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poésie

  • Le dépotoir des rêves

     

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    Heure de pointe habituelle. Lumière du jour déclinant. Nous sommes pris dans un énorme embouteillage. Des milliers de voitures viennent se précipiter dans le coeur de la ville. Le front de mer que nous suivons s'étend sur notre gauche. Nous regardons la mer. Les pare-brise réfléchissent les lueurs incertaines du soleil. Une adolescente en jean se tient sur le passage cloûté. Le garçon qui l'accompagne a passé un bras autour de sa taille. Il lui caresse le sein droit de sa main. Notre regard s'arrête sur le creux dessiné par le jean entre les fesses. L'impeccable géométrie de cette partie du corps se détache pour s'unir au mouvement des véhicules sur la chaussée. La voiture qui nous précède avance de quelques mètres. Les pédales répondent à la pression des semelles. Les avions qui prennent leur envol passent au-dessus de nos têtes. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de béton et de structures d'acier, la voix de David Bowie chante Jean Genie.

    http://www.marseille2013.org/spip.php?rubrique4

     

  • La mer a la couleur de la mer

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    Matinée brumeuse de novembre. Du haut du cours Julien, je vois les arbres à moitié nus et le tapis brun de feuilles mortes qui jonchent la rue. Chaque jour, je vois la dégradation du quartier de Noailles et son naufrage dans la paranoïa des poubelles qui débordent, depuis que les éboueurs ne passent plus ramasser les détritus. Chaque jour, je sais que des hommes se promènent avec des morceaux de bombe atomique dans la poche et le plutonium qu'ils transportent, c'est l'esprit du temps. "La chaleur était tellement étouffante qu'on entendait gémir les fleurs dans les jardins et que les hommes entrèrent en gestation. L'un d'eux accoucha d'Adolf Hitler". (Kazimierz Brandys, "Hôtel d'Alsace et autres adresses", Gallimard 1992). Depuis, c'est comme un hachoir qui fonctionne sans cesse cette terreur claustrophobique de l'Europe Occidentale. Identité nationale. Je cours après le tramway. La pluie me tombe dans le cou. Je patauge dans mes chaussures. Multiple. Mon identité est multiple, et cette richesse, c'est évident, se défendra. Cette richesse sera défendue par la foule venue ici de partout qui m'entoure et qui joue des coudes, omniprésence dans la ville, surface scintillante, "L'avenir appartient toujours aux esclaves et aux immigrés..." Cioran.

  • L'odeur du goudron

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    L'herbe a l'air plus verte, les bancs du jardin public ont meilleure allure et les fleurs se donnent plus de mal pour briller. Marseille se dévoile comme un chantier permanent. Des parties de quartier sont rasées, de nouveaux immeubles se dressent vers le ciel, d'autres encore en construction sont entourés d'échaffaudages. Dans certaines ruelles où les maisons sont plus anciennes [certaines sont murées] des vêtements sèchent aux fenêtres. Plus loin, loin du centre, les touristes descendent des bateaux de croisière. Ils prennent le bus et vont faire leurs achats au Port, dans le ghetto qui leur est réservé. Ils sont tous à la queue leu leu. Ils s'agitent, gesticulent, parlent, crient. Ils sont tous pressés, question de savoir ce qu'ils trouveront au bout de l'aventure. Pourtant, le soleil brille dans le ciel et la mer est propre. Un homme fume une cigarette pendant qu'il boit. Il se parle à lui-même. Il rumine des pensées qui s'envolent. Dans sa tête, un flot de pensées. Boucles. Méandres. Tourbillons. Coups de cymbales. Il transpire aux aisselles, à la nuque, au dos. Il se lève hâtivement, puis il s'éloigne. Un bruit approche. Des moteurs. C'est un convoi de l'armée. Une longue file remplie de soldats. Toute une cargaison qui roule lentement. Un convoi très long et très lent. Le monde est en guerre.

  • Mabuse

     


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    C'est pendant la crise. La scène est simple. On dirait une scène de film. Il est minuit environ. La nuit est fraîche et claire. Un jeune couple est installé à une table près de la porte. Ils boivent de la bière et fument une cigarette. Puis elle dit quelque chose. Il fait oui de la tête et il parle. Puis ils se taisent [Un temps] Elle boit une gorgée de bière. Elle sourit et se penche pour consulter son téléphone. Dans sa main gauche, elle tient une cigarette entre l'index et le majeur. Elle boit une gorgée de bière. C'est bon. Il l'observe pencher sa tête en arrière en buvant. Quelques petites rides sillonnent son cou. Elle ne dit rien. Lui non plus. Ils restent là assis à se regarder en descendant leur verre de bière [Un temps] Dehors la lumière des enseignes au néon du boulevard filtre au travers des stores poussiéreux. La rue est jonchée d'un tas d'objets : une vieille chaussure, une chemise orange, un vieux sac à main, un pamplemousse pourri, une autre chaussure, un jean, un pneu...