14/05/2012

Les vagues de Virginia Woolf

pigeons 005.JPG

Sur les balcons, des herbes qui tremblent, du linge qui pend, des antennes paraboliques. Un chien qui tourne en rond. Une jeune fille qui se coiffe à sa fenêtre dans une attitude d'amphore. Une petite vieille qui remonte un store. Elle disparaît à l'intérieur de chez elle. J'aperçois les rideaux au crochet, un bout de meuble, un tableau au mur, le lustre. Ensuite un mur, puis des immeubles. Tous semblables, mêmes balcons, mêmes persiennes, mêmes petits cafés avec la télé branchée sur le football, mêmes parfums que les vieilles dames laissent dans les ascenseurs, mêmes individus qui promènent leurs chiens avec une de ces laisses qui s'allongent et se rétractent, mêmes jeunes femmes qui rejettent leurs cheveux en arrière d'un brusque mouvement du cou, mêmes bruits incessants des voitures sur l'autoroute, une infinité de lumières jaunes orangées, la fixité des lumières aussi calmes que les arbres, des conteneurs, des entrepôts, des phrases qui arrivent comme des vagues, les vagues de Virginia Woolf. Virginia Woolf qui entendait les oiseaux chanter en grec. Des petits oiseaux qui chantaient en grec.

http://revuesqueeze.com

Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

08/04/2012

Impasse Montévidéo

Badalcazarstreet 062.JPG

Il est debout près d'une porte vitrée munie de rideaux. Il est courbé comme s'il allait tendre la main et ouvrir. Mais il se retourne lentement. La pluie dégouline sur la fenêtre près de lui. Il va dans un recoin, prend une bouteille de bière dans le frigo, l'ouvre, et boit au goulot une longue gorgée. Il écoute la bière dans sa bouche, puis la pluie, puis un bruit de pas au-dessus de sa tête, le son étouffé d'un poste de radio quelque part au fond d'un couloir, des voitures qui passent à toute allure dans la rue au-dessous de lui en éclaboussant le bâtiment, un bus arrivant à son arrêt avec un bruit mouillé. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des avenues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. De l'autre côté de la rue, dans la brume, s'étend le grand parc avec par endroits des arbres. Il y a des nuages bordés d'argent qui filent à tout allure vers l'horizon sombre comme s'ils étaient attirés par un aimant.

http://revuesqueeze.com

Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

19/09/2011

Passages urbains

street art consom 021.JPG

Il était une fois, devant un bar de quartier, quatre africains, chacun suivi de sa boutique, un cinquième qui dort au milieu de ses colliers et lunettes de soleil, un homme obèse qui boit de la bière à la bouteille, un clochard qui marche tenant dans sa main droite un sachet qui contient toute sa maison, et dans sa main gauche sa garde-robe, une famille qui passe devant lui à toute allure, un enfant qui court maladroitement, traînant un tricycle qui fait du bruit, une fillette qui tient son chapeau d'une main pour ne pas le perdre, un clochard qui regarde la scène et qui se met à rire, le noir endormi qui se réveille et qui baille comme un lion, l'homme obèse qui a fini sa bière et qui s'essuie le front, une fille qui  se fait bronzer sur le toit terrasse du bistrot, l'homme obèse qui lui dit que le soleil c'est pas bon qu'il brûle la peau.

Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

http://www.radiodiction.org

09 72 15 48 40
Appeler pour dire un texte
24h/24 appel non-surtaxé

27/03/2011

L'auto rouge

GrafAnimaux 017.JPG

Plusieurs voitures passent dans la rue. Des gens à pied défilent sur les trottoirs, l'air pressé. Le vent leur soulève les cheveux.
Un peu plus tard, la pluie s'abat en courtes rafales, d'énormes gouttes crachantes et ondoyantes giflent le bitume avec un bruit soyeux. La rue est noire, luisante. Les caniveaux débordent.
C'est la fin du mois de mars. Les arbres sont verts. Les voitures soulèvent des gerbes d'éclaboussures. Elles se dirigent vers la sortie de la ville, mais se retrouvent bloquées à chaque feu rouge.
Un chien mouillé pisse contre le poteau de l'arrêt de bus. Un autre chien s'approche du poteau, le renifle, et se met à pisser dessus à son tour.
On entend les cris grinçants des mouettes. Ensuite, la pluie arrive en diagonale. Le vent donne des bourrades dans les cheveux et sur les yeux. Il résonne dans le ciel et resserre le plissé des nuages qui semblent devoir prendre appui partout.
L'auto rouge approche et presse la terre de ses pneus puissants.
Ainsi donc.

Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

http://www.radiodiction.org

09 72 15 48 40
Appeler pour dire un texte
24h/24 appel non-surtaxé

27/01/2011

La fille black

Raym+pemt+rue 022.JPG

Les mains dans son parka, on dirait qu'elle veut manger la nuit, qu'elle aspire le noir par la bouche et le recrache par tous les pores de sa peau. Tel un projectile dont rien ne freine la course, elle flotte au-dessus du sol, sur un coussin d'air, poussée par une force qui la dépasse. Si on lui demande "à quoi tu penses ?" elle répond "à rien !" Et c'est vrai. Elle ne pense à rien. Rien que des fragments, des éclats, des visions fugitives, la sensation de coups donnés, de coups reçus, une course interminable. Elle sait qu'elle s'est battue. Elle sait qu'elle n'était pas seule, mais qui était à ses côtés ? Elle ne s'en souvient plus. Une fumée grise les cernait, mêlée à d'autres fumées qui les faisaient pleurer. Elle ne voyait pas les visages, juste une bataille de bras, de jambes, de coudes, de poings, dans un fracas d'armures.
La tête vide, elle tourne ici, coupe là. Les rues défilent. Elle a peur à s'en mouiller la culotte. Elle court sans se retourner. Elle court de plus en plus vite, et à mesure que sa vitesse augmente, elle s'engage dans une rue étroite.

 

Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

http://www.radiodiction.org

09 72 15 48 40
Appeler pour dire un texte
24h/24 appel non-surtaxé

20/01/2011

Cool mémories

janvier11 006.JPG

Titubant devant la caméra et dessinant par ses gestes un espace vertigineux, il livre avec frénésie son corps insaisissable. Ce qu'il veut dire, c'est que tout découle directement de ces années durant lesquelles il s'est tout envoyé, de la cocaïne au whisky, de l'herbe à la bière, du LSD aux amphétamines, et toute une autre pharmacopée entre temps aussi. Ce qu'il jette sur le papier, c'est le spasme, les trous de douleur, le couple en copulation, les points érectiles, les orifices extensibles, enveloppants...
Pour lui, la sensation est la preuve immédiate de l'existence. Ses bouquins nous livrent les métamorphoses de son corps dont le rôle est de polluer. Il parle de la pollution à partir du moment où elle devient constructive, où elle est mise en question. Ce qui lui importe, c'est de montrer qu'il est pollué lui-même et de manifester cette pollution totale. Pour écrire, toutes ses toxines remontent à la surface et s'évaporent. Il ne lui reste plus que le nécessaire.
Deux ans plus tôt, il a mis fin à une longue relation avec une femme qui aujourd'hui ne représente plus rien pour lui, mais dont l'absence l'affecte comme il ne l'aurait jamais imaginé. Curieusement, il sombre peu à peu dans une sorte de sommeil épuisé, comme une défaillance ou un échec. Du moins, c'est ainsi qu'il le ressent en se réveillant toujours en sursaut, à bout de souffle.
Là, il regarde par la fenêtre la ville enveloppée de nuages et le soleil déclinant qui déverse des flots de couleurs le long de l'horizon, à la limite blanche du vide. Alors, il a l'impression qu'il a laissé le temps lui échapper, et que de ce manquement, va s'ensuivre quelque chose de terrible.
Il comprend que s'il y a un bruit de fond de l'univers, c'est ce bruit inaudible qui est comme un lointain écho de la catastrophe du monde.

Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

http://www.radiodiction.org

09 72 15 48 40
Appeler pour dire un texte
24h/24 appel non-surtaxé

28/11/2010

Lune verte

 

Berlin 049.JPG

 

Le long de la rue, des néons multicolores. une cafétéria pleine de japonais en costumes sombres. une fille qui sort. mèches décolorées. bottes montantes à talons hauts par-dessus le jean clouté. seins qui donnent l'impression de vouloir se faire la malle.
Elle ne marche pas très droit. trop bu. trop fumé. trop bu. trop fumé. Elle en rit toute seule. "Happy to be sad" comme le chante Billie Holliday, de sa voix de velours qui se déchire.
Arrivée au parking, elle grimpe dans sa bagnole et démarre. Le boulevard s'offre à elle, avec son flot continu de voitures. Elle s'y insère en se disant : pourvu que personne ne traverse devant moi. Je crois que je suis trop crevée pour seulement appuyer sur le frein.
Puis, elle baisse la vitre gauche, la seule qui fonctionne, et met la radio. L'air chargé de fines particules de poussières, danse dans la lumière, en formant d'étranges motifs. Au loin, un homme fouille dans une poubelle. Tout près, un immeuble pareil à une boîte d'allumettes, semble le contempler d'un oeil morne. Tous les immeubles alentour paraissent identiques.
Elle allume une cigarette et s'engage sur la voie rapide. A cette heure avancée de la nuit, son cerveau est une jungle de neurones interconnectés. Autour d'elle, toutes les voies sont encombrées par la circulation. Elle lance un coup d'oeil sur les conducteurs. Ils paraissent tous pris dans un piège.
Elle se dit que ce dont elle a besoin, c'est d'une bière bien glacée, avec des perles de buée bien fraîches qui dégoulinent sur la surface du verre.
L'aiguille de la jauge est au rouge. Trop fatiguée pour s'arrêter prendre de l'essence, elle continue.

