19/08/2011

Shoot canin

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Après l'orage, les feux de signalisation sont en panne. Les gens roulent comme des malades. Une petite pluie fine se met à tomber. A l'angle d'un carrefour, ils s'engueulent dans leur langue. Comme deux escrimeurs, ils s'assènent l'un à l'autre des harpons de points d'interrogation, catapultent des chapelets de consonnes, mots acérés et empoisonnés, brûlant comme une mèche, langues claquantes par-dessus des lèvres crènelées, des aboiements éclatant hors des bouches caverneuses.
Ils semblent avoir été tenus en laisse longtemps. Les mots arrachés de toutes leurs forces sont libérés. Et la voix devenue le couteau, débite de plus en plus de mots, jusqu'à ce que ne subsiste plus que le squelette de l'indicible

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01/06/2011

Poussière et macadam

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Sur une marche, une femme en robe imprimée tend un paquet de bonbons à une petite fille. Elle a les ongles vernis, parfaitement manucurés. Dans les cafés, des hommes assis en terrasse. Des assemblées d'hommes. Sur un mur, une trace, au milieu des tags et des graffiti. Préliminaires physiques. Je m'égare dans le labyrinthe de la ville. Je cours après les phrases sur les murs. J'espère que je vais récolter quelque chose. Saisir au vol de la matière pour la soumettre au mouvement de ma course poursuite. Me perdre, tourner en rond, écrire une partition existentielle, une chronique en gestation, dans le grouillement de la foule et l'envolée des rues aux quatre vents. Et soudain, au milieu du trottoir, une femme débraillée, assise seule sur le pas d'une porte. Cheveux gris frisés en désordre, bouche avalée, vêtue d'un manteau de laine noire informe et froissé, elle découpe des petits bouts de papier et les étale à ses pieds. Sans paraître la regarder, la foule fait un  détour discret pour l'éviter. Personne ne sait autre chose que ce qu'elle montre d'elle-même. Personne ne sait d'où elle vient, ni pourquoi. Cette manière dont les rues se croisent et se répandent sur le bitume, cela n'existe que dans les grandes villes.

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07/03/2011

Presque chaque jour

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Tout plie, se déplie, re replie. Les vagues se jettent en avant de toutes leurs forces. Le vent est si dur qu'il impose à l'eau sa forme et que les vagues ne sont plus que son moulage. Le ciel, comme chaque jour, se dégage lentement de la brume, ce qui signifie qu'il ne va pas pleuvoir. Il y a cette couleur bleue. Ce bleu qui est celui de la mer.
Le soleil des derniers jours de février est déjà chaud. C'est curieux, ce temps qu'il fait tout à coup. Cette tiédeur, tout à coup. On dirait que le bruit de la mer la recouvre de la douceur d'une houle profonde. Il fait beau. du soleil. un vent clair. Le ciel est bleu foncé maintenant. Et tout d'un coup, l'immensité des choses dans le fracas des vagues. L'immensité et la force sans fin. Les vagues qui luttent contre le vent. Elles avancent et avec violence, elles s'échouent sur le sable, contre la berge où tout se brise avec un bruit flasque de linge essoré. Les cris de la mer. Ce déferlement. Presque chaque jour. Il pourrait faire peur.
En renversant la tête, on peut voir des mouettes voler. Grandes mouettes qui volent. Certaines avec une tête noire. Mouettes rieuses qui volent de nouveau. Comme suspendues. Immobiles et sans poids. Hors du temps.
Au loin, une femme descend péniblement l'escalier en s'aidant de ses cannes. Elle progresse d'une marche à l'autre, avec ce lent et patient acharnement que l'on peut observer chez certains insectes, ou animaux à carapaces, posant chaque fois avec précaution ses pieds aux chevilles enflées, enfermées dans des bas de laine grise, en accordéon.
Contrastant avec la masse informe de son corps, sa voix est presque fluette, simplement un peu lasse, ne laissant percer ni agacement, ni tristesse.

