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mémoire urbaine

  • l'atelier d'artiste

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    Au moment où elle sort de la bouche de métro, elle s'arrête pour allumer une cigarette, avant de se diriger à grands pas vers une rue qui ne porte pas de nom. Sous un porche, un couple de lycéens se pelote. Plus loin, quelques rastas squattent le trottoir. Un petit homme bedonnant, vêtu d'un jogging neuf, la regarde passer.
    Elle pénètre dans un immeuble, au fond d'un terrain vague, juste derrière un chantier. La façade se lézarde à plusieurs endroits. C'est le seul bâtiment encore intact dans ce décor dévasté.
    Elle grimpe jusqu'au cinquième étage, sous les toits. Une porte unique s'ouvre sur le palier. La pièce est un atelier d'artiste. Des planches et des tasseaux encombrent l'entrée. Une forte odeur de térébenthine flotte dans l'air et des toiles s'y trouvent en grand nombre.
    Un vieux canapé occupe le centre, ainsi qu'un bric-à-brac d'outils, de pinceaux et de tubes de couleurs. La pièce est meublée de façon sommaire. Elle n'a pas été balayée depuis longtemps. De gros moutons de poussière jonchent le sol. Il y a aussi un bouquet de coquelicots disposé dans un vase à même le carrelage. Une palissade taguée sépare l'immeuble du chantier.

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  • Méditerranée

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    Le temps est au beau depuis quelques jours. Le soir sent le printemps et les gaz de la rue. La lune s'est levée. Par moments, de légers nuages passent sur elle. Ils se colorent alors de nuances bleues.
    Dans la rue, un chat rôde en miaulant près d'un tas d'ordures faiblement élcairé par le reflet des fenêtres. La pulsation sourde d'un autoradio se répand par les portières grandes ouvertes d'une voiture. Quelques secondes plus tard, le tintement d'un porte-clefs contre une porte et un crachat qui explose en étoile sur le goudron.
    Comme d'habitude, la mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit. Rien n'y demeure, rien n'y passe qu'en fuyant, et des bateaux qui la traversent, combien le sillage est vite évanoui ? Et cette eau de la mer est bien plus délicate que la terre endurcie.
    Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère enfoui sous les flots.

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  • La réalité augmentée

     

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    L'odeur de la bière. La puanteur qui s'échappe des WC. Un parking. Des emplacements vides avec des parcmètres. Des bus qui grimpent. Des bagnoles garées en plein milieu de la rue. Des automobilistes qui klaxonnent. Ceux qui veulent passer. Des graffiti avec des fautes à tous les mots. Des journaux qui parlent de braquage à main armée. Le bruit des pas. Le reflet de la mère et de la fille dans une glace. La robe à motif, toute fripée dans le dos, qui remonte dans un coin et laisse voir le fond d'un collant opaque. Sa voix qui se perd dans le maelström de musiques et de conversations qui peuplent la rue. La télévision un peu plus loin. Eclats de rire. Applaudissements. Un coup de vent pousse des détritus contre les rideaux de fer des magasins. Des cartons débordant d'ordures jalonnent les trottoirs. Bientôt, les pluies viendront et commenceront à retourner toute cette saloperie. Les caniveaux déborderont, briques de lait boîtes de conserves os de poulets mégots, toute sorte de cochonneries se coincera entre les voitures et empestera jusqu'à ce que la pluie vienne tout emporter.

    Les quartiers nord. Les quartiers sud. La ville s'étale dans tous les sens à la fois. La ville est un cercle. La ville est un labyrinthe. La ville est très loin. Puis, tout à coup, plus près. Ici ou là. Quelque part. Le passé. L'avenir. Comme un journal qu'on froisse. Tous les mensonges. Toutes les galères. Tous les jours passés à gratter pour reconstruire. Toutes les excuses imaginables. Tous les discours. Tous les mots bouffés à la hâte à force d'attraper rien du tout.

    Toutes ces choses qu'on peut touiller d'une main dans un évier d'eau grasse. La poussière de la ville. La tête qui a besoin d'un coup de peigne. Les yeux à peine ouverts. Les yeux rivés sur le centre de la cible presque à angle droit. Là où des voix remontent et se perdent et laissent un long sillage de chair. Là où des traces de pas deviennent des flaques avec à l'intérieur des bulles et du sable mouvant et une nouvelle vie qui se libère.

     

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  • Poussière de sel

     

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    A midi, toutes les pierres sont chaudes. L'odeur des plantes aromatiques racle la gorge. Le soleil tape sur les rochers qui se changent en fournaise. Sa chaleur donne aux falaises la couleur grise de la pierre éclatée. Plus loin, les vagues se brisent. Leur flot rapide se répand sur la plage. Un réseau de lumière démantelée tremble à la surface de l'eau. L'absence d'horizon nous accueille sous le soleil et les concerts des cigales somnolentes. Lorsque nous entrons dans l'eau, c'est le saisissement, puis le plongeon, les bras d'eau sortant de la mer et se rabattant dans une torsion de tous les muscles -le bourdonnement des oreilles, le nez coulant, la course de l'eau sur nos corps- et sur le rivage, abruti de soleil, une vie pleine des soupirs de la mer et des cigales qui chantent. Il y a dans ces moments-là, une liberté où le corps détendu goûte le silence intérieur, celui-là même qui naît d'une conscience tranquille.
  • Les ombres équivoques

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    Le vent arrive de la mer, plein d'une odeur de sel et de poisson, tiède et humide. Le vent dévale les rues en hurlant, avec sa cargaison de bouts de papiers, de boîtes de conserves, de bouteilles, de chiffons, et de détritus de toutes sortes. Nuit et jour, les morsures du vent attaquent les murs de la ville : tout passe au crible, tout est labouré, tout est écrasé par la frénésie de son élan. Les chaises se renversent et s'éparpillent : les chiens n'y prêtent guère attention. Mais, quand elle beurre un toast comme si elle raclait un os, ils ont comme des frissons qui se mêlent à des tiraillements. Là, elle boit sa troisième tasse de café, et à en juger par l'expression de son visage, ce matin, elle a l'air d'humeur combattive. "ça va pas la tête ? Qu'est-ce qui vous prend ?". Venu de la mer, un coup de vent secoue les arbustes. Des branches s'entrechoquent, cliquètent comme des griffes. Un homme pisse, debout contre le vent. Il porte ses lunettes de soleil avec verre en plexiglas et montures à carreaux. Il s'est ramené les cheveux dans la figure. Ses épaules se soulèvent et s'abaissent en rythme. Dans son cerveau, un grand trou que l'on pourrait qualifier de néant. Il y a quelque chose devant lui : une poubelle [comme il y en a partout pour préserver l'environnement] Une poubelle renversée dont s'est échappé un tas de détritus. "Oui, oui, maintenant, tire-toi !" dit-elle, écumante de rage. Dans les yeux des chiens, l'horreur est à son comble, à cause de la cruauté de leur propriétaire et de ce monde en général. Sous les secousses du vent, divers arbres tremblent. On les croirait secoués par d'invisibles pinces, comme si leur dernière heure était venue. Un oiseau troublé dans son repos s'envole en criaillant. Des cris étouffés élèvent leurs voix. On ne sait pas exactement d'où ils viennent et où ils vont. Ils sont difficiles à localiser. Ce sont les forces de la nature.

    http://www.facebook.com/l/4e448;www.marseille2013.org/spip.php?article381