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port de marseille

  • Le saut périlleux

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    Dehors, l'aube humide et froide, inonde les rues désertes, s'égoutte des corniches, des rampes, des échelles de secours. Elle émiette les blocs d'ombre entre les édifices.
    Il se racle la gorge et crache sur le trottoir. Puis, il s'éloigne, aspirant l'air frais à petits coups rapides et profonds. Il baille. Les jambes lui font mal, à croire qu'il va tomber. Il est courbattu. Il a sommeil. Machinalement, il épluche une cacahuète et la porte à sa bouche. Puis, il tord l'ouverture du sachet et la fourre dans sa poche. Des mouettes tournoyent en criant. Sur le trottoir en face, une femme à cheveux gris le regarde. Elle regarde son menton mal rasé et ses poignets sales qui sortent des manches éraillées de son veston. Il détourne les yeux et s'éloigne, le menton relevé.
    C'est un homme avachi. Les intempéries ont blanchi sa barbe et ses cheveux bouclés. Ses yeux semblent avoir été enfoncés dans sa tête à coups de marteau.
    L'eau brune du port sent l'eau de lessive. Elle clapote doucement contre les flancs des bateaux. On entend des bruits de chaînes d'ancres.
    Tandis qu'il s'éloigne péniblement, il sent des crampes lui tordre le ventre sous sa ceinture trop serrée. Pauvre vieux, ce qu'il lui faut, c'est un coup à boire, pour pouvoir se perdre dans des rêves.

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  • Little Saïgon

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    Quelque part, dans une cour, un piano se met à jouer doucement. Enfoncées dans l'herbe, les grenouilles chantent. Elles se taisent à mon approche. Elles se tiennent coites quand je passe. Puis, elles reprennent leur concert. C'est l'heure où les grenouilles commencent à faire des bulles. Soudain, une voiture s'avance en brimbalant. Elle s'arrête à quelques mètres. Dites, le Panier, c'est de quel côté ? Je répond Là-bas, au-dessus ! La voiture repart. A ma droite, une cigarette qui paraît humide, est posée en équilibre sur le rebord d'une bite d'amarrage. Cette cigarette se consume assez vite. De temps en temps, un homme la prend pour en tirer une ou deux bouffées. Il ne quitte pas des yeux deux petits garçons qui fabriquent un bateau avec une feuille de papier journal. Les deux petits garçons mettent un petit soldat en plastique au milieu. Un petit soldat en plastique qui n'a qu'une jambe, avec un fusil. Et voilà le bateau en papier qui navigue sur l'eau du port. Et voilà le petit soldat en plastique qui se rappelle tous les rivages et tous les ports qu'il a vus. Et voilà, sous les yeux du petit soldat en plastique, des images qui se balancent, et qui dérivent jusqu'à la mer. La mer peuplée de gros bateaux noirs qui s'en vont, dangereux, vers des pays lointains, et qui reviennent un jour, en se balançant doucement, reviennent au port d'attache, reviennent à la sécurité. Et la vieille horreur d'être un petit soldat en plastique, jointe à l'odeur repoussante des morts, commencent à le pousser hors du bateau.

     

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