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rue bussy l'indien

  • Tapin

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    C'est une brune d'une trentaine d'années, habituée à tous les rituels d'approche. Boulotte, copieusement maquillée, elle allume une cigarette et écarte les jambes après avoir tiré sur sa jupe de cuir, très étroite, qui lui moule les fesses. Un homme fait le pied de grue sur le trottoir d'en face. Il s'essuie le visage d'un revers de manche et s'avance vers elle d'un pas décidé, percutant au passage une ménagère qui sort de la boulangerie encombrée de paquets et  qui rattrape sa baguette de pain avant qu'elle ne tombe sur le bitume. Un poivrot s'accroche à lui, le tirant par la manche. Il a un mal de chien à s'en débarrasser, y parvient malgré tout, et constate alors que la fille a disparu.
    Pendant quelques instants, il arpente le trottoir de long en large. Il attend. Un vent tiède balaie le sol et soulève des papiers gras en rafales soudaines.
    Dans une des fenêtres de l'immeuble d'en face, il voit un homme debout derrière la vitre : un vieillard au visage émacié, blafard, à la pâleur presque fantomatique, qui s'éponge le front à l'aide d'un grand mouchoir à carreaux, puis disparaît.
    Il se retourne et l'aperçoit. Elle est de retour. Après quelques minutes de palabres inconsistants, elle le conduit dans un hôtel tout proche. Arrivée dans la chambre, elle abandonne ses hauts talons à même le tapis et se jette sur le lit, les cuisses écartées, les genoux fléchis, dans une attente nonchalante.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • Marché des Capucins

     

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    Les sacs en plastique s'accumulent en montagnes molles. Une plaque de tôle s'agite comme une lèvre capricieuse. L'atmosphère est bruyante. Autour de moi, les gens sont gais. Sous les pieds, le rythme est contagieux. L'asphalte glissant y ajoute une pointe de piment. Le brouhaha, le bourdonnement des voix, s'écoulent le long des ruelles. Seuls, des hommes sont assis aux terrasses des cafés, comme  dans une éternelle attente. Spectateurs et acteurs sont les mêmes. Les deux émoussent les angles aigus de leur identité, comme des galets charriés ensemble par les vagues de la mer, se frottent et se lissent avec le temps. Le bouillonnement dans la tête, les conversations, les impulsions, les fantasmes, les ressentiments, s'accumulent. Pourquoi ce désir si fort de s'exposer ? La vie émotionnelle est un système d'égout complexe. Il faut chier tous les jours, ou ça bloque dans le trou du présent. "Pourriez-vous me dire l'heure ?" Elle est coiffée d'un foulard blanc et porte un manteau vert. "Dix heures trente". Je dis merci. Elle s'éloigne, en marchant en direction de la station de métro. Assis sur l'appui d'une fenêtre, un petit garçon contemple le soleil. Il sourit doucement. Je m'engage d'un pas lent le long de la rue. Mes pensées filent. Elles se bousculent sans que je puisse les retenir.

     

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