09/11/2012
Un goût de rouge à lèvres

Tout en ventre et en petits talons, elles roulent leurs mécaniques bien huilées, sur les trottoirs de la rue de Rome. L'allure fauve et le ronron facile, elles sont plutôt maîtresses que bonnes femmes, Coca-Kebab McDo et poignées de mains ou coups de poings. Le rire à gorges déployées, elles ont des mots râpés dans la bouche et des voix pour les dire : mots rimés, mots triturés, mots scooters... pure poésie du brut, langue de récup... sur leur passage, un téléviseur désossé ressemble à une antiquité remontant d'un autre siècle. Un canapé, pas vilain, en skaï chocolat ferait le bonheur de qui n'en a pas. La rue est à tout le monde, et du monde il y en a.
http://www.riotinto.fr
mon autre site consacré à la mémoire ouvrière de l'Estaque
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08/04/2012
Impasse Montévidéo
Il est debout près d'une porte vitrée munie de rideaux. Il est courbé comme s'il allait tendre la main et ouvrir. Mais il se retourne lentement. La pluie dégouline sur la fenêtre près de lui. Il va dans un recoin, prend une bouteille de bière dans le frigo, l'ouvre, et boit au goulot une longue gorgée. Il écoute la bière dans sa bouche, puis la pluie, puis un bruit de pas au-dessus de sa tête, le son étouffé d'un poste de radio quelque part au fond d'un couloir, des voitures qui passent à toute allure dans la rue au-dessous de lui en éclaboussant le bâtiment, un bus arrivant à son arrêt avec un bruit mouillé. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des avenues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. De l'autre côté de la rue, dans la brume, s'étend le grand parc avec par endroits des arbres. Il y a des nuages bordés d'argent qui filent à tout allure vers l'horizon sombre comme s'ils étaient attirés par un aimant.
Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"
15:52 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de graffiti, photo de pochoir, photograffeuse, photo de mur, labyrinthe, écrire la ville, écriture urbaine, écriture contemporaine, chronique urbaine, lire la ville, dire la ville, pochoir mural, poétique urbaine, poétique de la ville
07/01/2012
Voix off
Le ciel est très bleu. Au-dessous, les voies express et le vacarme des moteurs. Plusieurs poteaux métalliques abandonnés après des travaux. Dans un coin, des sacs et des cartons empilés, protégés des intempéries par une couverture en plastique. Une clôture hérissée de fils de fer barbelés sur la partie supérieure. Quelques couvertures élimées sont roulées sur un matelas crasseux. Des bouteilles vides traînent. Il y a des brins de tabac et des petits filtres de joints racornis.
Dans la foule qui descend du tramway, elle est coiffée d'un foulard rouge. Elle regarde autour d'elle. les gens marchent vite, traversent en courant, font la queue devant un distributeur de billets : infinité d'identités fragiles, de corps qui se frôlent, s'évitent, parfois se heurtent, dans une étrange chorégraphie au coeur de la ville.
La ville qui attend son heure pour les vomir et les recracher, comme des corps étrangers.
L'Ampoule n°2 "Art & danger" des éditions de l'Abat-jour
http://www.editionsdelabatjour.com
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/4/08/21/56/L-Ampoule-n-...
12/11/2011
Travelling
Il s'assoit sur le banc auprès d'elle. Elle croise les jambes. Elle lui tourne le dos. Elle feuillette un magazine. Elle hoche la tête. De l'autre côté de la place, une jeune femme, penchée à une fenêtre, bat un tapis. Elle serre les lèvres. Il fixe le sol. Elle referme son magazine. Elle se lève. Il la regarde. Elle le regarde en hochant la tête. Elle se met un foulard sur la tête. Elle part. Il reste assis tout seul. Il a pourtant essayé bien des fois. Il pense à la solitude qu'il éprouve. Il reste là, assis sur le banc, à se demander pourquoi. Il allume une cigarette. Il regarde de nouveau autour de lui. Il sourit. Il se gratte la tête. Il se prend la tête entre les mains. Il hausse les sourcils. Il hoche la tête. Il hausse les épaules. Il rit tout seul sans trop savoir pourquoi. Il serre ses bras autour de lui. Il fait des bruits de baisers. Au bout d'un moment, il se lève. Il rentre dans un petit café. Elle sort. Il la suit du regard. Il s'assoit en soufflant. Elle hoche la tête. Elle détourne le regard. Elle ramasse un caillou. Elle fait passer le caillou d'une main à l'autre. Il se sent heureux rien qu'à la regarder. Elle pousse un profond soupir. Elle allume une cigarette. Elle tire quelques bouffées. Elle s'en va en regardant droit devant elle. Il commande un café avec un verre d'eau.
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09/11/2011
Vous me suivez
Elle marche plus vite. La rue monte et les maisons se font rares. Le sang coule, abondant et chaud, dans ses veines. Elle peut entendre ses pas sur le macadam usé. Une boîte de tomates en conserve titube au milieu de la route. Elle continue à marcher en la poussant devant elle à grands coups de pied. Elle marche à pas rapides. Elle se fraye un chemin à travers les bruits rugueux et tranchants, en dent de scie, de la rue. Elle fait son possible pour modeler le balancement de ses hanches en marchant. L'air lui fouette le visage. Elle marche à grandes enjambées en regardant droit devant elle. Elle marche en silence. La pluie se met à tomber. Au bout de la rue, derrière des petites maisons noires semblables à des boîtes à chaussures, un éclair zigzague parfois. Une odeur de poussière mouillée monte de l'asphalte. Sur son front, les gouttes d'eau sont fraîches. Un long roulement de tonnerre gronde. La pluie se met à tomber à verse. Elle a envie de courir en hurlant des insultes. La pluie siffle sur les pavés. Maintenant, elle a les genoux mouillés. Elle marche. La rue s'étend sous la pluie. Elle marche, anonyme, simple cellule de la foule. Elle prend l'escalier roulant du métro et monte dans un wagon. Debout, elle se laisse soutenir par la masse des autres corps. A chaque station, on la bouscule. La pression devient plus forte. Elle n'oppose aucune résistance. Elle s'abandonne.