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22/02/2011

L'échelle de Beaufort

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Il y a des vents diurnes, des vents nocturnes, des vents du petit jour, des vents du crépuscule, des vents porteurs de neige ou de chaleur, des vents printaniers ou des vents d'automne, des vents légers, des vents folâtres, des vents dangereux, des vents destructeurs, des vents dominants, des vents sifflant en rafales, des vents turbulents, des alizés, des contre-alizés, des cyclones, des anti-cyclones, des vents de terre, des vents d'altitude, le jet-stream, le vent marin, celui qui suit le cours des rivières, celui qui parcourt les continents, celui qui préfère les cavernes et les jardins... Un nombre inimaginable de types de vents qui sont là sans y être et qu'on peut localiser, ici dans le frémissement des feuilles d'un arbre, dans un tourbillon de poussière, dans le claquement d'une porte, dans la course folle des détritus dans la rue... On peut entendre le vent murmurer, gémir, pleurer, siffler, hurler, rugir, puis se taire ou se muer en brise légère... Dire, le voilà, il est là, c'est le vent, c'est impossible. Il est là sans y être, réel mais inaccessible, présent mais insaisissable. Il ne reste rien de lui, sinon l'attente de sa venue, la crainte de son arrivée, le souvenir de son passage.

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31/01/2011

Chaussettes sales

 

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26/01/2011

Rouge réveil

 

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20/01/2011

Cool mémories

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Titubant devant la caméra et dessinant par ses gestes un espace vertigineux, il livre avec frénésie son corps insaisissable. Ce qu'il veut dire, c'est que tout découle directement de ces années durant lesquelles il s'est tout envoyé, de la cocaïne au whisky, de l'herbe à la bière, du LSD aux amphétamines, et toute une autre pharmacopée entre temps aussi. Ce qu'il jette sur le papier, c'est le spasme, les trous de douleur, le couple en copulation, les points érectiles, les orifices extensibles, enveloppants...
Pour lui, la sensation est la preuve immédiate de l'existence. Ses bouquins nous livrent les métamorphoses de son corps dont le rôle est de polluer. Il parle de la pollution à partir du moment où elle devient constructive, où elle est mise en question. Ce qui lui importe, c'est de montrer qu'il est pollué lui-même et de manifester cette pollution totale. Pour écrire, toutes ses toxines remontent à la surface et s'évaporent. Il ne lui reste plus que le nécessaire.
Deux ans plus tôt, il a mis fin à une longue relation avec une femme qui aujourd'hui ne représente plus rien pour lui, mais dont l'absence l'affecte comme il ne l'aurait jamais imaginé. Curieusement, il sombre peu à peu dans une sorte de sommeil épuisé, comme une défaillance ou un échec. Du moins, c'est ainsi qu'il le ressent en se réveillant toujours en sursaut, à bout de souffle.
Là, il regarde par la fenêtre la ville enveloppée de nuages et le soleil déclinant qui déverse des flots de couleurs le long de l'horizon, à la limite blanche du vide. Alors, il a l'impression qu'il a laissé le temps lui échapper, et que de ce manquement, va s'ensuivre quelque chose de terrible.
Il comprend que s'il y a un bruit de fond de l'univers, c'est ce bruit inaudible qui est comme un lointain écho de la catastrophe du monde.

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16/01/2011

Miroir sans tain

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C'est à la sortie de la ville, là où la route file le long du port autonome, que la fille monte. Le bus est bondé, mais elle le traverse de bout en bout, écrasant ses fesses contre tous les sièges et tous les passagers. Son téléphone mobile sonne. Elle se met à parler. Elle parle. Elle regarde celui qui est assis en face, à qui elle ne parle pas. Elle parle à quelqu'un qu'elle ne voit pas. Elle est comme un poisson dans l'eau qui mettrait fin à des milliers d'années de promiscuité.
Le bus continue à filer. Des carcasses de béton sans ventre baillent devant la mer. Une grosse femme mâche des fruits secs en claquant bizarrement la langue. Elle vit à l'ombre de ses cheveux qui la rendent invisible de profil.

