17/03/2013
Dimanche au parc
De la verdure. Pelouse interdite. Pendant quelques minutes, c'est comme si on vivait ailleurs. Assis sur un banc, un homme replie son manteau sur ses genoux pour cacher une érection aussi soudaine qu'inexplicable. Des ballons circulent dans l'air. Une petite fille dessine à la craie une marelle. La balançoire couine. Des gens courent, à croire qu'ils sont poursuivis par un monstre qui peu à peu gagne du terrain. Ils halètent. Ils suffoquent. Ils dépassent les marcheurs. Ils courent en encourageant leurs cerfs-volant à tue-tête. C'est à peine s'ils remarquent les nuages avant qu'il se mette à pleuvoir.
La pluie s'abat en nappes. Tout le monde est trempé d'un coup. Les parapluies s'ouvrent. Leurs pointes argentées fusent et visent les orbites. Au coin de la rue, c'est la rafale du vent qui les emporte. Les parapluies se retournent et se déchirent. Ils finissent à la poubelle. Tout ce fric dépensé chez le coiffeur et voilà le résultat ! On reçoit la pluie en pleine figure comme des aiguilles. Des sacs en plastique vides s'accumulent en montagnes blanches et molles. Des mouettes patrouillent le secteur. ça monte. ça descend. ça tourne par ci et ça s'abat par là, comme une vague qui annonce le vertige et s'envole sans s'en rendre compte. Les mouettes font ce qu'elles veulent, elles qui ont des ailes. La nuit, il leur faut des lunettes noires.
http://www.editionsdelabatjour.com/article-l-ampoule-nume...
La revue l'Ampoule n°7 vient de sortir
19:24 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ayku, pochoir mural, voce, poésie contemporaine, poétique du graffiti, parapluie, mouettes, portrait de fille, pelouse interdite, street art, marseille, photo de graffiti
20/01/2013
Poématique
Il fait froid. Il pleut. Il vase. C'est vraiment un temps dégueulasse. Dans les rues, c'est comme si l'heure du couvre-feu avait sonné. La vie s'écoule comme amortie. Je laisse errer mon regard sur la salle du bistrot. Par-delà une cloison de bois peint et de verre dépoli, des hommes épais rient au comptoir. Dehors, il y a des chantiers et des immeubles neufs avec des portes de plexiglas, où viennent vivre des cadres avec des attachés-cases et des lunettes à verres rectangulaires.
La ville change. Elle ne passe pas d'un monde à l'autre, celui qui se meurt et celui qui n'en finit pas de naître, elle sort de l'ancien monde vers des lieux hors de tous les lieux, c'est-à-dire, des lieux qui écartent en même temps qu'ils privent de relation avec le monde commun.
Sur le port, tous les bancs publics ont disparu. Il ne reste que la pierre et son rôle purement militaire.
"L'étrangère" micro-fiction publiée dans le magazine de l'ADA
http://www.autour-des-auteurs.net/magazine/new_mag.html
L'Ampoule n°6 des éditions de l'abat-jour
http://www.editionsdelabatjour.com/
08:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : graffiti, street art, poésie urbaine, poétique de la ville, marseille, écrire la ville, écriture sur les murs, attachés-case, architecture urbaine, verre, béton
04/06/2012
La minijupe
Une minijupe sur les fesses, elle achète un bouquet d'oeillets, rouges comme sa jupe. Un costaud aux cheveux filasses passe tout près, si près qu'on peut voir le tatouage à son bras et sentir l'odeur de tabac entre ses dents gâtées. Il lève les yeux sur elle et sourit. Des bruits diffus arrivent de loin. Un volet claque quelque part. Un chat débouche d'une ruelle. Il va miauler devant une porte. La porte s'entrouvre. Le chat entre.
Une vieille femme assise sur un carton. Une main ouverte. A côté d'elle, quelques bananes bien mûres. Dans les rues, l'insolite et le banal ne font qu'un. Le trivial et le sublime aussi. La poésie -comme la photographie- sera faite par tous écrivait déjà Lautréamont.
Pendant que je marche au-dessous des nuages, mes pensées s'envolent vers Araki et son interminable roman photographique. Traces hasardeuses d'une humanité provisoire et fragile.
Un employé municipal vient vers moi en balayant le caniveau. Il racle énergiquement la bordure du trottoir avec l'angle de son balai pour entraîner le moindre débris.
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14/05/2012
Les vagues de Virginia Woolf
Sur les balcons, des herbes qui tremblent, du linge qui pend, des antennes paraboliques. Un chien qui tourne en rond. Une jeune fille qui se coiffe à sa fenêtre dans une attitude d'amphore. Une petite vieille qui remonte un store. Elle disparaît à l'intérieur de chez elle. J'aperçois les rideaux au crochet, un bout de meuble, un tableau au mur, le lustre. Ensuite un mur, puis des immeubles. Tous semblables, mêmes balcons, mêmes persiennes, mêmes petits cafés avec la télé branchée sur le football, mêmes parfums que les vieilles dames laissent dans les ascenseurs, mêmes individus qui promènent leurs chiens avec une de ces laisses qui s'allongent et se rétractent, mêmes jeunes femmes qui rejettent leurs cheveux en arrière d'un brusque mouvement du cou, mêmes bruits incessants des voitures sur l'autoroute, une infinité de lumières jaunes orangées, la fixité des lumières aussi calmes que les arbres, des conteneurs, des entrepôts, des phrases qui arrivent comme des vagues, les vagues de Virginia Woolf. Virginia Woolf qui entendait les oiseaux chanter en grec. Des petits oiseaux qui chantaient en grec.
Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"
29/01/2012
Trois bites
Le parking est désert, juste des arbres malingres plantés là sans conviction, quelques vieux pneus et des cadres de scooters abandonnés. Sur un mur, il y a des tas de trucs illisibles à cause des lézardes et de l'humidité qui le couvre de taches noires. Mais, on distingue sans peine trois bites en rut classiques, avec couilles protubérantes, petite fente au bout du gland et gouttes de foutre jaillissant de l'extrémité.
Tandis que je m'éloigne vers le centre de la ville, le bruit des voitures sur l'autoroute ressemble à une ovation lointaine montant d'une arène où les jeux n'ont jamais cessé.
Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"
21:34 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de pochoir, photograffeuse, photos de murs, street art, art urbain, écriture urbaine, dire la ville, marseille, graffiti, parking
18/12/2011
Le saut périlleux
Dehors, l'aube humide et froide, inonde les rues désertes, s'égoutte des corniches, des rampes, des échelles de secours. Elle émiette les blocs d'ombre entre les édifices.