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06/10/2011
Jouer aux billes
08:03 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de pochoir, photo de mur, photo de marseille, photograffeuse, jouer aux billes, street art, rose
01/10/2011
Gare Saint Charles
Le hall de la gare bourdonne de monde. La foule. Les odeurs. Des troupes avec des valises s'engouffrent dans des trains et en descendent. D'autres attendent, épuisés par la chaleur. ça bouge dans tous les sens. Vers où ?
Une famille passe à toute allure. Des femmes voilées. Un clochard sans dent, regarde la scène et se met à rire. Son chien assis sur le cul, se lèche les babines.
Au bout du quai, un homme reconnaît la personne qui l'attend. Il court à sa rencontre. Lui prend le visage entre ses mains. Les yeux dans les yeux. L'intense amitié.
Dans les gares, on voit des étreintes que l'on ne voit pas tous les jours ailleurs. Même si une heure après, on se dispute, à ce moment-là, on s'aime beaucoup.
On devrait toujours vivre comme si on devait partir le lendemain, ou comme si on venait à peine de rentrer. Tout deviendrait plus précieux : ce que l'on quitte et ce que l'on trouve. Ou venir ici, dans une gare, et faire semblant de partir. Fouiller le monde avec l'idée de revenir. Courir la terre. Courir la mer. La tête dans les poèmes oubliés. Ne pas savoir où aller. Se perdre. Combat de chaque instant. Partir sur les routes. Aller à la rencontre de la différence. Aller plus loin. Demain. Demain peut-être.
23:01 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : c215, photo de mur, photograffeuse, photo de marseille, philosophie murale, street art, art de rue, artiste, hall de gare, gare saint charles, aventure, les yeux dans les yeux
30/09/2011
Nounours ?
22:25 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photograffeuse, photo de pochoir, photo de mur, photo de marseille, peinture rouge, street art, expression libre, exploration urbaine, amour, nounours en peluche
19/08/2011
Shoot canin

Après l'orage, les feux de signalisation sont en panne. Les gens roulent comme des malades. Une petite pluie fine se met à tomber. A l'angle d'un carrefour, ils s'engueulent dans leur langue. Comme deux escrimeurs, ils s'assènent l'un à l'autre des harpons de points d'interrogation, catapultent des chapelets de consonnes, mots acérés et empoisonnés, brûlant comme une mèche, langues claquantes par-dessus des lèvres crènelées, des aboiements éclatant hors des bouches caverneuses.
Ils semblent avoir été tenus en laisse longtemps. Les mots arrachés de toutes leurs forces sont libérés. Et la voix devenue le couteau, débite de plus en plus de mots, jusqu'à ce que ne subsiste plus que le squelette de l'indicible
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12/08/2011
Rue de la République

Dans ce quartier, bon nombre de maisons en bordure de rue sont camouflées derrière des échafaudages et des bâches en plastique. Les piétons circulent sous les échafaudages par d'étroits tunnels faisant office de passerelles. Des embranchements à intervalles réguliers s'ouvrent sur des portes d'entrée et des commerces.
Non loin d'un petit supermarché, un vieux poivrot fait glisser son pantalon en toile crasseuse le long de ses jambes, puis il s'accroupit sur la grille du métro et lâche sa merde. Il finit par se relever et le pantalon sale autour des chevilles, il essaie de faire deux pas en traînant les pieds. Les couilles à l'air qui ballotent, il semble réfléchir.
Des gens passent et des nuées d'oiseaux ruissellent dans le ciel comme les gouttes aiguës d'un métal fondu.
à lire : "Les mauvaises herbes" mon essai fiction publié
par la revue électronique de littérature SQUEEZE N°3
dans la rubrique "de l'utilité de l'art"
18:55 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de pochoir, photo de marseille, photo de mur, photograffeuse, télévision, street art, écrire la ville de marseille, écriture urbaine, prose urbaine, urbanisme, échafaudage, chantier de rénovation, gentrification, alcoolisme, promenade urbaine
11/06/2011
Vertige
Lorsque je remonte au grand jour les escalators ou les escaliers du métro, parfois je suis prise de vertige. La ville resserre son étreinte sur moi. Le large trottoir, l'étal du fleuriste, le front vitré des terrasses de cafés, le grouillement de la foule, la feuille qui voltige, le soupçon de ciel, la lumière de la ville, et pas le moindre interstice, le moindre vide, et le bourdonnement, le tourbillonnement des gens et des véhicules : parcours à ciel ouvert. Tout ce que capte mon oeil est inattendu. Je me retrouve dans un champ magnétique comparable à un essaim immobile de moustiques. Tant d'affluence, tant de nourriture pour la pensée. Je pénètre dans le domaine des humains et ce n'est pas seulement l'écho de l'histoire mais celui de toutes les humanités qui ont traversé ces lieux, qui les ont parcourus, non seulement étrangères mais anonymes, non seulement anonymes mais clandestines.
