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marché des capucins

  • Changement d'heure

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    Le vieil homme sur le trottoir. voix aiguë. nasillarde. discours qui ne veut rien dire. Il est tapi entre deux automobiles en stationnement. Voiture de police qui tourne au coin de la rue. Gaz d'échappement. Une fille en pantalon rose. chaussures à talons exagérés. chevelure en désordre. Les hommes la dévisagent. Au marché des Capucins les mouches bourdonnent. Le sol est puant. Les gens passent. Les gens hâtent le pas. Les gens détournent les yeux. Ils regardent parfois avec curiosité. Il fait froid en ce moment. Il fait très froid. Il y a du vent. un vent fort qui souffle. On le sent dans les os. On s'en remplit les poumons. On respire des odeurs abrasives. L'air a mauvais goût. L'air empeste. Une température assez fraîche pour purifier les poumons, et cependant l'air empeste. Le ciel tourbillonne avec le vent. On sent l'air froid s'insinuer autour du châssis de la fenêtre. Il va falloir calfeutrer. Un clochard étalé sur le seuil d'un immeuble. Il mourra peut-être de froid. Bientôt le solstice d'hiver.

     http://www.editionsdelabatjour.com/
    mes microfictions à lire dans la revue l'Ampoule

  • Un jus de ciel bleu

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    Ciel bleu sur les banlieues, les blocs de gris et les bétons, les ballasts, les tags et les buissons des petits jardins. Ciel bleu dans la mer et sur les autobus climatisés. Ciel bleu sur la place des capucins et sa rue longue où brillent les tranches de pastèques, les fruits sur les étalages, les boîtes de thé et le tabac à chiquer.
    Ciel bleu, klaxons, balayettes et sacs en plastique, odeur de goudron, on se racle la gorge, on crache, "cigarettes, légendes, marlboro", des pas, des voix, des cris, des marteaux, des machines, voix et musique partout, la ville est un chantier et le monde me saute aux yeux, comme les mots venus sur le papier, avec des gestes et des voix me sautent aux yeux.
    Et je suis ce rien, doué de phrases, qui retraduit en évidence son ignorance : écrire vient dire son mot.

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    p.76 vous pourrez lire ma microfiction
    Notre Dame des morts violentes

  • Rue Longue

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    En haut, la canalisation du ciel, puis les façades très écaillées, friables, lézardées ; les étalages de poissons, les fruits de mer, les légumes, les viandes, les épices, les bouquets de persil, la menthe fraîche, la coriandre qui débordent sur la rue ; et puis, le bitume, lui qui semble tout contenir et qui garde l'empreinte de milliards de pas ; lui qui se couche sous les pieds des passants et les intègre dans le cours de l'histoire humaine, comme il intègre les hommes qui pissent sur lui en se cachant à peine et qui confient leur pisse au caniveau, lui-même tout gargouillant de rinçures.
    Ici, les trottoirs sont pleins d'histoires, pleins de sexe, pleins de vie de famille, toute la vie de famille portée dehors dans la rue, le marchandage et le commérage, et tout cela dans l'odeur des étals de poissons, de viandes et de légumes.
    C'est tout un débordement. C'est de l'humain, le nez plein la vie, la vie dans les narines, le ciel qui coule et qui s'écoule, et le trottoir qui ne sert pas qu'à avancer, mais aussi à mourir de faim et à sombrer. Et les chiens policiers partout, le règne des bergers allemands et des dobermans, et c'est une lutte pour survivre pendant que les mains des vendeurs fouillent dans les tas de légumes et de fruits et qu'elles remplissent des sachets en plastique, leurs voix braillant les refrains des réclames, et c'est le sud dans l'ombre ensoleillée ou quelque chose de ce genre.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • Marché des Capucins

     

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    Les sacs en plastique s'accumulent en montagnes molles. Une plaque de tôle s'agite comme une lèvre capricieuse. L'atmosphère est bruyante. Autour de moi, les gens sont gais. Sous les pieds, le rythme est contagieux. L'asphalte glissant y ajoute une pointe de piment. Le brouhaha, le bourdonnement des voix, s'écoulent le long des ruelles. Seuls, des hommes sont assis aux terrasses des cafés, comme  dans une éternelle attente. Spectateurs et acteurs sont les mêmes. Les deux émoussent les angles aigus de leur identité, comme des galets charriés ensemble par les vagues de la mer, se frottent et se lissent avec le temps. Le bouillonnement dans la tête, les conversations, les impulsions, les fantasmes, les ressentiments, s'accumulent. Pourquoi ce désir si fort de s'exposer ? La vie émotionnelle est un système d'égout complexe. Il faut chier tous les jours, ou ça bloque dans le trou du présent. "Pourriez-vous me dire l'heure ?" Elle est coiffée d'un foulard blanc et porte un manteau vert. "Dix heures trente". Je dis merci. Elle s'éloigne, en marchant en direction de la station de métro. Assis sur l'appui d'une fenêtre, un petit garçon contemple le soleil. Il sourit doucement. Je m'engage d'un pas lent le long de la rue. Mes pensées filent. Elles se bousculent sans que je puisse les retenir.

     

    http://www.radiodiction.org/

    Tous les mardis de 13 à 14 heures

    88.4 sur Radio Galère à Marseille