Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

pemtagon

  • Souriez vous êtes filmés

    été2013 005.JPG

    à moitié assis, le dos appuyé contre le mur, il dort sous les graffs, à l'angle d'une rue. Sa mâchoire détendue tire mollement vers le bas, laissant passer un filet de bave. Ni le bruit des voitures, ni la chaleur étouffante, ni les mouches perdues dans les broussailles de ses cheveux sales, n'altèrent sa somnolence. Il ronfle et se retourne. Sa chemise trempée de sueur plisse dans le dos. Au loin, les gyrophares des bagnoles de flics s'enfoncent dans les rues bordées d'immeubles décrêpis.

  • Place de la Joliette

    MP13 021.JPG

    Sous l'effet du mistral, les jupes s'ébouriffent, les mains plaquent. La détermination s'installe. Ce vent est capable de vous dépouiller, de vous rendre ridicule, alors même que vous tentez de vous maintenir, et que vous vous tapez les doigts contre les cuisses pour les réchauffer. Il trouve facilement accès à votre cou. Il trouve avidement le chemin de votre dos. Quelques pas suffisent pour vous rappeler combien ce vent est froid. Au carrefour, c'est encore pire. Le vent vous agite comme un fouet. Il s'insinue par les interstices. Chacun a sa stratégie, sa posture idéale pour affronter cet élément. Certains renoncent à se voûter. Ils se redressent et endurent sans sourciller : à quoi bon lutter ?

    http://www.cohues.fr/
    page 20 "Lettres à Samuel Beck"

  • Les yeux fermés

    Ayku 023.JPG

    La brume thermique, tiède et fétide comme une haleine, s'insinue dans la ville. Des nuages qui évoquent l'ouate sale apparaissent parfois, changeant de couleur sous nos yeux. La visibilité est mauvaise à cause de la poussière qui stagne parce qu'il n'y a pas de vent.
    Terrasse de café. Des rochers devant moi, des bassins dont l'eau brunâtre est recouverte d'une couche d'écume. Un préservatif flotte à la surface. Des sacs en plastique traînent de toutes parts, aux pieds des arbres, ou empêtrés dans leurs branches. Plus loin, des boîtes de bières et des bouteilles brisées miroitent dans l'herbe.
    Une femme blonde arrive, suivie par une petite femme frisée qui montre ses dents en riant.
    Au coin de la rue, on voit encore la moitié branlante d'un apparteement tapissé de papier à grosses fleurs bleues, tout mangé de taches brunes avec un placard démoli et la carcasse d'un lit tordue.
    Au-dessus, trois mouettes tournent en gémissant. Leurs ailes blanches saisissent le soleil.
    Des lambeaux de conversation me parviennent de tous les coins de la terrasse. Une voiture klaxonne tout près. Le trafic. L'odeur des gaz d'échappement. Le bruit qui sonne comme de la musique aux oreilles.
    Je bois mon café sans parler, tellement accoutumée au ronronnement des moteurs, qu'ils se confondent avec ma pensée.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

    http://www.radiodiction.org

    09 72 15 48 40
    Appeler pour dire un texte
    24h/24 appel non-surtaxé

  • La mer dans les poches

    Raym+pemt+rue 020.JPG

    Le ciel est bleu. parfois du blanc. Les fumées viennent d'ailleurs. Elles sont basses. accrochées à la ville. On sent la proximité de la mer. Les voitures roulent. les camions. les autobus et les scooters. Rencontres et réseaux. Présence des marchandises et des corps.
    Tout à l'heure, le soleil. Le ciel dégagé bleu. Un ensemble d'immeubles en verre transparent. Les plis de l'ombre. La joie de marcher. de connaître le sol et l'air en même temps. Activité de la tête aussi. Temps présent et large. pantalons. Le ciel partout. une force. Au bout, c'est la mer. la mer et ses vagues. Les bateaux qui avancent sous le ciel.
    Ici, pas de fleurs. pas de jets d'eau. Ici, on s'enfonce dans le bleu. On peut s'enfoncer dans le bleu. On peut se perdre aussi. avaler le soleil. On est dedans et on est dehors. La ville encore plus ville. Seule et grande. détachée. traces. morceaux de choses fabriquées. sentimental des choses. lignes multiples. Tout bouge. la ville inhumaine et accueillante. existence commune.
    Dans le ciel clair, on voit déjà la lune. rumeurs. klaxons. agitations. Une voiture de pompiers passe à toute allure. Résolution poétique.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

    http://www.radiodiction.org

    09 72 15 48 40
    Appeler pour dire un texte
    24h/24 appel non-surtaxé

     

  • La fille black

    Raym+pemt+rue 022.JPG

    Les mains dans son parka, on dirait qu'elle veut manger la nuit, qu'elle aspire le noir par la bouche et le recrache par tous les pores de sa peau. Tel un projectile dont rien ne freine la course, elle flotte au-dessus du sol, sur un coussin d'air, poussée par une force qui la dépasse. Si on lui demande "à quoi tu penses ?" elle répond "à rien !" Et c'est vrai. Elle ne pense à rien. Rien que des fragments, des éclats, des visions fugitives, la sensation de coups donnés, de coups reçus, une course interminable. Elle sait qu'elle s'est battue. Elle sait qu'elle n'était pas seule, mais qui était à ses côtés ? Elle ne s'en souvient plus. Une fumée grise les cernait, mêlée à d'autres fumées qui les faisaient pleurer. Elle ne voyait pas les visages, juste une bataille de bras, de jambes, de coudes, de poings, dans un fracas d'armures.
    La tête vide, elle tourne ici, coupe là. Les rues défilent. Elle a peur à s'en mouiller la culotte. Elle court sans se retourner. Elle court de plus en plus vite, et à mesure que sa vitesse augmente, elle s'engage dans une rue étroite.

     

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

    http://www.radiodiction.org

    09 72 15 48 40
    Appeler pour dire un texte
    24h/24 appel non-surtaxé