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08/06/2011
Traces
Parfois, je tourne dans la ville. Je dérive de rue en rue. Je me déplace à l'air libre parmi les voitures, les bus et les motos. Je traverse des paysages de trottoirs, d'affiches publicitaires et de graffitis. Je marche vers un but invisible. Je cours après les phrases écrites sur les murs. Quelque chose de matériel subsiste d'une absence qui fleurit soudain au milieu de tout le cirque quotidien.
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01/06/2011
Poussière et macadam
Sur une marche, une femme en robe imprimée tend un paquet de bonbons à une petite fille. Elle a les ongles vernis, parfaitement manucurés. Dans les cafés, des hommes assis en terrasse. Des assemblées d'hommes. Sur un mur, une trace, au milieu des tags et des graffiti. Préliminaires physiques. Je m'égare dans le labyrinthe de la ville. Je cours après les phrases sur les murs. J'espère que je vais récolter quelque chose. Saisir au vol de la matière pour la soumettre au mouvement de ma course poursuite. Me perdre, tourner en rond, écrire une partition existentielle, une chronique en gestation, dans le grouillement de la foule et l'envolée des rues aux quatre vents. Et soudain, au milieu du trottoir, une femme débraillée, assise seule sur le pas d'une porte. Cheveux gris frisés en désordre, bouche avalée, vêtue d'un manteau de laine noire informe et froissé, elle découpe des petits bouts de papier et les étale à ses pieds. Sans paraître la regarder, la foule fait un détour discret pour l'éviter. Personne ne sait autre chose que ce qu'elle montre d'elle-même. Personne ne sait d'où elle vient, ni pourquoi. Cette manière dont les rues se croisent et se répandent sur le bitume, cela n'existe que dans les grandes villes.
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30/05/2011
Huis clos
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28/05/2011
Question
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26/04/2011
Tapin

C'est une brune d'une trentaine d'années, habituée à tous les rituels d'approche. Boulotte, copieusement maquillée, elle allume une cigarette et écarte les jambes après avoir tiré sur sa jupe de cuir, très étroite, qui lui moule les fesses. Un homme fait le pied de grue sur le trottoir d'en face. Il s'essuie le visage d'un revers de manche et s'avance vers elle d'un pas décidé, percutant au passage une ménagère qui sort de la boulangerie encombrée de paquets et qui rattrape sa baguette de pain avant qu'elle ne tombe sur le bitume. Un poivrot s'accroche à lui, le tirant par la manche. Il a un mal de chien à s'en débarrasser, y parvient malgré tout, et constate alors que la fille a disparu.
Pendant quelques instants, il arpente le trottoir de long en large. Il attend. Un vent tiède balaie le sol et soulève des papiers gras en rafales soudaines.
Dans une des fenêtres de l'immeuble d'en face, il voit un homme debout derrière la vitre : un vieillard au visage émacié, blafard, à la pâleur presque fantomatique, qui s'éponge le front à l'aide d'un grand mouchoir à carreaux, puis disparaît.
Il se retourne et l'aperçoit. Elle est de retour. Après quelques minutes de palabres inconsistants, elle le conduit dans un hôtel tout proche. Arrivée dans la chambre, elle abandonne ses hauts talons à même le tapis et se jette sur le lit, les cuisses écartées, les genoux fléchis, dans une attente nonchalante.
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10/04/2011
Les yeux fermés
La brume thermique, tiède et fétide comme une haleine, s'insinue dans la ville. Des nuages qui évoquent l'ouate sale apparaissent parfois, changeant de couleur sous nos yeux. La visibilité est mauvaise à cause de la poussière qui stagne parce qu'il n'y a pas de vent.
Terrasse de café. Des rochers devant moi, des bassins dont l'eau brunâtre est recouverte d'une couche d'écume. Un préservatif flotte à la surface. Des sacs en plastique traînent de toutes parts, aux pieds des arbres, ou empêtrés dans leurs branches. Plus loin, des boîtes de bières et des bouteilles brisées miroitent dans l'herbe.
Une femme blonde arrive, suivie par une petite femme frisée qui montre ses dents en riant.
Au coin de la rue, on voit encore la moitié branlante d'un apparteement tapissé de papier à grosses fleurs bleues, tout mangé de taches brunes avec un placard démoli et la carcasse d'un lit tordue.
Au-dessus, trois mouettes tournent en gémissant. Leurs ailes blanches saisissent le soleil.
Des lambeaux de conversation me parviennent de tous les coins de la terrasse. Une voiture klaxonne tout près. Le trafic. L'odeur des gaz d'échappement. Le bruit qui sonne comme de la musique aux oreilles.
Je bois mon café sans parler, tellement accoutumée au ronronnement des moteurs, qu'ils se confondent avec ma pensée.
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18/03/2011
Les fausses notes
Comme pour donner forme à la musique de ses mains, elle frotte l'avant de sa robe pour se débarrasser de quelques miettes imaginaires et se masse les doigts pendant un bon moment.
Le long de la rue, une moto pousse son torrent mécanique. On dirait une boule de flipper en route pour un bon score.
Un clochard qui louche, hurle que tout est fini. Il secoue la tête et grommelle un "merde merde merde merde" adressé à nul autre que lui-même.
Il n'y a aucun endroit pour s'assoir, mis à part une chaise en plastique près des poubelles. Le ciel est couvert. Un peu de lumière perce derrières les nuages.
Maintenant, le son d'un piano, les cris des enfants qui jouent, une sonnerie de téléphone, un claquement de talons hauts sur le carrelage, une voix de femme qui répond.
Un chat passe. Noir. Tandis qu'une voix de radio débite des informations.
La pluie tombe. Elle gifle les yeux. Puis le silence de nouveau.