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15/12/2010

Toboggans

 

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Une voiture file sur le pavé mouillé de la voie rapide. Son lourd roulement expire presque aussitôt, comme le bruit d'un avion qui traverse rapidement un épais nuage. J'entends un couinement. Un petit caniche avec un collier à carreaux mordille les chevilles de sa maîtresse. Elle me lance un regard par-dessus l'épaule et poursuit sa route. Deux mecs passent à côté de moi. Ils se marrent.
Je marche vers l'arrêt de bus. Des voix se font entendre. Les rires complices d'un homme et d'une femme qui savourent ensemble quelque plaisanterie.
A la station-service d'en face, deux nanas s'interpellent avec bonne humeur. Deux autres rigolent. Une femme sort des toilettes. Elle s'en va d'un pas brusque rendre la clef au pompiste. La voiture de la femme est ouverte. Un homme l'y attend assis. Il y a des livres de poche et des magazines de mode sur la banquette arrière.
Au-dessus de moi, les gabians tournent et virent, et paraissent planer, soutenus par des fils invisibles.

 

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13/12/2010

La réalité augmentée

 

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L'odeur de la bière. La puanteur qui s'échappe des WC. Un parking. Des emplacements vides avec des parcmètres. Des bus qui grimpent. Des bagnoles garées en plein milieu de la rue. Des automobilistes qui klaxonnent. Ceux qui veulent passer. Des graffiti avec des fautes à tous les mots. Des journaux qui parlent de braquage à main armée. Le bruit des pas. Le reflet de la mère et de la fille dans une glace. La robe à motif, toute fripée dans le dos, qui remonte dans un coin et laisse voir le fond d'un collant opaque. Sa voix qui se perd dans le maelström de musiques et de conversations qui peuplent la rue. La télévision un peu plus loin. Eclats de rire. Applaudissements. Un coup de vent pousse des détritus contre les rideaux de fer des magasins. Des cartons débordant d'ordures jalonnent les trottoirs. Bientôt, les pluies viendront et commenceront à retourner toute cette saloperie. Les caniveaux déborderont, briques de lait boîtes de conserves os de poulets mégots, toute sorte de cochonneries se coincera entre les voitures et empestera jusqu'à ce que la pluie vienne tout emporter.

Les quartiers nord. Les quartiers sud. La ville s'étale dans tous les sens à la fois. La ville est un cercle. La ville est un labyrinthe. La ville est très loin. Puis, tout à coup, plus près. Ici ou là. Quelque part. Le passé. L'avenir. Comme un journal qu'on froisse. Tous les mensonges. Toutes les galères. Tous les jours passés à gratter pour reconstruire. Toutes les excuses imaginables. Tous les discours. Tous les mots bouffés à la hâte à force d'attraper rien du tout.

Toutes ces choses qu'on peut touiller d'une main dans un évier d'eau grasse. La poussière de la ville. La tête qui a besoin d'un coup de peigne. Les yeux à peine ouverts. Les yeux rivés sur le centre de la cible presque à angle droit. Là où des voix remontent et se perdent et laissent un long sillage de chair. Là où des traces de pas deviennent des flaques avec à l'intérieur des bulles et du sable mouvant et une nouvelle vie qui se libère.