Il se racle la gorge et crache sur le trottoir. Puis, il s'éloigne, aspirant l'air frais à petits coups rapides et profonds. Il baille. Les jambes lui font mal, à croire qu'il va tomber. Il est courbattu. Il a sommeil. Machinalement, il épluche une cacahuète et la porte à sa bouche. Puis, il tord l'ouverture du sachet et la fourre dans sa poche. Des mouettes tournoyent en criant. Sur le trottoir en face, une femme à cheveux gris le regarde. Elle regarde son menton mal rasé et ses poignets sales qui sortent des manches éraillées de son veston. Il détourne les yeux et s'éloigne, le menton relevé.
C'est un homme avachi. Les intempéries ont blanchi sa barbe et ses cheveux bouclés. Ses yeux semblent avoir été enfoncés dans sa tête à coups de marteau.
L'eau brune du port sent l'eau de lessive. Elle clapote doucement contre les flancs des bateaux. On entend des bruits de chaînes d'ancres.
Tandis qu'il s'éloigne péniblement, il sent des crampes lui tordre le ventre sous sa ceinture trop serrée. Pauvre vieux, ce qu'il lui faut, c'est un coup à boire, pour pouvoir se perdre dans des rêves.
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17/11/2011
Rond point
La mer au loin. le ciel blanc. aucun arbre. lunettes noires. bouches qui tètent des sodas. couples aux visages luisant comme du bois ciré. Elle titube. Pourtant, elle n'a pas bu. Elle garde les yeux grands ouverts. Elle observe les voitures qui démarrent ou freinent aux feux rouges. Elle lève la tête vers le ciel. Elle reste debout. Elle ne se rappelle plus la saison qui l'a poussée à sortir de chez elle. Elle marche sur le trottoir. Elle regarde parfois la vitrine d'une boutique. Elle a chaud. Elle jette son manteau dans une poubelle. Elle revient sur ses pas pour le récupérer. A présent, il sent mauvais. Elle s'arrête pour voir les noms des rues. Elle ne sait pas où aller. Elle préfère continuer à marcher. Elle en a assez de voir les gens marcher tête baissée sur les trottoirs. Elles se demande ce qu'ils peuvent avoir dans la tête tous ces gens dans la rue. Elle ne peut se retenir d'éclater de rire dans la rue, sans aucune raison, pour le seul plaisir de se sentir en vie. Elle s'assoit sur un banc près du bac à sable désert. Les piétons marchent dans un sens et dans l'autre. Certains s'arrêtent au milieu du trottoir sans qu'on sache pourquoi. Elle essaie de bronzer. Elle ne dit rien. Elle regarde sa montre. Elle regarde les lignes de ses mains. Elle les trouve profondes. Elle regrette de ne pas croire aux signes du destin.
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15:54 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aykü, photo de graffiti, photo de marseille, photograffeuse, photos de murs, art urbain, art de rue, street art, altérité, urbanisme, promenade urbaine, ville de marseille, solitude, banc public
12/11/2011
Travelling
Il s'assoit sur le banc auprès d'elle. Elle croise les jambes. Elle lui tourne le dos. Elle feuillette un magazine. Elle hoche la tête. De l'autre côté de la place, une jeune femme, penchée à une fenêtre, bat un tapis. Elle serre les lèvres. Il fixe le sol. Elle referme son magazine. Elle se lève. Il la regarde. Elle le regarde en hochant la tête. Elle se met un foulard sur la tête. Elle part. Il reste assis tout seul. Il a pourtant essayé bien des fois. Il pense à la solitude qu'il éprouve. Il reste là, assis sur le banc, à se demander pourquoi. Il allume une cigarette. Il regarde de nouveau autour de lui. Il sourit. Il se gratte la tête. Il se prend la tête entre les mains. Il hausse les sourcils. Il hoche la tête. Il hausse les épaules. Il rit tout seul sans trop savoir pourquoi. Il serre ses bras autour de lui. Il fait des bruits de baisers. Au bout d'un moment, il se lève. Il rentre dans un petit café. Elle sort. Il la suit du regard. Il s'assoit en soufflant. Elle hoche la tête. Elle détourne le regard. Elle ramasse un caillou. Elle fait passer le caillou d'une main à l'autre. Il se sent heureux rien qu'à la regarder. Elle pousse un profond soupir. Elle allume une cigarette. Elle tire quelques bouffées. Elle s'en va en regardant droit devant elle. Il commande un café avec un verre d'eau.
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09/11/2011
Vous me suivez
Elle marche plus vite. La rue monte et les maisons se font rares. Le sang coule, abondant et chaud, dans ses veines. Elle peut entendre ses pas sur le macadam usé. Une boîte de tomates en conserve titube au milieu de la route. Elle continue à marcher en la poussant devant elle à grands coups de pied. Elle marche à pas rapides. Elle se fraye un chemin à travers les bruits rugueux et tranchants, en dent de scie, de la rue. Elle fait son possible pour modeler le balancement de ses hanches en marchant. L'air lui fouette le visage. Elle marche à grandes enjambées en regardant droit devant elle. Elle marche en silence. La pluie se met à tomber. Au bout de la rue, derrière des petites maisons noires semblables à des boîtes à chaussures, un éclair zigzague parfois. Une odeur de poussière mouillée monte de l'asphalte. Sur son front, les gouttes d'eau sont fraîches. Un long roulement de tonnerre gronde. La pluie se met à tomber à verse. Elle a envie de courir en hurlant des insultes. La pluie siffle sur les pavés. Maintenant, elle a les genoux mouillés. Elle marche. La rue s'étend sous la pluie. Elle marche, anonyme, simple cellule de la foule. Elle prend l'escalier roulant du métro et monte dans un wagon. Debout, elle se laisse soutenir par la masse des autres corps. A chaque station, on la bouscule. La pression devient plus forte. Elle n'oppose aucune résistance. Elle s'abandonne.
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01/11/2011
Une belle journée
Le soleil déverse une lumière nette et dure sur la rue étroite, qui met en relief les choses dans leur exacte vérité. L'homme porte un chapeau de feutre noir et une chemise de palmiers rouges et bleus. Les rides de sa figure tannée sont profondes. Lorsqu'il plisse les yeux pour mieux voir, son large sourire découvre une bouche partiellement édentée. Il ressemble à un homme qui est resté longtemps sans boire. Ses cheveux sont noirs et lisses. Il paraît jeune, mais avec un air d'insatisfaction sereine, comme s'il avait une profonde connaissance de la vie. Lentement, il s'avance jusqu'au carrefour et s'appuie face au soleil contre un magasin au rideau baissé.Ses paupières se ferment petit à petit et on dirait qu'il va s'endormir contre le mur. Il garde cette pause près d'une minute.