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07/03/2011
Presque chaque jour
Tout plie, se déplie, re replie. Les vagues se jettent en avant de toutes leurs forces. Le vent est si dur qu'il impose à l'eau sa forme et que les vagues ne sont plus que son moulage. Le ciel, comme chaque jour, se dégage lentement de la brume, ce qui signifie qu'il ne va pas pleuvoir. Il y a cette couleur bleue. Ce bleu qui est celui de la mer.
Le soleil des derniers jours de février est déjà chaud. C'est curieux, ce temps qu'il fait tout à coup. Cette tiédeur, tout à coup. On dirait que le bruit de la mer la recouvre de la douceur d'une houle profonde. Il fait beau. du soleil. un vent clair. Le ciel est bleu foncé maintenant. Et tout d'un coup, l'immensité des choses dans le fracas des vagues. L'immensité et la force sans fin. Les vagues qui luttent contre le vent. Elles avancent et avec violence, elles s'échouent sur le sable, contre la berge où tout se brise avec un bruit flasque de linge essoré. Les cris de la mer. Ce déferlement. Presque chaque jour. Il pourrait faire peur.
En renversant la tête, on peut voir des mouettes voler. Grandes mouettes qui volent. Certaines avec une tête noire. Mouettes rieuses qui volent de nouveau. Comme suspendues. Immobiles et sans poids. Hors du temps.
Au loin, une femme descend péniblement l'escalier en s'aidant de ses cannes. Elle progresse d'une marche à l'autre, avec ce lent et patient acharnement que l'on peut observer chez certains insectes, ou animaux à carapaces, posant chaque fois avec précaution ses pieds aux chevilles enflées, enfermées dans des bas de laine grise, en accordéon.
Contrastant avec la masse informe de son corps, sa voix est presque fluette, simplement un peu lasse, ne laissant percer ni agacement, ni tristesse.
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22/02/2011
L'échelle de Beaufort
Il y a des vents diurnes, des vents nocturnes, des vents du petit jour, des vents du crépuscule, des vents porteurs de neige ou de chaleur, des vents printaniers ou des vents d'automne, des vents légers, des vents folâtres, des vents dangereux, des vents destructeurs, des vents dominants, des vents sifflant en rafales, des vents turbulents, des alizés, des contre-alizés, des cyclones, des anti-cyclones, des vents de terre, des vents d'altitude, le jet-stream, le vent marin, celui qui suit le cours des rivières, celui qui parcourt les continents, celui qui préfère les cavernes et les jardins... Un nombre inimaginable de types de vents qui sont là sans y être et qu'on peut localiser, ici dans le frémissement des feuilles d'un arbre, dans un tourbillon de poussière, dans le claquement d'une porte, dans la course folle des détritus dans la rue... On peut entendre le vent murmurer, gémir, pleurer, siffler, hurler, rugir, puis se taire ou se muer en brise légère... Dire, le voilà, il est là, c'est le vent, c'est impossible. Il est là sans y être, réel mais inaccessible, présent mais insaisissable. Il ne reste rien de lui, sinon l'attente de sa venue, la crainte de son arrivée, le souvenir de son passage.
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10/02/2011
La vieille dame
Ils sont ivres. Ils restent là un moment, l'air égaré, les yeux fixés sur la rue. Et puis, l'un d'eux désigne une direction au hasard. Ils prennent le départ, cramponnés l'un à l'autre, en titubant et en trébuchant à chaque pas.
La rue est plutôt déserte, mais un peu plus haut, une vielle dame sort la tête d'une fenêtre entrebaillée. Elle observe d'un air peu rassuré les hommes qui approchent. Son regard n'est guère engageant, mais ils n'ont pas le choix. Elle est la seule personne à qui ils peuvent s'adresser.
La vieille dame ne bronche pas. Elle les regarde avec la même expression de dégoût que si elle venait d'apercevoir un tas d'immondices sur le trottoir. Ensuite, elle secoue la tête sans prononcer un mot et ferme la fenêtre à toute vitesse, comme si elle craignait de se faire agresser.
Sans doute, est-elle restée derrière le rideau blanc, à guetter, l'oreille tendue, le départ de ces hommes.
Peut-être, a-t-elle dit "Cochons d'ivrognes !" avec dans ses yeux grands ouvert comme une lueur de démence.
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05/02/2011
Ligne de mire
Rue du Musée. Rue de l'Académie. Rue d'Aubagne. Rue de la Palud. Rue Moustier. Rue d'Aubagne. Place Paul Cézanne. Notre Dame du Mont...
Je marche dans les rues, observant le mouvement fluide du monde autour de moi. Je marche tout simplement au hasard. Les trottoirs sont bondés. Le bruit des voitures emplit mes oreilles. Quelqu'un klaxonne longuement. J'entends des sirènes au loin. Les lumières forment des points brillants qui éclaboussent les vitres des voitures.
Devant un café, sur la terrasse, un chien lève la patte et pisse sur le pied d'une table, tout près de celui d'un homme en train de boire son pastis. C'est un homme mince, d'une soixantaine d'années, avec des cheveux gris et abondants, soigneusement peignés. Ses yeux froids, légèrement voilés, sont plats et sans relief au milieu de son visage.
Il avale une longue gorgée et finit son pastis. Il jette un coup d'oeil à sa montre, se lève et quitte la terrasse du café.
Dans la rue, il resserre le col de sa veste et se met à marcher. Il ne regarde pas les gens qu'il croise. De temps à autre, il s'arrête à une devanture et examine son reflet dans la vitrine. Il reste longtemps en contemplation, puis sa bouche s'ouvre et il en sort une toux sèche, étranglée. On dirait la toux d'un homme enseveli qui a la gorge pleine de terre.
