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  • Monbijou Park

     

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    A Berlin, la chaleur me frappe de plein fouet. Il fait tellement chaud que j'ai l'impression que même les rues vont fondre. Moi qui ai l'habitude d'aller le long des trottoirs, tout en regardant à droite et à gauche, je déambule sous un soleil de plomb -exténuée- sans ombre pour me protéger. Quand je découvre Monbijou Park, le soleil frappe si fort que la tête me tourne. Je marche et je regarde. Je jouis de Monbijou Park comme un Grec archaïque verrait en chaque chose une divinité. Plus tard, bien installée sur une chaise longue, je vide des verres de bière, ou je les remplis, tranquillement bercée par les sons électros d'un DJ, en regardant couler le fleuve. Bien sûr, dans cette position, je laisse passer le soleil sans rien lui demander. J'accepte de laisser flotter mon regard et même de suspendre ma capacité de voir, pour imaginer quoi regarder. Toute certitude est dans les rêves écrivait Baudelaire. Bref, J'imagine, c'est-à-dire que je monte des images les unes avec les autres, derrière mes paupières closes. A Berlin, seul le présent fugace existe. D'ailleurs, il vient s'assoir à côté de moi en me disant Me Voici. J'ai vécu un temps où ce qu'on pouvait appeler la justice a été déchiqueté, ce qui veut dire que mon être humain, lui aussi, a été déchiqueté. D'où, de quel lieu et de quel temps, me parle donc ce fantôme ?

  • Match nul

     

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    Sur le toit d'une maison, deux ouvriers changent des tuiles. Ils sont si dangereusement perchés qu'on peut s'attendre, à chaque instant, à les voir tomber. Dans la rue, des boutiques de téléphone longue distance annoncent des prix imbattables pour la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, le Burkina Fasso, le... Plus loin, des magasins de vidéos décorés de posters de Bollywood, encore des parloirs téléphoniques qui promettent les meilleurs tarifs pour Delhi ou Bombay sur des affichettes en hindi et en anglais... Le bar du coin où quelques poivrots suivent le match de football sur le téléviseur installé en terrasse. Ils veulent voir les Bleus remporter le match. Ils appellent de tous leurs voeux une victoire qui ne semble plus possible. Le patron, assis derrière le comptoir, machouille un sandwich entamé et le dépose devant lui entre chaque bouchée. Il a une moustache de phoque et des mèches de cheveux noirs accrochés autour d'une calotte crânienne pour le reste chauve... Au bas des marches, il y a un autre bar avec plein de gens qui rient. Tout le monde se gondole. A mon tour, je m'y mets et ça ne s'arrête que pour mieux repartir de plus en plus fort... Je monte les marches et recommence de me traîner de par les rues, mettant toujours et encore un pied devant l'autre.

     

    http://radio.diction.free.fr/emissions.html

  • Le Lamparo

     

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    Etroite et légèrement en pente, la rue est illuminée par les rayons du soleil matinal qui réussit à se frayer un chemin entre les immeubles -pas de beaux immeubles en pierre de taille avec leurs habitants en tenue coûteuse tirés à quatre épingles- mais, des immeubles aux façades miteuses, parsemées de grandes taches jaunâtres qui font penser aux marques de nicotine sur les dents d'un gros fumeur. Ici, la rue est sale et négligée. Elle fourmille de passants qui se saluent comme s'ils se trouvaient dans un petit village. Le long de la rue, des marchands proposent légumes, viandes, sucreries, épices exotiques et parloirs téléphoniques. Il y a aussi quelques hôtels de cinquième catégorie. Ce sont des refuges pour ceux dont les yeux sont tellement vides d'espoir qu'on peut encore y voir les plaines brûlantes balayées par le vent, et encore plus loin derrière, le miroitement des manches de pioches et les marteaux-piqueurs. Avec ses fringues kaki toutes fripées, l'homme ressemble à un vieux soldat, au bout d'une longue campagne, qui essaie de faire durer ses bières pour faire passer le goût de la mort qu'il a dans la bouche. Son chien, vautré près de lui comme un petit pote fatigué, ne relève la tête que pour boire un peu de bière dans un cendrier sale posé sur le trottoir. Lorsque je le dépasse, je me dis que la pensée du chaos et de l'insignifiance prend souvent le dessus au moment du contact avec le réel. La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien.

  • Tu dis que t'as besoin d'amour ?

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    Assis sur la marche, il regarde les voitures disparaître au coin de la rue. Il ne lève pas les yeux au ciel, mais il est conscient des étoiles. Elles lui font l'effet de trous dans son crâne, par lesquels une sorte de lumière lointaine et immobile le surveille. C'est comme s'il était seul en présence d'un oeil immense et silencieux, cerné par un flot incessant d'éclairs lumineux. Il se lève. De l'autre côté de la rue, les maisons forment un mur sombre, dentelé. Il met un pied devant l'autre. Quelques centaines de mètres plus loin, il se précipite à l'intérieur d'un café ouvert et s'installe à une table. Pendant un court moment, il boit sa bière. Ce soir, aucun bluesman ne pourrait jouer ce qu'il ressent. C'est impossible. Il a atteint le point de non-retour, même la bière ne passe plus, plus rien ne lui fait d'effet, ni le hash, ni l'herbe, ni l'amour, ni les bruits, ni l'espoir que ça puisse repartir. Dans un ultime effort, il contemple son téléphone, réfléchissant à qui il pourrait faire appel pour venir lui chuchoter des paroles d'adieu. Il passe en revue, l'un après l'autre, ses amis, tout en se répétant qu'il est trop tard pour les déranger et qu'ils ne le prendraient pas au sérieux. "Tu dis que t'as besoin d'amour ?" Il jette un oeil sur les passants qui foncent vers le bus de nuit. Quelle importance de savoir ou de ne pas savoir. Après tout, il a joué parfaitement son rôle.