"Je donnerais une fortune pour vivre dans un endroit où je pourrais voir le soleil se coucher, comme ça, tous les soirs !" pense-t-il.
Puis, il plonge la main dans sa poche de pantalon et en sort un paquet de tabac et du papier à cigarettes. Il se met à rouler une cigarette et la fait glisser sous sa lèvre supérieure où elle tient toute seule. Il tire de son autre poche une boîte d'allumettes et en allume une sur sa semelle.
Il tient l'allumette enflammée comme s'il étudiait le mystère de cette flamme qui consume l'allumette et monte dangereusement vers ses doigts. Mais, à l'instant précis où la flamme va l'atteindre, il se penche, referme la main sur la flamme qui s'incurve vers son nez, comme s'il voulait y mettre le feu, et la cigarette s'allume.
Il jette l'allumette brûlée et un jet de fumée grise fuse de ses lèvres.
Quand la cigarette a atteint la taille requise, il ouvre la bouche, et il reste un bon moment comme s'il l'avait avalé.
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23/10/2011
Fragment de vie
Avec sa petite cape rapée, elle ressemble à une ancienne courtisane huppée qui a vécu comme les cigales et n'a rien gardé pour ses vieux jours. Elle traverse le bar en silence et se faufile entre les tables. Les clients la suivent du regard. Elle s'installe près du chauffage et allume une cigarette. Elle se tait. Elle continue de fumer. Aujourd'hui, elle est un peu souffrante. Elle a des frissons. Tout tourne quelque peu autour d'elle. Elle tire sur sa cigarette. Elle penche un peu la tête. Elle a les joues flétries et les paupières rouges comme à la suite d'une maladie.
La poitrine haletante, les tempes en feu, le ventre comme une boîte à musique dont le ressort est cassé, les oreilles bourdonnantes, elle essaie de réfléchir. Ses idées se poussent, se battent, se bousculent, tombent et se relèvent dans sa tête qui ressemble à un train fou.
Elle sent dans sa chair une chaleur suffocante, une chaleur qui la laisse à peine respirer, une chaleur reliée par mille petits fils invisibles à d'autres chaleurs. Son front lui fait mal. Elle porte une main à son front. Elle est à bout.
Dehors, à mesure que la nuit s'épaissit, la rue prend un air affamé et mystérieux à la fois. Un petit vent qui court comme un loup, siffle entre les immeubles.
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20/10/2011
Kitsch projet
Dans le hall de la gare, il regarde autour de lui et aperçoit un panneau indiquant l'entrée du métro. Il descend un escalator, achète un ticket au guichet, et marche jusqu'au quai. Là, il prend la ligne 1 et sort à la station dont le nom lui dit quelque chose. Sur la place animée et bruyante, se trouvent des bistrots très fréquentés.
Une fois dehors, il s'installe à une table en terrasse et commande un café. Des touristes mangent des kebabs. Une femme lit à voix haute un article de journal à l'intention d'une autre femme qui se met à rire d'un rire horrifié. Des volutes de fumée de cigarettes bloquées par son rire, se coincent dans sa gorge. Elle tousse. Rire la fait tousser. Sa toux explose si forte et si brusque qu'elle effraie un chien qui se met à aboyer. Puis, la femme paraît épuisée. Elle a le souffle court, comme si elle respirait à travers plusieurs couches de tissu.
Lui, il songe à la soirée qu'il vient de passer. Personne ne le croira quand il racontera sa promenade en compagnie d'une fille qui lui avait montré les endroits où gisaient des vieux canapés, des carcasses de frigos, des jouets d'enfants abandonnés, des vieilles bicyclettes, des machines à laver, des cuvettes de cabinets, des ressorts de matelas, des télévisions, des casseroles, des faitouts, des cuisinières, des matelas... Ils s'étaient enfoncés dans une tranchée étroite, entre des murailles d'ordures hautes de six mètres. Il avait eu l'impression que cette décharge était une sorte d'enclave au coeur d'un pays désolé. La tranchée continuait sur une centaine de mètres , puis elle s'élargissait pour former une petite vallée de vieux pneus de voitures. Certaines piles de pneus faisaient bien quatre mètres et menaçaient de les écraser au moindre contact. L'air sentait le caoutchouc.
Il se mit à penser à des visites organisées pour les touristes. Une idée à creuser, une idée porteuse de valeurs traditionnelles qui soulèverait des questions sociales. C'est kitsch comme projet se dit-il.
La pluie s'était mise à tomber, la première pluie d'octobre, elle éclaboussait en fines goutelettes le nez, les sourcils, les lèvres. Elle dégoulinait de partout. Alors, ils s'étaient dirigés vers le parking.
Plus tard, à l'abri dans la voiture, ils avaient chacun allumé une cigarette et l'avaient fumée en silence, tout en contemplant la pluie tomber. Puis, ils s'étaient engagés sur la voie rapide pour rejoindre le centre de la ville. La pluie avait maintenant fait place à des nappes de bruines.
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06/10/2011
Jouer aux billes
08:03 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de pochoir, photo de mur, photo de marseille, photograffeuse, jouer aux billes, street art, rose
01/10/2011
Gare Saint Charles
Le hall de la gare bourdonne de monde. La foule. Les odeurs. Des troupes avec des valises s'engouffrent dans des trains et en descendent. D'autres attendent, épuisés par la chaleur. ça bouge dans tous les sens. Vers où ?
Une famille passe à toute allure. Des femmes voilées. Un clochard sans dent, regarde la scène et se met à rire. Son chien assis sur le cul, se lèche les babines.
Au bout du quai, un homme reconnaît la personne qui l'attend. Il court à sa rencontre. Lui prend le visage entre ses mains. Les yeux dans les yeux. L'intense amitié.
Dans les gares, on voit des étreintes que l'on ne voit pas tous les jours ailleurs. Même si une heure après, on se dispute, à ce moment-là, on s'aime beaucoup.
On devrait toujours vivre comme si on devait partir le lendemain, ou comme si on venait à peine de rentrer. Tout deviendrait plus précieux : ce que l'on quitte et ce que l'on trouve. Ou venir ici, dans une gare, et faire semblant de partir. Fouiller le monde avec l'idée de revenir. Courir la terre. Courir la mer. La tête dans les poèmes oubliés. Ne pas savoir où aller. Se perdre. Combat de chaque instant. Partir sur les routes. Aller à la rencontre de la différence. Aller plus loin. Demain. Demain peut-être.
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30/09/2011
Nounours ?