Une odeur de tarte aux pommes tiède s'échappe d'une cuisine. Soudain, j'éprouve une brusque sensation de vide au creux de l'estomac. Je traverse la rue. La soirée est fraîche et sans nuages. Dans la cour d'une maison, un petit garçon empile des cartons sur le seuil éclairé de ce qui semble être un abri de jardin.
Je poursuis mon chemin. Personne dans la rue, malgré la lointaine rumeur de la circulation.
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31/01/2011
Chaussettes sales
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29/01/2011
La mer dans les poches
Le ciel est bleu. parfois du blanc. Les fumées viennent d'ailleurs. Elles sont basses. accrochées à la ville. On sent la proximité de la mer. Les voitures roulent. les camions. les autobus et les scooters. Rencontres et réseaux. Présence des marchandises et des corps.
Tout à l'heure, le soleil. Le ciel dégagé bleu. Un ensemble d'immeubles en verre transparent. Les plis de l'ombre. La joie de marcher. de connaître le sol et l'air en même temps. Activité de la tête aussi. Temps présent et large. pantalons. Le ciel partout. une force. Au bout, c'est la mer. la mer et ses vagues. Les bateaux qui avancent sous le ciel.
Ici, pas de fleurs. pas de jets d'eau. Ici, on s'enfonce dans le bleu. On peut s'enfoncer dans le bleu. On peut se perdre aussi. avaler le soleil. On est dedans et on est dehors. La ville encore plus ville. Seule et grande. détachée. traces. morceaux de choses fabriquées. sentimental des choses. lignes multiples. Tout bouge. la ville inhumaine et accueillante. existence commune.
Dans le ciel clair, on voit déjà la lune. rumeurs. klaxons. agitations. Une voiture de pompiers passe à toute allure. Résolution poétique.
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27/01/2011
La fille black
Les mains dans son parka, on dirait qu'elle veut manger la nuit, qu'elle aspire le noir par la bouche et le recrache par tous les pores de sa peau. Tel un projectile dont rien ne freine la course, elle flotte au-dessus du sol, sur un coussin d'air, poussée par une force qui la dépasse. Si on lui demande "à quoi tu penses ?" elle répond "à rien !" Et c'est vrai. Elle ne pense à rien. Rien que des fragments, des éclats, des visions fugitives, la sensation de coups donnés, de coups reçus, une course interminable. Elle sait qu'elle s'est battue. Elle sait qu'elle n'était pas seule, mais qui était à ses côtés ? Elle ne s'en souvient plus. Une fumée grise les cernait, mêlée à d'autres fumées qui les faisaient pleurer. Elle ne voyait pas les visages, juste une bataille de bras, de jambes, de coudes, de poings, dans un fracas d'armures.
La tête vide, elle tourne ici, coupe là. Les rues défilent. Elle a peur à s'en mouiller la culotte. Elle court sans se retourner. Elle court de plus en plus vite, et à mesure que sa vitesse augmente, elle s'engage dans une rue étroite.
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26/01/2011
Rouge réveil
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16/01/2011
Miroir sans tain
C'est à la sortie de la ville, là où la route file le long du port autonome, que la fille monte. Le bus est bondé, mais elle le traverse de bout en bout, écrasant ses fesses contre tous les sièges et tous les passagers. Son téléphone mobile sonne. Elle se met à parler. Elle parle. Elle regarde celui qui est assis en face, à qui elle ne parle pas. Elle parle à quelqu'un qu'elle ne voit pas. Elle est comme un poisson dans l'eau qui mettrait fin à des milliers d'années de promiscuité.
Le bus continue à filer. Des carcasses de béton sans ventre baillent devant la mer. Une grosse femme mâche des fruits secs en claquant bizarrement la langue. Elle vit à l'ombre de ses cheveux qui la rendent invisible de profil.
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10/01/2011
Loppsi 2
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15/12/2010
Toboggans
Une voiture file sur le pavé mouillé de la voie rapide. Son lourd roulement expire presque aussitôt, comme le bruit d'un avion qui traverse rapidement un épais nuage. J'entends un couinement. Un petit caniche avec un collier à carreaux mordille les chevilles de sa maîtresse. Elle me lance un regard par-dessus l'épaule et poursuit sa route. Deux mecs passent à côté de moi. Ils se marrent.
Je marche vers l'arrêt de bus. Des voix se font entendre. Les rires complices d'un homme et d'une femme qui savourent ensemble quelque plaisanterie.
A la station-service d'en face, deux nanas s'interpellent avec bonne humeur. Deux autres rigolent. Une femme sort des toilettes. Elle s'en va d'un pas brusque rendre la clef au pompiste. La voiture de la femme est ouverte. Un homme l'y attend assis. Il y a des livres de poche et des magazines de mode sur la banquette arrière.
Au-dessus de moi, les gabians tournent et virent, et paraissent planer, soutenus par des fils invisibles.
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10/12/2010
Khewzy rue Vian
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23/11/2010
La pluie légère
Elle va dans sa chambre, enfile un survêtement et une vieille paire d'adidas. Puis, elle roule un joint et le glisse dans la poche de son sweat-shirt. Un chien aboie quand elle descend le couloir. Il aboie chaque fois qu'elle passe devant la porte. Il la prend toujours par surprise.
C'est un grand chien de berger dont les maîtres ne sont jamais là pendant la journée. Elle entend ses griffes rayer le plancher. "Du calme, du calme" dit-elle. Mais, il continue à s'exciter contre elle. Elle entend ses aboiements tout au long du couloir, jusqu'à ce qu'elle atteigne la porte d'entrée. Elle sort.
