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méditerranée

  • Rose givrée

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    Elle doit avoir une quarantaine d'années. Elle est mince, avec de grands yeux noirs et un regard intense. Une crinière de cheveux châtains tombe en broussaille sur ses épaules. Elle porte une tunique blanche avec des dentelles et des volants. Un collier de perles exotiques orne son cou.
    L'intérieur de sa maison, qui a été meublé et décoré au début des années 70, semble être resté figé depuis cette époque. Des objets indiens et africains jonchent les pièces, les murs sont tâpissés de tentures indiennes et parsemés de clochettes de cuivre suspendues à des cordelettes. Une lourde odeur de santal et de musc imprègne cet appartement.
    Là, elle fait la sieste.
    Soudain, la sonnerie du téléphone la contrarie un peu. Les gens ne devraient pas téléphoner pendant ses heures de tranquillité. Mais, elle répond. Elle n'a jamais réussi à laisser son téléphone sonner.
    "Allo ?"
    A l'autre bout du fil, c'est une voix d'homme. Tout à fait normale, aussi dénuée d'accent qu'une voix peut l'être, un peu monotone, mais impossible de dire si elle est jeune ou mûre. Une voix terne, dénuée de toute note régionale ou de particularité de prononciation.
    "C'est quoi votre problème ?"
    Elle lui dit carrément d'aller se faire foutre et elle raccroche.
    Dans l'immédiat, elle allume la radio. C'est brouillé et ça saute sans arrêt.
    Dehors, il y a un ciel incroyable et tout à l'air d'être peint en rose.

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  • Méditerranée

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    Le temps est au beau depuis quelques jours. Le soir sent le printemps et les gaz de la rue. La lune s'est levée. Par moments, de légers nuages passent sur elle. Ils se colorent alors de nuances bleues.
    Dans la rue, un chat rôde en miaulant près d'un tas d'ordures faiblement élcairé par le reflet des fenêtres. La pulsation sourde d'un autoradio se répand par les portières grandes ouvertes d'une voiture. Quelques secondes plus tard, le tintement d'un porte-clefs contre une porte et un crachat qui explose en étoile sur le goudron.
    Comme d'habitude, la mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit. Rien n'y demeure, rien n'y passe qu'en fuyant, et des bateaux qui la traversent, combien le sillage est vite évanoui ? Et cette eau de la mer est bien plus délicate que la terre endurcie.
    Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère enfoui sous les flots.

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  • La réalité augmentée

     

    Ceci n'est pas 001.JPG

     

    L'odeur de la bière. La puanteur qui s'échappe des WC. Un parking. Des emplacements vides avec des parcmètres. Des bus qui grimpent. Des bagnoles garées en plein milieu de la rue. Des automobilistes qui klaxonnent. Ceux qui veulent passer. Des graffiti avec des fautes à tous les mots. Des journaux qui parlent de braquage à main armée. Le bruit des pas. Le reflet de la mère et de la fille dans une glace. La robe à motif, toute fripée dans le dos, qui remonte dans un coin et laisse voir le fond d'un collant opaque. Sa voix qui se perd dans le maelström de musiques et de conversations qui peuplent la rue. La télévision un peu plus loin. Eclats de rire. Applaudissements. Un coup de vent pousse des détritus contre les rideaux de fer des magasins. Des cartons débordant d'ordures jalonnent les trottoirs. Bientôt, les pluies viendront et commenceront à retourner toute cette saloperie. Les caniveaux déborderont, briques de lait boîtes de conserves os de poulets mégots, toute sorte de cochonneries se coincera entre les voitures et empestera jusqu'à ce que la pluie vienne tout emporter.

    Les quartiers nord. Les quartiers sud. La ville s'étale dans tous les sens à la fois. La ville est un cercle. La ville est un labyrinthe. La ville est très loin. Puis, tout à coup, plus près. Ici ou là. Quelque part. Le passé. L'avenir. Comme un journal qu'on froisse. Tous les mensonges. Toutes les galères. Tous les jours passés à gratter pour reconstruire. Toutes les excuses imaginables. Tous les discours. Tous les mots bouffés à la hâte à force d'attraper rien du tout.

    Toutes ces choses qu'on peut touiller d'une main dans un évier d'eau grasse. La poussière de la ville. La tête qui a besoin d'un coup de peigne. Les yeux à peine ouverts. Les yeux rivés sur le centre de la cible presque à angle droit. Là où des voix remontent et se perdent et laissent un long sillage de chair. Là où des traces de pas deviennent des flaques avec à l'intérieur des bulles et du sable mouvant et une nouvelle vie qui se libère.

     

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  • Rue de la Bibliothèque

     

    Ici s'arrête 003.JPG

    Quelques appareils électroménagers s'alignent le long du trottoir -deux réfrigérateurs, une machine à laver, un four à micro-ondes. Ils ont tous servi : la rouille leur suinte des charnières. Ce sont des éléments familiers de n'importe quelle cuisine, mais leur présence dans la rue a quelque chose de surréaliste. Au-dessus de moi, presque au sommet d'un remblai, un homme se promène en smoking blanc, comme s'il avait passé toute la nuit à une soirée. Il se déplace prudemment sur le béton, à croire qu'il a passé sa vie sur des sols qui lui ont appris à se méfier de n'importe quelle surface. Soudain, les sirènes hurlantes des voitures de police chantent leur rengaine. En fond sonore, des gens qui étouffent : trop de lecteurs codes barres, trop de caméra de surveillance, trop de... Plus haut dans la rue, je croise une Asiatique. Son petit garçon s'efforce de l'aider à porter sa valise. Deux hommes approchent, mais aucun ne lui offre son assistance. Entre eux, il y a comme ligne : une frontière. Des milliers d'hommes meurent à cause de ces lignes. Des milliers d'hommes meurent parce qu'ils ne parviennent pas à franchir la frontière.

    http://demo.ovh.net/fr/6ffc436f19b7a186972269aca84a7a88/