leur visage change. Leurs yeux demeurent identiques, scrutateurs : des yeux de lecteurs attentifs aux faits divers.
    Tout près, un chien s'arrête devant chaque tronc d'arbres, devant chaque arbuste, en reniflant tout ce qui lui tombe sous le museau.
    Un peu plus bas, en direction de la rue Sénac commence la vie des filles de joie et des travestis opulents, qui exhibent leurs perruques en plastique, surveillés par les maquereaux qui font la police aux coins des rues.
    Des petits hôtels pour une demi-heure. Des clients qui négocient les prix. Le tout pathétique et violent dans les rues où s'amoncellent les poubelles.

    http://www.editionsdelabatjour.com/

    p.76 vous pourrez lire ma microfiction
    Notre Dame des morts violentes

  • Kitsch projet

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    Dans le hall de la gare, il regarde autour de lui et aperçoit un panneau indiquant l'entrée du métro. Il descend un escalator, achète un ticket au guichet, et marche jusqu'au quai. Là, il prend la ligne 1 et sort à la station dont le nom lui dit quelque chose. Sur la place animée et bruyante, se trouvent des bistrots très fréquentés.
    Une fois dehors, il s'installe à une table en terrasse et commande un café. Des touristes mangent des kebabs. Une femme lit à voix haute un article de journal à l'intention d'une autre femme qui se met à rire d'un rire horrifié. Des volutes de fumée de cigarettes bloquées par son rire, se coincent dans sa gorge. Elle tousse. Rire la fait tousser. Sa toux explose si forte et si brusque qu'elle effraie un chien qui se met à aboyer. Puis, la femme paraît épuisée. Elle a le souffle court, comme si elle respirait à travers plusieurs couches de tissu.
    Lui, il songe à la soirée qu'il vient de passer. Personne ne le croira quand il racontera sa promenade en compagnie d'une fille qui lui avait montré les endroits où gisaient des vieux canapés, des carcasses de frigos, des jouets d'enfants abandonnés, des vieilles bicyclettes, des machines à laver, des cuvettes de cabinets, des ressorts de matelas, des télévisions, des casseroles, des faitouts, des cuisinières, des matelas... Ils s'étaient enfoncés dans une tranchée étroite, entre des murailles d'ordures hautes de six mètres. Il avait eu l'impression que cette décharge était une sorte d'enclave au coeur d'un pays désolé. La tranchée continuait sur une centaine de mètres , puis elle s'élargissait pour former une petite vallée de vieux pneus de voitures.  Certaines piles de pneus faisaient bien quatre mètres et menaçaient de les écraser au moindre contact. L'air sentait le caoutchouc.
    Il se mit à penser à des visites organisées pour les touristes. Une idée à creuser, une idée porteuse de valeurs traditionnelles qui soulèverait des questions sociales. C'est kitsch comme projet se dit-il.
    La pluie s'était mise à tomber, la première pluie d'octobre, elle éclaboussait en fines goutelettes le nez, les sourcils, les lèvres. Elle dégoulinait de partout. Alors, ils s'étaient dirigés vers le parking.
    Plus tard, à l'abri dans la voiture, ils avaient chacun allumé une cigarette et l'avaient fumée en silence, tout en contemplant la pluie tomber. Puis, ils s'étaient engagés sur la voie rapide pour rejoindre le centre de la ville. La pluie avait maintenant fait place à des nappes de bruines.

     

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    SOIREE SQUEEZE STUPEFIANTE LE 8 OCTOBRE / TOUT UN PROGRAMME
  • Miroir sans tain

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    C'est à la sortie de la ville, là où la route file le long du port autonome, que la fille monte. Le bus est bondé, mais elle le traverse de bout en bout, écrasant ses fesses contre tous les sièges et tous les passagers. Son téléphone mobile sonne. Elle se met à parler. Elle parle. Elle regarde celui qui est assis en face, à qui elle ne parle pas. Elle parle à quelqu'un qu'elle ne voit pas. Elle est comme un poisson dans l'eau qui mettrait fin à des milliers d'années de promiscuité.
    Le bus continue à filer. Des carcasses de béton sans ventre baillent devant la mer. Une grosse femme mâche des fruits secs en claquant bizarrement la langue. Elle vit à l'ombre de ses cheveux qui la rendent invisible de profil.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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    Appeler pour dire un texte
    24h/24 appel non-surtaxé

     

  • Vaguement bleu comme le ciel

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    Le vent assaille encore les fenêtres. Un homme pousse un serpent de chariots vers les portes automatiques du supermarché. Il peine de tout son corps filiforme sur le convoi tandis qu'il passe lentement devant les devantures des autres commerces. Appuyé de toute sa longueur contre les poubelles, un matelas se dresse, percé d'un gigantesque trou noirci par lequel passe le jour : cramé de part en part. On dirait qu'une bombe est tombée en plein dessus. Au loin, le grondement étouffé de la voie rapide, une succesion de lacets d'où l'on domine la ville dans toutes les directions, avec des entrepôts qui défilent et de tristes lotissements noyés dans le sable gris de leurs murs décrêpis. Soudain, je me sens très libre et très solitaire. J'écoute des voix, rien que le bruit qu'elles font : deux hommes en train de rire, sur fond de télé à plein tube.