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photo de marseille

  • Dimanche d'automne

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    Dans sa voiture, Andy Warhol remonte la rue battue par le vent. Le monde semble avoir perdu ses couleurs : le ciel gris terne, la lumière grise, les nuages sombres à l'horizon, la surface noire de la rue. Il s'arrête, coupe le moteur et aspire une grande bouffée d'air, puis il descend. L'air lui pique le visage. Il essaie de se protéger du vent en relevant le col de sa veste. Il a plu presque toute la nuit. Lui qui depuis des années lutte contre l'insomnie et se lève plusieurs fois par nuit, pour ne s'endormir qu'aux petites heures du matin, il est généralement levé avec le jour.
    à la station-service d'en face, une femme sort des toilettes et s'en va d'un pas brusque rendre la clef au pompiste. Le vent s'engouffre dans son chemisier et le fait flotter comme un drapeau autour de sa taille. La voiture de la femme est ouverte et un homme l'y attend assis.
    Il y a du tonnerre. Le son paraît se déplacer à travers le ciel, comme un gros ballon qui roule sur une table, et puis tout redevient silencieux. La pluie tombe.

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    mes microfictions à lire dans la revue l'Ampoule

     

  • La canne à pêche

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    Les vagues martèlent sans relâche les gros rochers lisses qui gisent, comme tombés de la main d'un géant étourdi, au pied des falaises éternellement résistantes. On a peine à concevoir que c'est la même mer qui prend le bleu cristallin de l'été et déploie une uniformité azurée que seules troublent les minces nappes d'huile laissées par les bateaux de pêche ou le blanc éclatant des mouettes qui planent. Pour l'heure, la mer est agitée. Elle vomit des boules d'écume qui filent à sa surface et d'inévitables bouteilles qui ne contiennent aucun message.
    Tandis que j'approche du bord de l'eau, la canne d'un pêcheur est presque verticale. Son extrémité vibre très haut au-dessus de sa tête tandis qu'à ses pieds le poisson tourbillonne et se courbe. Des deux mains, il serre si fort sa canne que ses articulations blanchissent. Lorsqu'il lève sa canne, ses pieds nus glissent sur le rocher lisse et mouillé, et il tombe dans l'eau. "Putain !" s'exclame le pêcheur en se remettant péniblement debout sur le rocher. Il est trempé jusqu'aux genoux. Je me penche pour récupérer sa canne et le lui rend.

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    p.76 vous pourrez lire ma microfiction
    Notre Dame des morts violentes

  • Musique de chantier

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    Marseille est une musique de chantiers, avec ses couches sonores, ses strates, leurs creusements, leurs forages et leurs grues haut levées. Des communautés de décibels s'y combattent et y font alliance. Marseille est discordante, comme un orchestre symphonique avant le concert, lorsque chaque musicien accorde son instrument pour lui seul. Les grues qui tournent dans le ciel avec leurs paquets de moellons et leurs poutrelles font des gestes lents de girouettes ou de boussoles. Au large, la mer est ronde et bleue, traversée de risées blanches qui s'en vont au loin.

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  • Un jus de ciel bleu

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    Ciel bleu sur les banlieues, les blocs de gris et les bétons, les ballasts, les tags et les buissons des petits jardins. Ciel bleu dans la mer et sur les autobus climatisés. Ciel bleu sur la place des capucins et sa rue longue où brillent les tranches de pastèques, les fruits sur les étalages, les boîtes de thé et le tabac à chiquer.
    Ciel bleu, klaxons, balayettes et sacs en plastique, odeur de goudron, on se racle la gorge, on crache, "cigarettes, légendes, marlboro", des pas, des voix, des cris, des marteaux, des machines, voix et musique partout, la ville est un chantier et le monde me saute aux yeux, comme les mots venus sur le papier, avec des gestes et des voix me sautent aux yeux.
    Et je suis ce rien, doué de phrases, qui retraduit en évidence son ignorance : écrire vient dire son mot.

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    Notre Dame des morts violentes

  • Dernier match de la saison

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    La lumière très vive écrase et tache la ville en noir et blanc. masses de béton et fenêtres vides. pas de couleurs aujourd'hui. Je marche dans les rues jusqu'à la gare. Autour de moi, beaucoup de chantiers. des immeubles réparés ou démolis. de nouveaux construits à la place.
    Tout au long du trajet, les rues empestent la pisse et la merde. Cours Garibaldi, un bazar asiatique vient d'ouvrir ses portes. Parmi les bouilloires et les casseroles, les pots et les ustensiles, parmi les vêtements et les chaussures, l'huile de sésame et la sauce de soja, parmi les fruits et les légumes, il y a du café et de la soie.
    Dans la gare, des centaines de personnes attendent des trains. Il y a des gens. des gens qui marchent vite. des gens qui sortent de la bouche du métro. Il y a des bagages partout. une masse dense ondule sur les quais. Je vois une femme qui porte des bas noirs. Elle s'explique avec un distributeur automatique de billets de banque. Plus loin, un enfant cherche des trésors dans les poubelles. Un jeune garçon, tout en cuir, avec un crucifix tatoué sur le nombril, l'accompagne.
    Même si je sens la chaleur du soleil sur ma peau, la fraîcheur de l'air me rappelle que l'hiver vient juste de finir. pas d'arc-en-ciel aujourd'hui. Les nuages vont vite. Je tourne la tête. Sur le parking, un jeune garçon avec un ballon. un jeune garçon avec un rêve. un ballon sur son pied. sur son genou. sur sa tête. Un jeune garçon avec un ballon, sous le soleil et sous le pluie.

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    Revue Squeeze N°4
    "Nietzsche dans le souterrain"