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société

  • Shoot canin

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    Après l'orage, les feux de signalisation sont en panne. Les gens roulent comme des malades. Une petite pluie fine se met à tomber. A l'angle d'un carrefour, ils s'engueulent dans leur langue. Comme deux escrimeurs, ils s'assènent l'un à l'autre des harpons de points d'interrogation, catapultent des chapelets de consonnes, mots acérés et empoisonnés, brûlant comme une mèche, langues claquantes par-dessus des lèvres crènelées, des aboiements éclatant hors des bouches caverneuses.
    Ils semblent avoir été tenus en laisse longtemps. Les mots arrachés de toutes leurs forces sont libérés. Et la voix devenue le couteau, débite de plus en plus de mots, jusqu'à ce que ne subsiste plus que le squelette de l'indicible

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  • Poussière et macadam

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    Sur une marche, une femme en robe imprimée tend un paquet de bonbons à une petite fille. Elle a les ongles vernis, parfaitement manucurés. Dans les cafés, des hommes assis en terrasse. Des assemblées d'hommes. Sur un mur, une trace, au milieu des tags et des graffiti. Préliminaires physiques. Je m'égare dans le labyrinthe de la ville. Je cours après les phrases sur les murs. J'espère que je vais récolter quelque chose. Saisir au vol de la matière pour la soumettre au mouvement de ma course poursuite. Me perdre, tourner en rond, écrire une partition existentielle, une chronique en gestation, dans le grouillement de la foule et l'envolée des rues aux quatre vents. Et soudain, au milieu du trottoir, une femme débraillée, assise seule sur le pas d'une porte. Cheveux gris frisés en désordre, bouche avalée, vêtue d'un manteau de laine noire informe et froissé, elle découpe des petits bouts de papier et les étale à ses pieds. Sans paraître la regarder, la foule fait un  détour discret pour l'éviter. Personne ne sait autre chose que ce qu'elle montre d'elle-même. Personne ne sait d'où elle vient, ni pourquoi. Cette manière dont les rues se croisent et se répandent sur le bitume, cela n'existe que dans les grandes villes.

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  • Presque chaque jour

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    Tout plie, se déplie, re replie. Les vagues se jettent en avant de toutes leurs forces. Le vent est si dur qu'il impose à l'eau sa forme et que les vagues ne sont plus que son moulage. Le ciel, comme chaque jour, se dégage lentement de la brume, ce qui signifie qu'il ne va pas pleuvoir. Il y a cette couleur bleue. Ce bleu qui est celui de la mer.
    Le soleil des derniers jours de février est déjà chaud. C'est curieux, ce temps qu'il fait tout à coup. Cette tiédeur, tout à coup. On dirait que le bruit de la mer la recouvre de la douceur d'une houle profonde. Il fait beau. du soleil. un vent clair. Le ciel est bleu foncé maintenant. Et tout d'un coup, l'immensité des choses dans le fracas des vagues. L'immensité et la force sans fin. Les vagues qui luttent contre le vent. Elles avancent et avec violence, elles s'échouent sur le sable, contre la berge où tout se brise avec un bruit flasque de linge essoré. Les cris de la mer. Ce déferlement. Presque chaque jour. Il pourrait faire peur.
    En renversant la tête, on peut voir des mouettes voler. Grandes mouettes qui volent. Certaines avec une tête noire. Mouettes rieuses qui volent de nouveau. Comme suspendues. Immobiles et sans poids. Hors du temps.
    Au loin, une femme descend péniblement l'escalier en s'aidant de ses cannes. Elle progresse d'une marche à l'autre, avec ce lent et patient acharnement que l'on peut observer chez certains insectes, ou animaux à carapaces, posant chaque fois avec précaution ses pieds aux chevilles enflées, enfermées dans des bas de laine grise, en accordéon.
    Contrastant avec la masse informe de son corps, sa voix est presque fluette, simplement un peu lasse, ne laissant percer ni agacement, ni tristesse.

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  • L'échelle de Beaufort

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    Il y a des vents diurnes, des vents nocturnes, des vents du petit jour, des vents du crépuscule, des vents porteurs de neige ou de chaleur, des vents printaniers ou des vents d'automne, des vents légers, des vents folâtres, des vents dangereux, des vents destructeurs, des vents dominants, des vents sifflant en rafales, des vents turbulents, des alizés, des contre-alizés, des cyclones, des anti-cyclones, des vents de terre, des vents d'altitude, le jet-stream, le vent marin, celui qui suit le cours des rivières, celui qui parcourt les continents, celui qui préfère les cavernes et les jardins... Un nombre inimaginable de types de vents qui sont là sans y être et qu'on peut localiser, ici dans le frémissement des feuilles d'un arbre, dans un tourbillon de poussière, dans le claquement d'une porte, dans la course folle des détritus dans la rue... On peut entendre le vent murmurer, gémir, pleurer, siffler, hurler, rugir, puis se taire ou se muer en brise légère... Dire, le voilà, il est là, c'est le vent, c'est impossible. Il est là sans y être, réel mais inaccessible, présent mais insaisissable. Il ne reste rien de lui, sinon l'attente de sa venue, la crainte de son arrivée, le souvenir de son passage.

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