22:25 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photograffeuse, photo de pochoir, photo de mur, photo de marseille, peinture rouge, street art, expression libre, exploration urbaine, amour, nounours en peluche
19/09/2011
Passages urbains
Il était une fois, devant un bar de quartier, quatre africains, chacun suivi de sa boutique, un cinquième qui dort au milieu de ses colliers et lunettes de soleil, un homme obèse qui boit de la bière à la bouteille, un clochard qui marche tenant dans sa main droite un sachet qui contient toute sa maison, et dans sa main gauche sa garde-robe, une famille qui passe devant lui à toute allure, un enfant qui court maladroitement, traînant un tricycle qui fait du bruit, une fillette qui tient son chapeau d'une main pour ne pas le perdre, un clochard qui regarde la scène et qui se met à rire, le noir endormi qui se réveille et qui baille comme un lion, l'homme obèse qui a fini sa bière et qui s'essuie le front, une fille qui se fait bronzer sur le toit terrasse du bistrot, l'homme obèse qui lui dit que le soleil c'est pas bon qu'il brûle la peau.
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19:51 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de pochoir, photograffeuse, bonheur, street art, art urbain, art de rue, écrire la ville de marseille, écriture urbaine, poétique urbaine, poétique de la ville, bar de quartier
11/09/2011
A Marseille, les rats ne s'intéressent pas au football
La ville est prise dans une chape de pollution : ozone, dioxyde de sulfure, dioxyde de nitrogène, monoxyde de carbone, particules en suspension de matières fécales... Tout cela flotte dans l'air de la ville qu'on respire.
A quelques mètres, par-delà la terrasse de café, une dizaine de rats se promènent parmi les déchets, sans la moindre crainte des passants qui font tout pour les éviter. Les rats se dirigent tranquillement vers les sous-sols de la Chambre du Commerce, où il y a une réception en cercle fermé, en l'honneur des membres du G7.
Pour eux, ce soir, c'est un grand soir. Ils pénètrent un par un, dans les caves du bâtiment, par un trou percé dans une bouche d'aération. Au-dessus, dans les salons de la Chambre du Commerce, on voit des lustres qui scintillent, des hommes et des femmes en tenue de soirée, des coupes de champagne qui pétillent... On voit que les rats de la Chambre du Commerce sont moins gros que les rats de Noailles, ou ceux du Cours Julien... mais, ils sont jeunes et beaux... et ni les uns, ni les autres, ne s'intéressent au football...
Au début, on a du mal à les différencier, puis, peu à peu, en apprenant à percer l'écran de leur rituel quotidien, on s'aperçoit de leur diversité de caractère. On découvre des rats exubérants, des rats malicieux, des rats arrogants, des rêveurs, des marginaux, des rats qui ont les yeux dans le vague... des rats jardiniers, des rats joggeurs, des rats comblés par tous ces instants de bienheureuse simplicité, où ils se sentent tous parcourus par la même allégresse éphémère, de cette routine marseillaise qui contribue à les revivifier.
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19/08/2011
Shoot canin

Après l'orage, les feux de signalisation sont en panne. Les gens roulent comme des malades. Une petite pluie fine se met à tomber. A l'angle d'un carrefour, ils s'engueulent dans leur langue. Comme deux escrimeurs, ils s'assènent l'un à l'autre des harpons de points d'interrogation, catapultent des chapelets de consonnes, mots acérés et empoisonnés, brûlant comme une mèche, langues claquantes par-dessus des lèvres crènelées, des aboiements éclatant hors des bouches caverneuses.
Ils semblent avoir été tenus en laisse longtemps. Les mots arrachés de toutes leurs forces sont libérés. Et la voix devenue le couteau, débite de plus en plus de mots, jusqu'à ce que ne subsiste plus que le squelette de l'indicible
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12/08/2011
Rue de la République

Dans ce quartier, bon nombre de maisons en bordure de rue sont camouflées derrière des échafaudages et des bâches en plastique. Les piétons circulent sous les échafaudages par d'étroits tunnels faisant office de passerelles. Des embranchements à intervalles réguliers s'ouvrent sur des portes d'entrée et des commerces.
Non loin d'un petit supermarché, un vieux poivrot fait glisser son pantalon en toile crasseuse le long de ses jambes, puis il s'accroupit sur la grille du métro et lâche sa merde. Il finit par se relever et le pantalon sale autour des chevilles, il essaie de faire deux pas en traînant les pieds. Les couilles à l'air qui ballotent, il semble réfléchir.
Des gens passent et des nuées d'oiseaux ruissellent dans le ciel comme les gouttes aiguës d'un métal fondu.
à lire : "Les mauvaises herbes" mon essai fiction publié
par la revue électronique de littérature SQUEEZE N°3
dans la rubrique "de l'utilité de l'art"
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05/08/2011
Parcelles durables

Le ciel en feu disparaît derrière l'horizon. Il se transforme en un véritable incendie de rouges, d'oranges et de roses. C'est comme une récompense du soleil, pour tous ceux qui acceptent de respirer, jour après jour, l'air empoisonné de la ville.
Autour du cou, accroché à un lacet de cuir, il porte un coquillage, peut-être rapporté d'une lointaine île du Pacifique. Au moment où il oblique en direction de la mer, il monte le volume de la radio, allume une cigarette, s'enfonce dans son siège en position avachie pour rouler tranquille et observe la lente disparition de toute chose, les arbustes et les fourrés, les lumières dans les collines, les panneaux au-dessus de l'autoroute. Il est comme dans un convoi où chaque voiture reste derrière celle de devant, à distance suffisante pour voir ses feux arrière, comme une caravane dans un désert, réunie un temps pour traverser en sécurité une zone sombre et inconnue. De temps en temps, quelqu'un met le clignotant droit et quitte la file pour s'engager sur une bretelle de sortie.
Dans la nuit douce et tiède comme un bain, il arrive devant la gare. Tandis qu'il descend le boulevard, il contemple les gens qui flânent, ceux qui se parlent dans l'embrasure d'une porte, ceux qui sont assis à la terrasse des cafés à regarder l'agitation des trottoirs, ceux qui étendent leurs morceaux de tissus jonchés de marchandises bon marché...
Il se dit que la ville, c'est un rêve et une vision, mais en même temps, c'est quelque chose de parfaitement réel, de tangible, de palpable.
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27/07/2011
L'orage
Le crépuscule. Les oiseaux de mer gris planent à proximité du rivage. La lune qui se lève commence à tracer un chemin étincelant à travers les eaux. Sur la plage, il y a des promeneurs et quelques baigneurs attardés. La mer est calme et déserte, brisée seulement au loin, par des vaguelettes. Soudain, un éclair illumine le ciel, suivi d'un grondement menaçant qui fait penser à une poursuite. Je sens alors une goutte de pluie sur ma main tendue.