Comme toujours le dimanche, la rue est déserte et silencieuse. Elle fait quelques flexions des genoux et se dirige vers le parc. Le ciel est gris. Il est humide et pesant, suspendu trop bas. Les nuages sont couleur de cendre.
Elle passe devant une bande de gosses assis sur le capot d'une voiture, une boîte de bière à la main. La portière de la voiture est ouverte. Elle doit faire un écart pour l'éviter. Une pluie légère commence à tomber.
Lorsqu'elle rentre dans le parc, des odeurs douceâtres s'élèvent de la terre. Le vent secoue les arbres. Il fait crépiter les gouttes de pluie sur les feuilles. Des gouttes de pluie coulent de ses cheveux sur ses épaules. Elles ruissellent devant son visage.
Pendant quelques instants, elle contemple les nuages. La pluie coule le long de ses joues et de sa nuque. Elle ferme ensuite les yeux et se passe le bout de la langue autour des lèvres. Un cerf-volant cassé claque dans un arbre. Elle palpe le joint dans sa poche, mais l'y laisse. Puis, elle baisse la tête et se met à courir. Autour d'elle, les arbres n'en finissent pas de défiler.
C'est ainsi qu'elle parcourt un ou deux kilomètres, en faisant comme si elle n'allait pas faire demi-tour, comme si elle était capable de s'en aller comme ça.
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19/11/2010
Mito
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17/11/2010
Bleu étoilé visible
Deux ambulances et une voiture de police sortent du parking sur les chapeaux de roues, dans un grand nuage de poussière. Elles font toutes marcher leurs sirènes en même temps.
Près d'une porte, il regarde le coucher de soleil d'un air triste. Son visage n'est pas déplaisant, juste inexpressif et hystériquement objectif. En revanche, jamais je ne pourrais décrire ce qui est arrivé à ses fringues. Peut-être qu'il a dormi dans son costume noir. Plusieurs fois. En tout cas, il a dîné avec -ou dessus. Il a une tache de sauce tomate ornée d'un minuscule champignon séché qui lui sert de fleur à la boutonnière. Son étroite cravate noire, dont le noeud ressemble à un petit pois, lui a servi de bavoir.
Une fois de plus, il se met à boire et à fumer en regardant le plafond. Quand le cendrier est plein, il va le vider dans la salle de bain, et par habitude, il le lave. C'est une masse de terre cuite émaillée, aussi informe qu'une pierre, avec une petite dépression au centre. Quand on gratte les croûtes de cendres, un profil de femme apparaît. Un visage moulé dans la glaise, de longs cheveux emmêlés, coulant le long du visage, comme si la femme se tenait au milieu d'une tempête.
Lorsqu'il retourne dans le séjour aux murs recouverts de papier jaune à lignes, des gens se plaignent faiblement du vent, comme des gosses qu'on appelle pour rentrer se coucher. Toujours trop tôt.
Lui, il ne désire qu'une chose : s'en aller. Chaque automne, il songe à partir dans le Sud de l'Espagne. Mais, il ne le fait jamais. Peut-être cette année.
Le dernier quartier de lune achève de disparaître, il marche le long des rues. Ses chaussettes sont raides, pourries, elles puent. Une voiture s'arrête à sa hauteur. Il continue à marcher en faisant semblant de ne rien voir. La voiture se met à rouler lentement à côté de lui. "Hé, tu cherches du boulot? Allez viens, monte !" La porte est ouverte. Il s'installe sur le siège. "Si tu me suces, je te file cinquante euros !" lui dit le type. Alors, il lui balance son poing dans les tripes et quelque part entre l'oreille et le cou. Il descend. Il recommence à marcher le long des rues. Cinq minutes plus tard, la voiture est à sa hauteur. "Y'a quelque chose qui te choque dans le fait d'être homo ? T'as une gueule de vrai mec, mais regarde un peu tes mains. T'as des mains de gonzesse !"
"Vous inquiétez pas pour mes mains !" dit-il, en montant les escaliers quatre à quatre.
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15/11/2010
Projet Zoo
Quand ils arrivent aux singes, ils s'arrêtent net et se mettent à lancer des cacahuètes aux singes. Dans une cage, un petit personnage poilu tape sur le crâne de sa copine et veut la faire grimper à un arbre pour quelque raison connu de lui. Hommes ou singes, ils ressemblent aux deux.
Devant la grille, les spectateurs qui regardent le jeu des deux singes, sont de plus en plus nombreux. Puis brusquement, ça ne leur paraît plus drôle et ils tournent le dos aux singes.
Plus bas, dans la cage aux serpents, le serpent se tord en huit. Le lion qui a le mal du pays se met à rugir. Les grands loups gris des steppes glacées attendent décembre, couchés sur le flanc. La gazelle fait des pointes exécutant un ballet dont elle est l'étoile. Et le gros ours se roule les quatre pattes en l'air, tandis que sa marmaille trottine et se chamaille autour de lui.
Vers le milieu de l'après-midi, la pluie se met à tomber, faisant scintiller les allées et les cages. Ils se précipitent à la cafétéria et achètent des sandwichs. Une vieille femme s'avance vers eux, un journal mouillé à la main. "Il est mouillé. Si vous voulez, je vous le laisse". Elle leur tend le journal. Pendant qu'ils mangent leurs sandwichs, le soleil fait une trouée à travers la pluie qui tombe toujours.