 

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12/08/2010

Penzlauer Berg

 

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Schönhauser Allée. C'est là que je descends. La soirée est déjà bien avancée. Dans quelques minutes, je vais déposer mes bagages. Je Marche. Nous sommes trois. Nous marchons. Les trottoirs sont larges, bordés de roses trémières. Il n'y a pas de poubelles dans les rues. Pas de détritus. Les fenêtres des rez-de-chaussée ne sont pas protégées par des barreaux. Certaines sont ouvertes. Je peux apercevoir l'intérieur des appartements. Nous traversons un parc avec de grands arbres. Les fleurs semblent semées à la volée. ça sent bon la terre après la pluie. Quelques personnes assises sur des bancs prennent le frais. C'est calme. Les voitures ne circulent pas. Seuls, les vélos parcourent les rues. La nuit est rassurante. Elsa, notre accompagnatrice, nous dit qu'à Berlin ça craint pas pour les filles. ça craint pour personne. On peut rentrer à n'importe quelle heure de la nuit et dans n'importe quel état, sans aucune crainte. Vue d'ici, Marseille ressemble à un immense corps malade fait de millier de sortes de vies qui s'agglutinent et qui luttent ; qui s'embrassent et se détruisent les uns les autres, sur un fond de vomissures, de merdes de chiens et de relents d'ordures. De là cette mauvaise haleine qui permet à la circulation, à la digestion, aux systèmes excréteurs de continuer à fonctionner, comme au cours d'un coma prolongé. Au fur et à mesure que je marche, je me demande si ce n'est pas tout le pays, avec son interminable défilé de tocards, qui se trouve dans un coma prolongé.

09/02/2010

Dedans / Dehors

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28/01/2010

L'identité nationale de KHWEZI

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04/12/2009

Laissez-moi vivre

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Le ciel devient gris. La rue grouille de vie furtive. Un homme marche silencieusement. Il se coule dans la foule et traverse les rues. Il est coiffé d'un vieux feutre. Ses yeux sont d'un brun sombre. Ses pupilles sont vaguement teintées de brun. Il a de fortes pommettes. Des rides profondes sillonnent ses joues. Elles s'incurvent autour de sa bouche. Sa lèvre supérieure est longue. Comme ses dents avancent, les lèvres se tendent pour les couvrir. L'homme tient ses lèvres fermées. Ses mains sont dures. Ses doigts larges, avec des ongles épais et striés comme de petits coquillages. L'espace compris entre le pouce, l'index et la paume de ses mains est couvert de callosités épaisses. L'homme porte des vêtements bon marché. Son veston est trop large. Son pantalon trop court. Il porte une paire de souliers jaune clair. Debout au soleil, il tire un paquet de tabac et du papier à cigarette d'une de ses poches. Il roule lentement sa cigarette, l'examine, la lisse... Finalement, il l'allume et regarde la rue en clignant des paupières à travers la fumée. Je ne vois qu'une petite lueur entre ses cils. Ses yeux sont tournés vers l'intérieur, paisiblement... [Aucun réfugié n'échappe à sa traque]... Je le regarde. Je me demande quel effet ça lui fait de ne pas connaître la terre qu'il a devant sa porte ?... Je regarde sur une carte. La maison est morte. Les gens sont morts. Il y a de grandes montagnes. Faut passer tout droit à travers... Combien de temps faut-il pour venir de si loin ?... Depuis que le temps, c'est de l'argent, plus personne ne lui demande de suspendre son vol...

25/11/2009

Aire de repos

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Un parking. des voitures se garent. d'autres partent. des toilettes pour dames. des toilettes pour hommes. deux bâtisses en ciment. un espace entre les deux. en face des toilettes, des boules de broussailles. de la poussière. des touristes japonais qui mitraillent tous azimuts. une voiture qui entre dans le cadre. elle se gare. une femme descend de la voiture. elle porte un imperméable. les manches tombent. l'ourlet lui bat les pieds. elle entre dans les toilettes pour dames. des cabines vides. des lavabos crasseux. l'odeur du crésyl. trois minutes. elle ressort. le vent fait voler des bouts de cellophane. toute la semaine dernière, il a fait exceptionnellement beau. aujourd'hui, les nuages marquent des temps d'arrêt dans le ciel. les nuages changent de couleur. le ciel est noir. l'air froid tourbillonne autour d'elle. elle allume une cigarette. elle se touche les cheveux. elle baille. s'étire. se gratte les fesses. treize minutes. quatorze minutes. elle démarre la voiture. s'engage sur la file de gauche. elle roule à 80 à l'heure. elle quitte la bretelle de l'autoroute. part vers le sud. le traffic est nerveux.