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22:23 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de pochoir, photograffeuse, photo de marseille, che guevara, écriture urbaine, écrire la ville de marseille, écriture contemporaine, street art, couleurs, oiseau de mer, orage, plage
18/07/2011
L'été
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23/06/2011
Super héros
à lire : "Les mauvaises herbes" mon essai fiction publié
par la revue électronique de littérature SQUEEZE N°3
dans la rubrique "de l'utilité de l'art"
22:47 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aykü, pq, street art, photo de graffiti, photo de marseille, photograffeuse, écriture urbaine
21/06/2011
Les mauvaises herbes
à lire : "Les mauvaises herbes" mon essai fiction publié
par la revue électronique de littérature SQUEEZE N°3
dans la rubrique "de l'utilité de l'art"
15:09 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cours julien, brah, collectiv, street art, art urbain, photograffeuse, photo de marseille, collage, écriture contemporaine, écriture urbaine, publication, squeeze 3, essai, fiction
13/06/2011
Une vague obscurité
Une vague obscurité nappe le port. Partout, on perçoit le bruit des mâts qui souffrent, du bois forçant contre le bois, des cordages qui frottent, tendus à se rompre. Au milieu d'un bateau de pêche, des hommes sont en train de rincer des filets et de les plier ; d'autres déversent des seaux d'eau de mer et frottent le pont avec un balai à long manche.
Cramponné au bastingage, il se tient le buste droit. Il ne bouge pas. Il est grand avec un visage calme et des cheveux bruns. Il porte une vareuse, un gros chandail de laine, des bottes de caoutchouc.
Dans le ciel, il y a quelques étoiles. La lune fait scintiller la mer.
Plus bas, une voiture se gare sur le parking, feux de stationnement allumés. Une personne à l'intérieur. Il se tourne vers les marins, lève la main en guise de remerciement, s'avance vers l'appontement. Une fois sur le quai, il ouvre la portière, monte dans la voiture qui démarre et se perd dans le flot de la circulation.
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11/06/2011
Vertige
Lorsque je remonte au grand jour les escalators ou les escaliers du métro, parfois je suis prise de vertige. La ville resserre son étreinte sur moi. Le large trottoir, l'étal du fleuriste, le front vitré des terrasses de cafés, le grouillement de la foule, la feuille qui voltige, le soupçon de ciel, la lumière de la ville, et pas le moindre interstice, le moindre vide, et le bourdonnement, le tourbillonnement des gens et des véhicules : parcours à ciel ouvert. Tout ce que capte mon oeil est inattendu. Je me retrouve dans un champ magnétique comparable à un essaim immobile de moustiques. Tant d'affluence, tant de nourriture pour la pensée. Je pénètre dans le domaine des humains et ce n'est pas seulement l'écho de l'histoire mais celui de toutes les humanités qui ont traversé ces lieux, qui les ont parcourus, non seulement étrangères mais anonymes, non seulement anonymes mais clandestines.
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08/06/2011
Traces
Parfois, je tourne dans la ville. Je dérive de rue en rue. Je me déplace à l'air libre parmi les voitures, les bus et les motos. Je traverse des paysages de trottoirs, d'affiches publicitaires et de graffitis. Je marche vers un but invisible. Je cours après les phrases écrites sur les murs. Quelque chose de matériel subsiste d'une absence qui fleurit soudain au milieu de tout le cirque quotidien.
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01/06/2011
Poussière et macadam
Sur une marche, une femme en robe imprimée tend un paquet de bonbons à une petite fille. Elle a les ongles vernis, parfaitement manucurés. Dans les cafés, des hommes assis en terrasse. Des assemblées d'hommes. Sur un mur, une trace, au milieu des tags et des graffiti. Préliminaires physiques. Je m'égare dans le labyrinthe de la ville. Je cours après les phrases sur les murs. J'espère que je vais récolter quelque chose. Saisir au vol de la matière pour la soumettre au mouvement de ma course poursuite. Me perdre, tourner en rond, écrire une partition existentielle, une chronique en gestation, dans le grouillement de la foule et l'envolée des rues aux quatre vents. Et soudain, au milieu du trottoir, une femme débraillée, assise seule sur le pas d'une porte. Cheveux gris frisés en désordre, bouche avalée, vêtue d'un manteau de laine noire informe et froissé, elle découpe des petits bouts de papier et les étale à ses pieds. Sans paraître la regarder, la foule fait un détour discret pour l'éviter. Personne ne sait autre chose que ce qu'elle montre d'elle-même. Personne ne sait d'où elle vient, ni pourquoi. Cette manière dont les rues se croisent et se répandent sur le bitume, cela n'existe que dans les grandes villes.
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16:46 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : c215, pochoir mural, street art, photo de mur, photograffeuse, photo de pochoir, écrire la ville de marseille, écriture urbaine, chronique urbaine, labyrinthe, société
30/05/2011
Huis clos
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25/05/2011
Rue Longue
En haut, la canalisation du ciel, puis les façades très écaillées, friables, lézardées ; les étalages de poissons, les fruits de mer, les légumes, les viandes, les épices, les bouquets de persil, la menthe fraîche, la coriandre qui débordent sur la rue ; et puis, le bitume, lui qui semble tout contenir et qui garde l'empreinte de milliards de pas ; lui qui se couche sous les pieds des passants et les intègre dans le cours de l'histoire humaine, comme il intègre les hommes qui pissent sur lui en se cachant à peine et qui confient leur pisse au caniveau, lui-même tout gargouillant de rinçures.
Ici, les trottoirs sont pleins d'histoires, pleins de sexe, pleins de vie de famille, toute la vie de famille portée dehors dans la rue, le marchandage et le commérage, et tout cela dans l'odeur des étals de poissons, de viandes et de légumes.
C'est tout un débordement. C'est de l'humain, le nez plein la vie, la vie dans les narines, le ciel qui coule et qui s'écoule, et le trottoir qui ne sert pas qu'à avancer, mais aussi à mourir de faim et à sombrer. Et les chiens policiers partout, le règne des bergers allemands et des dobermans, et c'est une lutte pour survivre pendant que les mains des vendeurs fouillent dans les tas de légumes et de fruits et qu'elles remplissent des sachets en plastique, leurs voix braillant les refrains des réclames, et c'est le sud dans l'ombre ensoleillée ou quelque chose de ce genre.
