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marseille

  • Couleur chair

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    C'est une petite brune en jeans. Les bottes qui lui montent jusqu'aux genoux ondulent au-dessous d'un blouson en cuir. Elle passe sous des réverbères et le long des vitrines illuminées des magasins fermés. Elle regarde passer un bus et une femme en vélo. Elle s'arrête près d'une bouche d'incendie pour reprendre son souffle. Pourquoi l'esprit peut-il faire ce qu'il veut, pendant que le corps ne suit pas ?
    Un pied après le suivant, ne penser à rien d'autre, un pas à la fois, nouveau trottoir, éviter les grilles au sol, les passants son rares dans la rue, les crottes de chiens se cachent partout sur les trottoirs, on ramasse avec un sachet en plastique et voilà, bonjour poubelle !

  • Les passagers de l'ombre

    Ne vous faites pas de souci, on va voir comment on peut se débrouiller, Et ils cherchent un bout de terrain qui ne sera jamais plat, Et ils y enfoncent des bouts de bois et des cartons pour construire des cabanes dans les broussailles, quelques-uns installent de grandes toiles en plastique qui les protègeront provisoirement de l'hiver, Et de part et d'autre du sentier, des choses émergent en désordre. Le soir, quelques filets de fumée ça et là.
    Ces femmes et ces hommes vont et viennent soigneusement couverts, avec un foulard sur la tête et des vêtements longs, remuant le fouillis des poubelles avec un bâton ou un cintre métallique. Sous le soleil intense de l'été ou sous la pluie, les enfants aussi, quand ils accompagnent les leurs, volettent comme des oiseaux courbés sous le poids des poubelles des autres. La puanteur colle à leur peau comme un vêtement de plus.
    Ce n'est pas qu'ils n'aient pas de famille, ou qu'ils n'aient pas d'autres endroits, c'est que pour eux la côte est rude, celle de la vie.

    Prédateurs - page 103
    http://www.editionsdelabatjour.com/2016/09/l-ampoule-n-21.html

     

     

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  • Place forte

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    La place est toute vide, juste un chien, un chien maigre à poil long qui erre en faisant des allées et venues, et puis, marche vers la plage, et se contente de se promener en soulevant des petits grains de sable, des petits cailloux, une infinité de petits morceaux granuleux, comme un paysage lunaire.
    Pendant que je marche, l'image se déplace. Je vois les pans de mon manteau battre sur les côtés, et en bas au niveau des jambes, les pans s'écartent quand je marche. Je vois un café avec terrasse. Il y a de petites tables rondes. Une ou deux personnes y sont installées, seules.
    Je vais m'assoir. Un serveur arrive aussitôt par une porte qui s'ouvre. Je n'avais pas remarqué cette porte. Elle se confond avec le mur.
    Il me demande si je veux boire quelque chose. Je commande un café. Au loin, prolifèrent de minuscules voiliers, et le ciel se couvre.

    Cohues 15 - novembre 2014
    http://www.cohues.fr/

  • Réverbère

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    La ville pue le moisi et dégage une odeur de vieux cartons empilés. Près de l'eau, deux hommes parlent à côté d'un long bateau amarré au ponton qui se réduit à un radeau composé de fûts de pétrole et de pneus de voitures.
    Accroupie près de l'amarre, une fille fume. Elle fait tomber les cendres de sa cigarette dans une petite boîte métallique. Elle porte un grand chapeau de paille dont elle a rabattu sur les yeux le large bord.
    Des nuages épars s'amassent, masquant parfois le soleil. L'air chaud fait comme une chape qui pèse puissamment sur toute chose.
    Alors que cette fille paraît enfermée dans une joie paisible que rien ne troublerait jamais, elle tourne la tête en souriant et se met à agiter frénétiquement les mains.
    Une camionnette s'arrête. Le conducteur la regarde à travers le pare-brise maculé de chiures de mouches.
    Malgré l'absence de tonnerre, on devine l'imminence d'un orage dans le déséquilibre de l'atmosphère.

    http://www.lecafardheretique.fr/
    Trip acide vient d'être publié dans le n°2

     

  • Dimanche au parc

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    De la verdure. Pelouse interdite. Pendant quelques minutes, c'est comme si on vivait ailleurs. Assis sur un banc, un homme replie son manteau sur ses genoux pour cacher une érection aussi soudaine qu'inexplicable. Des ballons circulent dans l'air. Une petite fille dessine à la craie une marelle. La balançoire couine. Des gens courent, à croire qu'ils sont poursuivis par un monstre qui peu à peu gagne du terrain. Ils halètent. Ils suffoquent. Ils dépassent les marcheurs. Ils courent en encourageant leurs cerfs-volant à tue-tête. C'est à peine s'ils remarquent les nuages avant qu'il se mette à pleuvoir.
    La pluie s'abat en nappes. Tout le monde est trempé d'un coup. Les parapluies s'ouvrent. Leurs pointes argentées fusent et visent les orbites. Au coin de la rue, c'est la rafale du vent qui les emporte. Les parapluies se retournent et se déchirent. Ils finissent à la poubelle. Tout ce fric dépensé chez le coiffeur et voilà le résultat ! On reçoit la pluie en pleine figure comme des aiguilles. Des sacs en plastique vides s'accumulent en montagnes blanches et molles. Des mouettes patrouillent le secteur. ça monte. ça descend. ça tourne par ci et ça s'abat par là, comme une vague qui annonce le vertige et s'envole sans s'en rendre compte. Les mouettes font ce qu'elles veulent, elles qui ont des ailes. La nuit, il leur faut des lunettes noires.

    http://www.editionsdelabatjour.com/article-l-ampoule-numero-7-116196406.html

    La revue l'Ampoule n°7 vient de sortir