04/11/2009

Le luxe de l'inutile

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19/10/2009

Vaguement bleu comme le ciel

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Le vent assaille encore les fenêtres. Un homme pousse un serpent de chariots vers les portes automatiques du supermarché. Il peine de tout son corps filiforme sur le convoi tandis qu'il passe lentement devant les devantures des autres commerces. Appuyé de toute sa longueur contre les poubelles, un matelas se dresse, percé d'un gigantesque trou noirci par lequel passe le jour : cramé de part en part. On dirait qu'une bombe est tombée en plein dessus. Au loin, le grondement étouffé de la voie rapide, une succesion de lacets d'où l'on domine la ville dans toutes les directions, avec des entrepôts qui défilent et de tristes lotissements noyés dans le sable gris de leurs murs décrêpis. Soudain, je me sens très libre et très solitaire. J'écoute des voix, rien que le bruit qu'elles font : deux hommes en train de rire, sur fond de télé à plein tube.

26/09/2009

L'odeur du goudron

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L'herbe a l'air plus verte, les bancs du jardin public ont meilleure allure et les fleurs se donnent plus de mal pour briller. Marseille se dévoile comme un chantier permanent. Des parties de quartier sont rasées, de nouveaux immeubles se dressent vers le ciel, d'autres encore en construction sont entourés d'échaffaudages. Dans certaines ruelles où les maisons sont plus anciennes [certaines sont murées] des vêtements sèchent aux fenêtres. Plus loin, loin du centre, les touristes descendent des bateaux de croisière. Ils prennent le bus et vont faire leurs achats au Port, dans le ghetto qui leur est réservé. Ils sont tous à la queue leu leu. Ils s'agitent, gesticulent, parlent, crient. Ils sont tous pressés, question de savoir ce qu'ils trouveront au bout de l'aventure. Pourtant, le soleil brille dans le ciel et la mer est propre. Un homme fume une cigarette pendant qu'il boit. Il se parle à lui-même. Il rumine des pensées qui s'envolent. Dans sa tête, un flot de pensées. Boucles. Méandres. Tourbillons. Coups de cymbales. Il transpire aux aisselles, à la nuque, au dos. Il se lève hâtivement, puis il s'éloigne. Un bruit approche. Des moteurs. C'est un convoi de l'armée. Une longue file remplie de soldats. Toute une cargaison qui roule lentement. Un convoi très long et très lent. Le monde est en guerre.

21/09/2009

L'impossible espace

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De chaque côté, il y avait des appartements de luxe. J'ai vu une femme ivre qui courait dans la rue, et lorsqu'elle est arrivée au bord du trottoir, elle a trébuché, et elle est tombée dans le caniveau. Un jeune homme a aidé cette femme à se relever, mais, elle tanguait sur ses talons hauts et se frottait les genoux, et le jeune homme n'arrêtait pas de lui parler. Il parlait en agitant ses mains, et la femme disait qu'elle était heureuse d'avoir rencontré le jeune homme, parce qu'elle en avait marre de lutter contre son mari que l'alcool rendait dingue. Elle avait du mal à se tenir debout, comme si ses os trop à l'étroit, voulaient aller dans la direction du jeune homme. Au loin, un ballon a éclaté. Il y avait un homme qui n'arrêtait pas de sauter sur place, et pendant ce temps personne ne disait rien, et se contentait de regarder ce quelque chose qui se passait, comme si chaque chaque geste sortant du chaos, était aussitôt rendu au hasard, à l'attente du prochain élan...