Ils sortent de la cafétéria et passent à nouveau devant les grands loups gris des steppes qui ont maintenant leur fourrure trempée par la pluie. Un petit train arrive. Ils sautent dedans.
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13/11/2010
Je cours derrière rien
Bleue la fumée. Bleue la pénombre de la chambre. Bleue la note bleue qui s'étire jusqu'aux limites de l'apnée. Bleu le murmure de la vie intèrieure. Bleue cette veine gonflée à la tempe. Bleues les façades qui défilent. les choses vues. les choses entrevues. les choses qu'on ne veut pas vraiment voir. Bleu le ramassage des sans-abris. Bleus les flics en bleus de travail qui les poussent à coups de matraques dans les fourgons grillagés. rafles furtives. cheveux graisseux de crasse. vieux manteaux. escarpins usés. détresse muette de ceux qui sont tombés. ceux que l'on croise en pressant le pas, avec l'impression de figurer aussi sur une liste, et qu'on sera le suivant. Bleus les amoncellements de déchets. cartons et papiers gras. bouteilles et sacs en plastique. canettes. rats morts rongés par les vers. restes de bouffes. immondices modernes. société en décomposition qui sent le moisi. le croupi. le pourrissant.
Au détour d'une rue, bleus, ces instants de joie volés à la dureté des temps. Ces instants où la vie se joue au ralenti. où le temps semble en suspens. bref éblouissement. Rien.
"Nous en reparlerons demain, veux-tu ? Ne brusquons pas les choses".
Vivre, provisoire.
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12/11/2010
Khwezy
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08/11/2010
Le regard déambulatoire
J'aime marcher dans la ville. Les arrêts de bus. Les coins de rue. Les magasins. Les murs. Je peux regarder. Regarder les gens. Leurs corps. Leurs visages. Leurs vêtements. Regarder la façon dont ils marchent, se tiennent debout, ou ce qu'ils font.
Ils font partie du paysage comme les graffiti, les tags, comme les panneaux de signalisation, les trottoirs, les poubelles, les sirènes, les voitures, la mer, les bateaux, la lune...
Autour de moi, sur les murs, les signes se multiplient. Ils me font signe de façon fugitive ou durable. Ils finissent par s'imposer comme symboles et signes d'une époque. Le désordre visuel de la contagion persiste. C'est le regard qui prime et qui garde le dessus. Le regard, c'est l'oeil avant tout, dans sa dimension fonctionnelle et organique. C'est sa faculté de viser. Mais ici, ni proie, ni victime, car ce qui est en jeu, c'est le processus et la justesse de la précision : la justesse de l'acte.
Lorsque je marche, je me situe du côté de l'éphémère, des indices, de l'incertain, de la fragilité. Je me concentre sur la trace et sa matérialité. Je suis comme un appareil de photographie. Et mon corps, tantôt se faisant lui-même inscription dans l'espace public, tantôt jouant de cette distance, ne cesse de construire une poétique urbaine qui est le fruit d'une visée esthétique. La manière dont je regarde le temps présent dans sa réalité immédiate, trace la réalisation d'un parcours qui s'inscrit dans l'enchevêtrement des territoires urbains.
Les images que je photographie en appellent d'autres, et cette répétition hasardeuse caractérise mon existence, inscrite dans la morphologie urbaine comme la mise en devenir d'un destin.
Tous les mardis de 13 à 14 heures 88.4
18:36 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de graffiti, photo de marseille, photo de mur, photograffeuse, cours julien, écrire la ville, écriture contemporaine, regard déambulatoire, bleu, poétique urbaine, poétique du graffiti
01/11/2010
Le chant de l'exil
Un jour, un mot de travers, une ride de plus, j'ai perdu ma langue. Mais où l'ai-je perdue ? A qui l'ai-je donnée ? Peut-être à un muet pour qu'il en conserve à jamais le silence ? Depuis, je me retrouve comme frappé. Quelque chose me manque. Quelque chose comme un mur. Dès qu'on me regarde, je suis foutu, pris de panique. Mon corps m'empêche de sortir. J'approche des régions, des gouffres, des grottes, où le langage est mité, bouffé, rongé par les rats de la mort. J'aime la rue. C'est une manière d'être parmi les hommes, de les entendre, de les voir, sans risquer d'être pris pour autre chose qu'un étranger.
N'arrêtez pas : N'arrêtez pas l'étranger ! Vous étrangers, il vit sa mort ! Vous mourrez votre vie ! Laissez-le passer, étrangers ! N'arrêtez pas ! N'arrêtez pas l'étranger !
Les hommes se demandent toujours qui je peux bien être. Ils ne me reconnaissent pas du tout. En tout cas, pas encore. Alors que je sais les reconnaître dès que je vois leurs visages. Il m'arrive de leur dire, Non je ne peux pas vous expliquer ! En fait, tout leur dire m'est impossible parce que les souvenirs viennent de là-bas. Quand quelque chose me rappelle, d'autres choses me viennent alors à l'esprit. Mon drame c'est l'impuissance. L'impuissance jusqu'à en mourir. Vivre et mourir à égalité.
Regarde ! Si je tombe, je me fais mal ! Regarde ! Du haut de ma tempe gauche, cette balafre qui descend en ligne brisée jusqu'à la pommette. Cette balafre de mon visage, elle part -blanche et mince- comme un petit bout de ficelle. Là, tu vois ? Elle s'élargit. Elle saute vers l'arrière, vers le bas pour disparaître au-dessus de mon oreille. Je ne peux pas te raconter comment elle m'est venue, mais tous ceux que ça intéresse peuvent voir qu'elle résulte d'un accident, peut-être d'un coup de couteau. Ce jour-là, j'ai voulu ouvrir les yeux, mais je n'ai pas réussi. J'ai voulu crier, en vain. L'idée que ma fin était venue a traversé mon esprit. Je me suis tordu dans tous les sens en essayant de rejeter ce qui m'était tombé dessus. Je n'avais qu'une seule pensée : respirer ! Rien d'autre ! Depuis, c'est une sensation extraordinaire cet air frais sur mon visage. Cet air qui me soulage, qui me ramène à la vie, j'avais oublié sa clarté.