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08:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photograffeuse, photo de graffiti, photo de marseille, chat, street art, art urbain, écrire la ville de marseille, écriture urbaine, écriture contemporaine, rue longue des capucins, marché des capucins, promenade urbaine, poétique du graffiti
21/05/2011
Ourika
Un mur élevé derrière lequel se trouve une espèce de friche industrielle avec de la rouille, de la ferraille, des réservoirs, de hautes cheminées qui ne crachent ni fumées ni rien. Tout est en lambeaux, délabré, désespéré, en ruines. On dirait que le vent a arraché tout ça quelque part pour le déposer ici.
Contre une brèche dans le mur, rafistolée à l'aide d'un simple grillage, il y a des télés appuyées, à même le sol, en plein air, à la merci de la pluie et des oiseaux qui chient dessus. Du linge pend aux fenêtres. Des caleçons, des chemises et des chaussettes flottent au vent. Il n'y a pas de balcons, mais des fils, des cordes, des supports en fil de fer, sur lesquels des vêtements sont suspendus.
Calé sur un siège qui perd sa mousse, Ourika offre son visage au soleil. A travers ses paupières mi-closes, il voit le flot des voitures qui roulent sur la voie rapide et se collent à l'asphalte comme une langue raide. On dirait un ébouli de capsules métalliques qui brillent et scintillent comme le flux et le reflux de la marée.
Pendant un court instant, Ourika se palpe la boîte crânienne, il se pince le bras, louche en direction du ciel, et il se dit qu'il est ici chez lui, qu'il est à sa place et qu'il y reste. Le tranchant, c'est ce qu'il espère acquérir, c'est ce qu'il attend de cette ville : qu'elle l'aiguise et le polisse à son gré, pour la vie ou pour la mort, peu lui importe, qu'elle l'égalise comme un galet. Alors, il posera sur sa langue le galet qu'il sera devenu et il se mettra à parler. A s'arracher à ce silence léger comme pierre.
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30/04/2011
lecture décousue
Odeur de gaz d'échappement. de hamburgers. de moutarde et de sauces. de bière répandue. rues et trottoirs bruyants. parfum d'une femme frôlée. appuyée contre un homme. riant tous les deux.
Vendredi soir. foules. jeunes. adultes. trébuchants. chancelants. beaucoup d'ivrognes. bières. vin. bruits. cris. motos. ventilateurs des restaurants. graisse. chaleur.
Le soleil se couche. disparaît. crépuscule. un homme sur le trottoir. un pied déchaussé. renvois de bière. flatulence. risque à vomir. mais non. musiques amplifiées. blue-jeans serrés. rires stridents de plaisir.
Une voiture de police tourne au coin de la rue. garçons et filles qui draguent. vendredi soir. action. cinéma unique. film en train de passer. musique. coups de klaxon. odeur de gaz d'échappement.
Fille en pantalon rose. lumières floues des lampadaires. une cigarette. le vent emporte la fumée. du vent. des vagues. des mouettes.
L'odeur particulière d'un vieux bâtiment. le monde. le monde de l'instant présent. tangible. palpable. comique. illusoire lorsqu'il bascule dans l'histoire.
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26/04/2011
Tapin

C'est une brune d'une trentaine d'années, habituée à tous les rituels d'approche. Boulotte, copieusement maquillée, elle allume une cigarette et écarte les jambes après avoir tiré sur sa jupe de cuir, très étroite, qui lui moule les fesses. Un homme fait le pied de grue sur le trottoir d'en face. Il s'essuie le visage d'un revers de manche et s'avance vers elle d'un pas décidé, percutant au passage une ménagère qui sort de la boulangerie encombrée de paquets et qui rattrape sa baguette de pain avant qu'elle ne tombe sur le bitume. Un poivrot s'accroche à lui, le tirant par la manche. Il a un mal de chien à s'en débarrasser, y parvient malgré tout, et constate alors que la fille a disparu.
Pendant quelques instants, il arpente le trottoir de long en large. Il attend. Un vent tiède balaie le sol et soulève des papiers gras en rafales soudaines.
Dans une des fenêtres de l'immeuble d'en face, il voit un homme debout derrière la vitre : un vieillard au visage émacié, blafard, à la pâleur presque fantomatique, qui s'éponge le front à l'aide d'un grand mouchoir à carreaux, puis disparaît.
Il se retourne et l'aperçoit. Elle est de retour. Après quelques minutes de palabres inconsistants, elle le conduit dans un hôtel tout proche. Arrivée dans la chambre, elle abandonne ses hauts talons à même le tapis et se jette sur le lit, les cuisses écartées, les genoux fléchis, dans une attente nonchalante.
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15/04/2011
habitudes et certitudes
Aykü rue Consolat
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10/04/2011
Les yeux fermés
La brume thermique, tiède et fétide comme une haleine, s'insinue dans la ville. Des nuages qui évoquent l'ouate sale apparaissent parfois, changeant de couleur sous nos yeux. La visibilité est mauvaise à cause de la poussière qui stagne parce qu'il n'y a pas de vent.
Terrasse de café. Des rochers devant moi, des bassins dont l'eau brunâtre est recouverte d'une couche d'écume. Un préservatif flotte à la surface. Des sacs en plastique traînent de toutes parts, aux pieds des arbres, ou empêtrés dans leurs branches. Plus loin, des boîtes de bières et des bouteilles brisées miroitent dans l'herbe.
Une femme blonde arrive, suivie par une petite femme frisée qui montre ses dents en riant.
Au coin de la rue, on voit encore la moitié branlante d'un apparteement tapissé de papier à grosses fleurs bleues, tout mangé de taches brunes avec un placard démoli et la carcasse d'un lit tordue.
Au-dessus, trois mouettes tournent en gémissant. Leurs ailes blanches saisissent le soleil.
Des lambeaux de conversation me parviennent de tous les coins de la terrasse. Une voiture klaxonne tout près. Le trafic. L'odeur des gaz d'échappement. Le bruit qui sonne comme de la musique aux oreilles.
Je bois mon café sans parler, tellement accoutumée au ronronnement des moteurs, qu'ils se confondent avec ma pensée.
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27/03/2011
L'auto rouge
Plusieurs voitures passent dans la rue. Des gens à pied défilent sur les trottoirs, l'air pressé. Le vent leur soulève les cheveux.
Un peu plus tard, la pluie s'abat en courtes rafales, d'énormes gouttes crachantes et ondoyantes giflent le bitume avec un bruit soyeux. La rue est noire, luisante. Les caniveaux débordent.
C'est la fin du mois de mars. Les arbres sont verts. Les voitures soulèvent des gerbes d'éclaboussures. Elles se dirigent vers la sortie de la ville, mais se retrouvent bloquées à chaque feu rouge.
Un chien mouillé pisse contre le poteau de l'arrêt de bus. Un autre chien s'approche du poteau, le renifle, et se met à pisser dessus à son tour.