 

Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

http://www.radiodiction.org

09 72 15 48 40
Appeler pour dire un texte
24h/24 appel non-surtaxé

08/11/2010

Le regard déambulatoire

 

photograffeurs et poubelles 017.JPG

 

J'aime marcher dans la ville. Les arrêts de bus. Les coins de rue. Les magasins. Les murs. Je peux regarder. Regarder les gens. Leurs corps. Leurs visages. Leurs vêtements. Regarder la façon dont ils marchent, se tiennent debout, ou ce qu'ils font.
Ils font partie du paysage comme les graffiti, les tags, comme les panneaux de signalisation, les trottoirs, les poubelles, les sirènes, les voitures, la mer, les bateaux, la lune...
Autour de moi, sur les murs, les signes se multiplient. Ils me font signe de façon fugitive ou durable. Ils finissent par s'imposer comme symboles et signes d'une époque. Le désordre visuel de la contagion persiste. C'est le regard qui prime et qui garde le dessus. Le regard, c'est l'oeil avant tout, dans sa dimension fonctionnelle et organique. C'est sa faculté de viser. Mais ici, ni proie, ni victime, car ce qui est en jeu, c'est le processus et la justesse de la précision : la justesse de l'acte.
Lorsque je marche, je me situe du côté de l'éphémère, des indices, de l'incertain, de la fragilité. Je me concentre sur la trace et sa matérialité. Je suis comme un appareil de photographie. Et mon corps, tantôt se faisant lui-même inscription dans l'espace public, tantôt jouant de cette distance, ne cesse de construire une poétique urbaine qui est le fruit d'une visée esthétique. La manière dont je regarde le temps présent dans sa réalité immédiate, trace la réalisation d'un parcours qui s'inscrit dans l'enchevêtrement des territoires urbains.
Les images que je photographie en appellent d'autres, et cette répétition hasardeuse caractérise mon existence, inscrite dans la morphologie urbaine comme la mise en devenir d'un destin.

 

http://www.radiodiction.org/

Tous les mardis de 13 à 14 heures 88.4

27/08/2010

Rue des étoiles

Toulouse 196.JPG

Montauban Ville Bourbon

 

25/06/2010

Un rêve

Graffs 010.JPG

26/05/2010

Tu dis que t'as besoin d'amour ?

Estaque.Epsylon.Flo 074.JPG
Assis sur la marche, il regarde les voitures disparaître au coin de la rue. Il ne lève pas les yeux au ciel, mais il est conscient des étoiles. Elles lui font l'effet de trous dans son crâne, par lesquels une sorte de lumière lointaine et immobile le surveille. C'est comme s'il était seul en présence d'un oeil immense et silencieux, cerné par un flot incessant d'éclairs lumineux. Il se lève. De l'autre côté de la rue, les maisons forment un mur sombre, dentelé. Il met un pied devant l'autre. Quelques centaines de mètres plus loin, il se précipite à l'intérieur d'un café ouvert et s'installe à une table. Pendant un court moment, il boit sa bière. Ce soir, aucun bluesman ne pourrait jouer ce qu'il ressent. C'est impossible. Il a atteint le point de non-retour, même la bière ne passe plus, plus rien ne lui fait d'effet, ni le hash, ni l'herbe, ni l'amour, ni les bruits, ni l'espoir que ça puisse repartir. Dans un ultime effort, il contemple son téléphone, réfléchissant à qui il pourrait faire appel pour venir lui chuchoter des paroles d'adieu. Il passe en revue, l'un après l'autre, ses amis, tout en se répétant qu'il est trop tard pour les déranger et qu'ils ne le prendraient pas au sérieux. "Tu dis que t'as besoin d'amour ?" Il jette un oeil sur les passants qui foncent vers le bus de nuit. Quelle importance de savoir ou de ne pas savoir. Après tout, il a joué parfaitement son rôle.

03/05/2010

Rue Chateau Payan

chateauPayan 026.JPG

23/01/2010

Aykü vers La Plaine

Img_3916.jpg

03/09/2009

Mabuse [2]

Img_3319.jpg
Le soleil décline. Je suis dans la rue, comme d'habitude. La rue est encombrée par la circulation. Les conducteurs des voitures sont sur les nerfs et sur la défensive. Ils paraissent malheureux. Soudain, il y a un claquement, accompagné d'un rugissement : le métro aérien s'arrête pile devant moi. Je dévisage une rangée de tronches qui me rendent mon regard. Puis, le métro disparaît et je me balade.
Un petit chat passe devant une porte. Il s'arrête et me regarde. Ses yeux brillent comme du feu. Je tends la main, mais le chaton reprend sa route. Plus loin, je passe devant un terrain vague. Des hommes jouent au football. La plupart ont du ventre et des gros culs. Je les observe. Il y a plein de balles qui partent n'importe où, mais ils continuent à jouer. Presque comme s'il s'agissait d'un rite.
C'est la première fois que je suis seule depuis cinq jours. La solitude me nourrit. Sans elle, je suis comme une autre privée de nourriture ou d'eau. Chaque jour sans solitude m'affaiblit. Je ne tire pas de vanité de ma solitude, mais j'en suis tributaire.