03/09/2009

Mabuse [2]

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Le soleil décline. Je suis dans la rue, comme d'habitude. La rue est encombrée par la circulation. Les conducteurs des voitures sont sur les nerfs et sur la défensive. Ils paraissent malheureux. Soudain, il y a un claquement, accompagné d'un rugissement : le métro aérien s'arrête pile devant moi. Je dévisage une rangée de tronches qui me rendent mon regard. Puis, le métro disparaît et je me balade.
Un petit chat passe devant une porte. Il s'arrête et me regarde. Ses yeux brillent comme du feu. Je tends la main, mais le chaton reprend sa route. Plus loin, je passe devant un terrain vague. Des hommes jouent au football. La plupart ont du ventre et des gros culs. Je les observe. Il y a plein de balles qui partent n'importe où, mais ils continuent à jouer. Presque comme s'il s'agissait d'un rite.
C'est la première fois que je suis seule depuis cinq jours. La solitude me nourrit. Sans elle, je suis comme une autre privée de nourriture ou d'eau. Chaque jour sans solitude m'affaiblit. Je ne tire pas de vanité de ma solitude, mais j'en suis tributaire.

09/08/2009

Sinon Rien

 

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Des nuées de petits insectes se mettent à tourbillonner devant mon visage selon des trajectoires irrégulières, se croisant et se recroisant sans cesse mais sans jamais entrer en collision. Ce ne sont que des points minuscules qui cherchent quelque chose. Je regarde le ciel au travers du nuage de points minuscules. Le ciel est bleu vaste. Le temps sonne comme une cloche sourde. Je me regarde. J'étudie mon visage. Mon visage, mes cheveux, tout. Un sourire étire le coin de mes lèvres. Narcissisme avec tressaillement du doute. Je presse trop fort le tube de dentifrice. C'est un dentifrice qui ressemble à un gros vers engraissé à la chlorophylle. Le lavabo en est éclaboussé. Avec un doigt j'en récupère un peu que j'applique sur ma brosse à dents. J'ouvre la bouche. Je brosse. Le téléphone se met à sonner. Je ne bouge pas. Le matin, je ne réponds jamais au téléphone.

http://www.marseille2013.org
http://exilplan-marseille.blogspot.com

10/07/2009

Coin de rue

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Vent mistral rues balayées
éparpillant la poussière les déchets
pourris il y a longtemps
dans l'après-midi marseillaise

04/07/2009

Les brocolis

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Nous qui achetons des tomates, des carottes, des chewing-gums et du papier toilettes, on forme de longues files. On avance un peu. On attend. Une femme pèse des brocolis sur une balance et examine cette balance avec un grand sérieux. Elle porte une robe rose et des faux cils. Elle prend des brocolis. Elle les glisse avec précaution dans un sachet plastique transparent. Je regarde la façon dont elle marche. je l'imagine courageuse et folle. Je me dis que rien ne vaut la plaisanterie que nous sommes, le sérieux que nous sommes, la lourdeur que nous sommes.

30/04/2009

La toupie

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La vie est un oeuf au plat qui durcit et fond comme du sucre.

05/04/2009

Le chantier

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La terre tourne sans cesse tout autour du soleil pour qu'il y ait la nuit et le jour sans cesse, pour que nous ne brûlions pas dans le feu et que nous ne tombions pas dans le vide sans fin. Nous pouvons vivre sur la terre où il fait sans cesse jour et nuit et où il ne fait pas sans cesse feu et vide. C'est en bouchant le vide et en éteignant le feu que nous avons trouvé la nuit et le jour.

03/04/2009

Rue Crudère

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Les yeux nous disent tout ce qui nous entoure. Ils font marcher nos jambes au plus loin, dans toutes les rues, tous les recoins, loin devant nous, ouverts dans le jour, nous les portons jusqu'à l'horizon, comme la marque de notre passage ou la trace de notre corps en train de faire le tour du monde.