On entend les cris grinçants des mouettes. Ensuite, la pluie arrive en diagonale. Le vent donne des bourrades dans les cheveux et sur les yeux. Il résonne dans le ciel et resserre le plissé des nuages qui semblent devoir prendre appui partout.
L'auto rouge approche et presse la terre de ses pneus puissants.
Ainsi donc.
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18:06 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : graffiti, street art, aykü, rue fongate, rue de marseille, poétique du graffiti, poétique urbaine, printemps pluvieux, auto rouge, circulation, chien mouillé, chronique urbaine, écrire la ville de marseille, fragments textuels, gouttes de pluie, libre expression, mauvais temps, underground
18/03/2011
Les fausses notes
Comme pour donner forme à la musique de ses mains, elle frotte l'avant de sa robe pour se débarrasser de quelques miettes imaginaires et se masse les doigts pendant un bon moment.
Le long de la rue, une moto pousse son torrent mécanique. On dirait une boule de flipper en route pour un bon score.
Un clochard qui louche, hurle que tout est fini. Il secoue la tête et grommelle un "merde merde merde merde" adressé à nul autre que lui-même.
Il n'y a aucun endroit pour s'assoir, mis à part une chaise en plastique près des poubelles. Le ciel est couvert. Un peu de lumière perce derrières les nuages.
Maintenant, le son d'un piano, les cris des enfants qui jouent, une sonnerie de téléphone, un claquement de talons hauts sur le carrelage, une voix de femme qui répond.
Un chat passe. Noir. Tandis qu'une voix de radio débite des informations.
La pluie tombe. Elle gifle les yeux. Puis le silence de nouveau.
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07/03/2011
Presque chaque jour
Tout plie, se déplie, re replie. Les vagues se jettent en avant de toutes leurs forces. Le vent est si dur qu'il impose à l'eau sa forme et que les vagues ne sont plus que son moulage. Le ciel, comme chaque jour, se dégage lentement de la brume, ce qui signifie qu'il ne va pas pleuvoir. Il y a cette couleur bleue. Ce bleu qui est celui de la mer.
Le soleil des derniers jours de février est déjà chaud. C'est curieux, ce temps qu'il fait tout à coup. Cette tiédeur, tout à coup. On dirait que le bruit de la mer la recouvre de la douceur d'une houle profonde. Il fait beau. du soleil. un vent clair. Le ciel est bleu foncé maintenant. Et tout d'un coup, l'immensité des choses dans le fracas des vagues. L'immensité et la force sans fin. Les vagues qui luttent contre le vent. Elles avancent et avec violence, elles s'échouent sur le sable, contre la berge où tout se brise avec un bruit flasque de linge essoré. Les cris de la mer. Ce déferlement. Presque chaque jour. Il pourrait faire peur.
En renversant la tête, on peut voir des mouettes voler. Grandes mouettes qui volent. Certaines avec une tête noire. Mouettes rieuses qui volent de nouveau. Comme suspendues. Immobiles et sans poids. Hors du temps.
Au loin, une femme descend péniblement l'escalier en s'aidant de ses cannes. Elle progresse d'une marche à l'autre, avec ce lent et patient acharnement que l'on peut observer chez certains insectes, ou animaux à carapaces, posant chaque fois avec précaution ses pieds aux chevilles enflées, enfermées dans des bas de laine grise, en accordéon.
Contrastant avec la masse informe de son corps, sa voix est presque fluette, simplement un peu lasse, ne laissant percer ni agacement, ni tristesse.
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05/03/2011
Manque d'imprudence
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22/02/2011
L'échelle de Beaufort
Il y a des vents diurnes, des vents nocturnes, des vents du petit jour, des vents du crépuscule, des vents porteurs de neige ou de chaleur, des vents printaniers ou des vents d'automne, des vents légers, des vents folâtres, des vents dangereux, des vents destructeurs, des vents dominants, des vents sifflant en rafales, des vents turbulents, des alizés, des contre-alizés, des cyclones, des anti-cyclones, des vents de terre, des vents d'altitude, le jet-stream, le vent marin, celui qui suit le cours des rivières, celui qui parcourt les continents, celui qui préfère les cavernes et les jardins... Un nombre inimaginable de types de vents qui sont là sans y être et qu'on peut localiser, ici dans le frémissement des feuilles d'un arbre, dans un tourbillon de poussière, dans le claquement d'une porte, dans la course folle des détritus dans la rue... On peut entendre le vent murmurer, gémir, pleurer, siffler, hurler, rugir, puis se taire ou se muer en brise légère... Dire, le voilà, il est là, c'est le vent, c'est impossible. Il est là sans y être, réel mais inaccessible, présent mais insaisissable. Il ne reste rien de lui, sinon l'attente de sa venue, la crainte de son arrivée, le souvenir de son passage.
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10/02/2011
La vieille dame
Ils sont ivres. Ils restent là un moment, l'air égaré, les yeux fixés sur la rue. Et puis, l'un d'eux désigne une direction au hasard. Ils prennent le départ, cramponnés l'un à l'autre, en titubant et en trébuchant à chaque pas.
La rue est plutôt déserte, mais un peu plus haut, une vielle dame sort la tête d'une fenêtre entrebaillée. Elle observe d'un air peu rassuré les hommes qui approchent. Son regard n'est guère engageant, mais ils n'ont pas le choix. Elle est la seule personne à qui ils peuvent s'adresser.
La vieille dame ne bronche pas. Elle les regarde avec la même expression de dégoût que si elle venait d'apercevoir un tas d'immondices sur le trottoir. Ensuite, elle secoue la tête sans prononcer un mot et ferme la fenêtre à toute vitesse, comme si elle craignait de se faire agresser.
Sans doute, est-elle restée derrière le rideau blanc, à guetter, l'oreille tendue, le départ de ces hommes.
Peut-être, a-t-elle dit "Cochons d'ivrognes !" avec dans ses yeux grands ouvert comme une lueur de démence.
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29/01/2011
La mer dans les poches
Le ciel est bleu. parfois du blanc. Les fumées viennent d'ailleurs. Elles sont basses. accrochées à la ville. On sent la proximité de la mer. Les voitures roulent. les camions. les autobus et les scooters. Rencontres et réseaux. Présence des marchandises et des corps.
Tout à l'heure, le soleil. Le ciel dégagé bleu. Un ensemble d'immeubles en verre transparent. Les plis de l'ombre. La joie de marcher. de connaître le sol et l'air en même temps. Activité de la tête aussi. Temps présent et large. pantalons. Le ciel partout. une force. Au bout, c'est la mer. la mer et ses vagues. Les bateaux qui avancent sous le ciel.