Tu vois ! tout ce que je possède, se trouve dans ce sac que je porte. A l'intérieur, il y a deux tenues de rechange, une lampe de poche, des lunettes de soleil, un couteau, c'est tout. Il y a tout ce que je possède et je ne possède rien que je ne puisse laisser sous la pluie. Peut-être, me faudrait-il une arme ? un petit révolver ?
Qui suis-je ? ça m'est égal, ça m'est égal à présent, parce que à présent tout a changé.
J'ai disons à peu près dix-neuf ans peut-être vingt, mais pas plus. J'ai à peu près vingt ans. Je porte une casquette. J'ai les cheveux assez courts. Et le visage, et le dos des mains très bronzés. Je ressemble à un ouvrier du bâtiment, sauf que j'ai une balafre. Et quand on ressemble à un ouvrier du bâtiment et qu'on a une balafre sur la figure, que disent les gens ? Ils disent qu'ils ont devant eux, un voyou, ou un voleur de sac à mains, ou un ancien dealer, ou un gosse abandonné. Un gosse qui n'arrivera jamais à rien.
Tu vois ! Je veux écrire un livre, un livre à ma façon. Je suis debout au milieu des pigeons. Une fille passe près de moi. Les pigeons sont très beaux. Certains ont des reflets verts sur la gorge. D'autres sont blancs avec des reflets roux vifs. C'est un bon début pour un livre. Tu ne trouves pas ?
N'arrêtez pas ! N'arrêtez pas l'étranger ! Vous étrangers, il vit sa mort ! Vous mourrez votre vie ! Laissez-le passer, étrangers ! N'arrêtez pas l'étranger ! Vous étrangers !
Tous les mardis de 13 à 14 heures
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16/10/2010
Demain je pars
Le corps. ses froissements. sa chair de poule. comme sur la mer. en toute délicatesse. la tête. le sexe. dans l'évidence qui se joue. au clair-obscur du fait brut d'exister. on respire en mesure. dans une espèce d'aire qui donne aux gestes. aux paroles. cette courbe de provocation jusqu'à la gueule de bois. Qui ? Quoi ? Tu ? Toi ? Moi ? un point d'interrogation cherche sa place sous le déluge de pluie. Il y a du vent. Dans la rue, devant le snack, les voitures passent en flux continu. Il pleut, bien entendu. A l'arrêt de bus. manteau rouge. bottes noires à talons. une femme vient de perdre son sac. plus d'argent. même plus de quoi téléphoner. Elle dit qu'on dirait que le bus ne passera jamais. qu'il aurait dû passer il y a dix minutes. et le bus n'a pas l'air d'arriver. C'est une véritable folie que de vouloir sortir dans les rues. Des montagnes russes de poubelles jonchent les trottoirs. elles explosent en décomposition de taches grises et brunes. La nuit, une horde de rats se gave de cette poisse famélique jusqu'à ce que mort s'ensuive. Au loin, sur la mer, les bateaux sont rassemblés comme des papillons qui butinent. trente. quarante bateaux. presque les uns contre les autres. ouverts à tous les vents. dans le chaos et la multiplicité des choses.
Tous les mardis de 13 à 14 heures 88.4 Radiodiction
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05/10/2010
Libre service
Je lance mon sac sur le sol et je descends doucement les marches jusqu'à l'endroit où mon sac a atterri. Même si je sens la chaleur du soleil sur ma peau, la fraîcheur de l'air me rappelle que l'automne vient juste de commencer. Dans la rue, qui ressemble à une scène de théâtre, quelques flâneurs se déplacent avec un rythme de tortues. D'autres, les manches retroussées jusqu'aux épaules, prennent position sous les porches. Dans un des magasins, où je me rends pour acheter du café, le comptoir de caisse, ressemble à une table de cuisine. Derrière, il y a trois ou quatre étagères de boîtes de conserves, des grandes armoires réfrigérées qui contiennent des produits laitiers, des aliments surgelés, de la bière, du coca, des trucs de première nécessité. Les oeufs sont rangés dans des boîtes à oeufs, empilées sur le comptoir. Le patron est avec deux femmes qui paraissent plus âgées que lui, et avec deux hommes également plus âgés. Ils boivent de la bière et mangent des pizzas. Au moment où ils parlent, leurs bras semblent aussi légers que de la plume, et pleins de lumière dans l'air, comme s'ils pouvaient s'envoler avec grâce. Je leur fais un grand sourire, et dans une fraction de seconde, je traverse le parking d'un pas allègre. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des rues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. Plus bas, sur le quai de la station de métro, une voix électrique sort du haut-parleur au-dessus de moi. Un homme se cache derrière un journal. Pas grand chose d'autre. C'est tout ce qu'il y a.
http://www.radiodiction.org/
Tous les mardis de 13 à 14 heures
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29/08/2010
Aykü Cours Julien
Rue Bussy l'Indien
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30/06/2010
Princesse
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27/06/2010
Radio diction
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25/06/2010
Un rêve
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03/05/2010
Rue Chateau Payan
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23/04/2010
Rue Vian
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24/02/2010
Rue des Trois Rois
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