01/04/2009

Quartier de la Joliette

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L.O.V.E.
Au loin, les vagues se déroulent et le corps fait des pauses, comme un petit relief de collines. Au fur et à mesure, il n'y a que des sillages de la main traînant dans l'eau. Rien d'autre que le doigt sur la route. Une ligne visible faisant peu à peu surface dans l'effarement nocturne tendu sans épaisseur.
Le trajet se dirige vers la poursuite du vent et de toute chose qui attend, ou encore qui s'épuise dans l'articulation de ce qui est déplacé, rangé, saisi, et tant de fois traversé et replacé. Ici où l'on n'est pas là. Ici où la tête tourne. Où le vent se renverse. Ici où le soleil bat son plein, où les mots n'ont plus de sens, où les doigts plissent la lumière, comme une énorme bouche lentement se retire, et il ne reste plus qu'un trou noir. Ce trou béant ou ce trottoir sauvage.

30/03/2009

Rue Estelle

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C'est un dessin de mon voisin Vincent
qui en a marre des merdes de chiens
qui jonchent les trottoirs de la rue Estelle

 

 

24/03/2009

Notre Dame du Mont

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Ce n'est pas un gage de bonne santé que
d'être bien intégré à une société malade

02/03/2009

Aykü rue de la Loubières

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La circulation de l'air me donne une contremarche, celle du geste qui produit l'écriture.

27/02/2009

Aykü rue de Tilsit

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Je le suis à la trace. Il peuple les murs des quartiers où je me déplace. Aykü, vacillement visuel qui assure la circulation et l'échange, masse bruissante d'une langue qui arrête mon regard, où je me reconnais dans cette aération émotive de la mobilité qui se déploie sur les murs de la ville, destinés à suspendre le langage. Aykü sans (S) illimité sans idée de grandeur.

24/02/2009

Marseille ça crache

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Marseille ça crache
ça crache dans les rues
ça crache sur les trottoirs
ça crache sur les quais
les berges les pavés les cours privées
ça crache le froid le chaud
ça crache le sec le mouillé
ça crache le sombre le lourd
ça crache le clair le léger
ça crache ça crache
ça crache ce qui sort
ça crache des hommes
ça crache des femmes
ça crache des existences niées
ça crache une part de vérité
ça crache à partir de cette réalité
ça crache ça crache
ça crache l'exclusion la fragilité
ça crache le mensonge la lâcheté
ça crache le scandale ordinaire
ça crache la normalité sa monstruosité
ça crache la légitimité
ça crache ce qui nous fait
ça crache ça crache
ça crache crachat
ça crache craché

22/02/2009

Les rues sont nos pinceaux

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15/02/2009

Aykü eskiss la vie

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Marseille n'est pas élégante. Elle est fracas. Construite en dépit du bon sens. Chargée de tous les péchés de la terre : racisme, corruption, grand banditisme, vie politique incompréhensible. Marseille, sinistrée, confrontée à une crise aux dimensions multiples. Marseille toute grouillante de population étrangère. Marseille modernisée. Plongée jour après jour dans une situation où chômage, précarité, concernent une population de moins en moins marginale. Dans cette ville où le vote massif du Front National s'est installé dans la durée, des femmes et des hommes ont tellement respiré l'air du malheur qu'ils savourent avec délice chaque seconde de survie. Comme si Marseille avait la vocation d'être la ville où commencent tous les possibles de la liberté.

13/02/2009

OUI

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Je marche dans les rues.
Je regarde autour de moi.
Je vois la progression spectaculaire
de la pauvreté et l'immense souffrance
qui sévit partout. Telle est la situation
dont je suis témoin.

11/02/2009

GEB

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Il boit à même le bidon.
Elle essaie de tasser ses seins dans son corsage.
ça sent bon le poisson et la saveur beurrée.
Le plancher de la langue.
Les volants de plumetis.
Les déchets de présences.
Bossués.