Ici, pas de fleurs. pas de jets d'eau. Ici, on s'enfonce dans le bleu. On peut s'enfoncer dans le bleu. On peut se perdre aussi. avaler le soleil. On est dedans et on est dehors. La ville encore plus ville. Seule et grande. détachée. traces. morceaux de choses fabriquées. sentimental des choses. lignes multiples. Tout bouge. la ville inhumaine et accueillante. existence commune.
Dans le ciel clair, on voit déjà la lune. rumeurs. klaxons. agitations. Une voiture de pompiers passe à toute allure. Résolution poétique.
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27/01/2011
La fille black
Les mains dans son parka, on dirait qu'elle veut manger la nuit, qu'elle aspire le noir par la bouche et le recrache par tous les pores de sa peau. Tel un projectile dont rien ne freine la course, elle flotte au-dessus du sol, sur un coussin d'air, poussée par une force qui la dépasse. Si on lui demande "à quoi tu penses ?" elle répond "à rien !" Et c'est vrai. Elle ne pense à rien. Rien que des fragments, des éclats, des visions fugitives, la sensation de coups donnés, de coups reçus, une course interminable. Elle sait qu'elle s'est battue. Elle sait qu'elle n'était pas seule, mais qui était à ses côtés ? Elle ne s'en souvient plus. Une fumée grise les cernait, mêlée à d'autres fumées qui les faisaient pleurer. Elle ne voyait pas les visages, juste une bataille de bras, de jambes, de coudes, de poings, dans un fracas d'armures.
La tête vide, elle tourne ici, coupe là. Les rues défilent. Elle a peur à s'en mouiller la culotte. Elle court sans se retourner. Elle court de plus en plus vite, et à mesure que sa vitesse augmente, elle s'engage dans une rue étroite.
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22/01/2011
La Plaine
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06/01/2011
Rue Estelle
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10/12/2010
Khewzy rue Vian
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23/11/2010
La pluie légère
Elle va dans sa chambre, enfile un survêtement et une vieille paire d'adidas. Puis, elle roule un joint et le glisse dans la poche de son sweat-shirt. Un chien aboie quand elle descend le couloir. Il aboie chaque fois qu'elle passe devant la porte. Il la prend toujours par surprise.
C'est un grand chien de berger dont les maîtres ne sont jamais là pendant la journée. Elle entend ses griffes rayer le plancher. "Du calme, du calme" dit-elle. Mais, il continue à s'exciter contre elle. Elle entend ses aboiements tout au long du couloir, jusqu'à ce qu'elle atteigne la porte d'entrée. Elle sort.
Comme toujours le dimanche, la rue est déserte et silencieuse. Elle fait quelques flexions des genoux et se dirige vers le parc. Le ciel est gris. Il est humide et pesant, suspendu trop bas. Les nuages sont couleur de cendre.
Elle passe devant une bande de gosses assis sur le capot d'une voiture, une boîte de bière à la main. La portière de la voiture est ouverte. Elle doit faire un écart pour l'éviter. Une pluie légère commence à tomber.
Lorsqu'elle rentre dans le parc, des odeurs douceâtres s'élèvent de la terre. Le vent secoue les arbres. Il fait crépiter les gouttes de pluie sur les feuilles. Des gouttes de pluie coulent de ses cheveux sur ses épaules. Elles ruissellent devant son visage.
Pendant quelques instants, elle contemple les nuages. La pluie coule le long de ses joues et de sa nuque. Elle ferme ensuite les yeux et se passe le bout de la langue autour des lèvres. Un cerf-volant cassé claque dans un arbre. Elle palpe le joint dans sa poche, mais l'y laisse. Puis, elle baisse la tête et se met à courir. Autour d'elle, les arbres n'en finissent pas de défiler.
C'est ainsi qu'elle parcourt un ou deux kilomètres, en faisant comme si elle n'allait pas faire demi-tour, comme si elle était capable de s'en aller comme ça.
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21/11/2010
Exode
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19/11/2010
Mito
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17/11/2010
Bleu étoilé visible
Deux ambulances et une voiture de police sortent du parking sur les chapeaux de roues, dans un grand nuage de poussière. Elles font toutes marcher leurs sirènes en même temps.
Près d'une porte, il regarde le coucher de soleil d'un air triste. Son visage n'est pas déplaisant, juste inexpressif et hystériquement objectif. En revanche, jamais je ne pourrais décrire ce qui est arrivé à ses fringues. Peut-être qu'il a dormi dans son costume noir. Plusieurs fois. En tout cas, il a dîné avec -ou dessus. Il a une tache de sauce tomate ornée d'un minuscule champignon séché qui lui sert de fleur à la boutonnière. Son étroite cravate noire, dont le noeud ressemble à un petit pois, lui a servi de bavoir.
Une fois de plus, il se met à boire et à fumer en regardant le plafond. Quand le cendrier est plein, il va le vider dans la salle de bain, et par habitude, il le lave. C'est une masse de terre cuite émaillée, aussi informe qu'une pierre, avec une petite dépression au centre. Quand on gratte les croûtes de cendres, un profil de femme apparaît. Un visage moulé dans la glaise, de longs cheveux emmêlés, coulant le long du visage, comme si la femme se tenait au milieu d'une tempête.
Lorsqu'il retourne dans le séjour aux murs recouverts de papier jaune à lignes, des gens se plaignent faiblement du vent, comme des gosses qu'on appelle pour rentrer se coucher. Toujours trop tôt.
Lui, il ne désire qu'une chose : s'en aller. Chaque automne, il songe à partir dans le Sud de l'Espagne. Mais, il ne le fait jamais. Peut-être cette année.
Le dernier quartier de lune achève de disparaître, il marche le long des rues. Ses chaussettes sont raides, pourries, elles puent. Une voiture s'arrête à sa hauteur. Il continue à marcher en faisant semblant de ne rien voir. La voiture se met à rouler lentement à côté de lui. "Hé, tu cherches du boulot? Allez viens, monte !" La porte est ouverte. Il s'installe sur le siège. "Si tu me suces, je te file cinquante euros !" lui dit le type. Alors, il lui balance son poing dans les tripes et quelque part entre l'oreille et le cou. Il descend. Il recommence à marcher le long des rues. Cinq minutes plus tard, la voiture est à sa hauteur. "Y'a quelque chose qui te choque dans le fait d'être homo ? T'as une gueule de vrai mec, mais regarde un peu tes mains. T'as des mains de gonzesse !"
"Vous inquiétez pas pour mes mains !" dit-il, en montant les escaliers quatre à quatre.
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