03/02/2009

Aykü et le fruit de l'amour

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02/02/2009

Sans modération

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19/01/2009

Rue de la République

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17/01/2009

Tomorrow and Tomorrow

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L'écume éclabousse, charrie en son remous, sacs plastiques, bois flottés, goudrons, graines, verres et galets. L'écume mouille l'air sous la voûte du ciel. Elle frappe, fouette, roule, cingle vers des explosions qui se brisent avec fracas, dans une odeur souterraine de lichens et d'eau de mer. Les bruits du dehors arrivent comme des clapotis enveloppés d'ouate.

13/01/2009

Rue de Lodi

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05/01/2009

Aykü et le père Noël

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L'air marin dans le souterrain du métro.
La gare Saint-Charles.
Le tactac des roues.
La voix d'Yma Sumac.
Un air amérindien.
Je suis en train.
Un léger mouvement parfois.
Des petits riens.
Visages assis.
Regards debout.
Les yeux dans la fumée.
Ceux qui se parlent à eux-mêmes.
Dans le vent qui les sème.

01/12/2008

Besoin de rien

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 Rien ne semble plus long qu'un retard imprévu. Rien de plus difficile à décrire, ni de plus ennuyeux à lire "Une heure passa" et la phrase ne contient ni ennui, ni odeur, ni chaleur, ni bruit. "Une heure passa". Il commence à faire frais. La rue est pleine de voitures mal garées. Dans l'une d'elle, une femme allaite son bébé. J'attends quelqu'un qui ne vient pas, ou bien je suis en avance. Le doute me prend. J'enfonce mes mains dans mes poches.

 

 

 

04/11/2008

Tout va bien

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Arpenter la ville sous la pluie à la recherche de témoignages qui mettent en rapport les aspects du réel les plus dispersés, les plus incongrus parfois et donnent du sens à ce qui n'en a pas. Accepter de ne pas choisir. Accepter donc le mauvais goût et son esthétique du mal écrire qui est celle-là même des grands créateurs. S'ouvrir à l'inachèvement, au cours perpétuellement défait du monde. Travailler pour ne pas faire. Travailler pour que tout finisse par être défait. Un petit peu bien défait sur le terrain du langage et du monde. Du langage-monde. Réduire à l'intimité d'une rue la vaste extension qui va d'une mer immense à une mer immense. Les mondes sont de petites îles et sur les îles le plaisir se trouve dans le bref espace entre deux coins de rue.

26/10/2008

à l'heure de la pause

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24/10/2008

L'ascenseur s'arrête au trentième

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12/10/2008

Qu'est-ce que la voisine vient faire là ?

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Rien n'a changé
Je fais ce que je peux
comme les autres
Juste ce qu'il faut pour
rester en équilibre sur
la corde raide
La ville Le quartier
ses odeurs et ses gens
Le soleil pendant
une bonne partie
de la journée
Envie d'un café
et d'une bonne ration
d'enthousiasme
Tout est tranquille
exactement comme
d'habitude
Dehors tout est
toujours aussi calme
Je remonte le
col de ma veste
Et les requins continuent
à se goinfrer dans leur bocal
Un vrai trou noir !
Et c'est toujours les plus
petits qui trinquent !
Il ne faut pas déranger
celui qui tient le fusil
ou le carnet de chèques !
Al Capone de la finance
Traders acharnés au boulot
Prêteurs sans scrupules
Miam miam par ici
le système coule
coulons le système
l'orchestre joue sur le
ponton du paquebot
Nous marchons sur la queue
du chat rouge beaucoup de
rouge rouge du sang
de la colère rouge intense
du néant au matin d'un
jour quelconque comme
dans une peinture de
Jérôme Bosch

Quelque chose qui vient d'ailleurs

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Fermer les industries
Réduire le nombre
d'autobus et de voitures
Prendre soin des forêts
Déclarer que l'air est
un bien irremplaçable
Ce n'est qu'un rêve
L'air comme la liberté
a des limites définies
par quelques individus

08/10/2008

Just say NO !

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Dis seulement NON
Et accroche-toi à ce
qui te fait vivre

15/09/2008

68 ! 2008 ?

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