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  • Les fausses notes

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    Comme pour donner forme à la musique de ses mains, elle frotte l'avant de sa robe pour se débarrasser de quelques miettes imaginaires et se masse les doigts pendant un bon moment.
    Le long de la rue, une moto pousse son torrent mécanique. On dirait une boule de flipper en route pour un bon score.
    Un clochard qui louche, hurle que tout est fini. Il secoue la tête et grommelle un "merde merde merde merde" adressé à nul autre que lui-même.
    Il n'y a aucun endroit pour s'assoir, mis à part une chaise en plastique près des poubelles. Le ciel est couvert. Un peu de lumière perce derrières les nuages.
    Maintenant, le son d'un piano, les cris des enfants qui jouent, une sonnerie de téléphone, un claquement de talons hauts sur le carrelage, une voix de femme qui répond.
    Un chat passe. Noir. Tandis qu'une voix de radio débite des informations.
    La pluie tombe. Elle gifle les yeux. Puis le silence de nouveau.

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  • La vieille dame

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    Ils sont ivres. Ils restent là un moment, l'air égaré, les yeux fixés sur la rue. Et puis, l'un d'eux désigne une direction au hasard. Ils prennent le départ, cramponnés l'un à l'autre, en titubant et en trébuchant à chaque pas.
    La rue est plutôt déserte, mais un peu plus haut, une vielle dame sort la tête d'une fenêtre entrebaillée. Elle observe d'un air peu rassuré les hommes qui approchent. Son regard n'est guère engageant, mais ils n'ont pas le choix. Elle est la seule personne à qui ils peuvent s'adresser.
    La vieille dame ne bronche pas. Elle les regarde avec la même expression de dégoût que si elle venait d'apercevoir un tas d'immondices sur le trottoir. Ensuite, elle secoue la tête sans prononcer un mot et ferme la fenêtre à toute vitesse, comme si elle craignait de se faire agresser.
    Sans doute, est-elle restée derrière le rideau blanc, à guetter, l'oreille tendue, le départ de ces hommes.
    Peut-être, a-t-elle dit "Cochons d'ivrognes !" avec dans ses yeux grands ouvert comme une lueur de démence.

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  • La fille black

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    Les mains dans son parka, on dirait qu'elle veut manger la nuit, qu'elle aspire le noir par la bouche et le recrache par tous les pores de sa peau. Tel un projectile dont rien ne freine la course, elle flotte au-dessus du sol, sur un coussin d'air, poussée par une force qui la dépasse. Si on lui demande "à quoi tu penses ?" elle répond "à rien !" Et c'est vrai. Elle ne pense à rien. Rien que des fragments, des éclats, des visions fugitives, la sensation de coups donnés, de coups reçus, une course interminable. Elle sait qu'elle s'est battue. Elle sait qu'elle n'était pas seule, mais qui était à ses côtés ? Elle ne s'en souvient plus. Une fumée grise les cernait, mêlée à d'autres fumées qui les faisaient pleurer. Elle ne voyait pas les visages, juste une bataille de bras, de jambes, de coudes, de poings, dans un fracas d'armures.
    La tête vide, elle tourne ici, coupe là. Les rues défilent. Elle a peur à s'en mouiller la culotte. Elle court sans se retourner. Elle court de plus en plus vite, et à mesure que sa vitesse augmente, elle s'engage dans une rue étroite.

     

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  • Cool mémories

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    Titubant devant la caméra et dessinant par ses gestes un espace vertigineux, il livre avec frénésie son corps insaisissable. Ce qu'il veut dire, c'est que tout découle directement de ces années durant lesquelles il s'est tout envoyé, de la cocaïne au whisky, de l'herbe à la bière, du LSD aux amphétamines, et toute une autre pharmacopée entre temps aussi. Ce qu'il jette sur le papier, c'est le spasme, les trous de douleur, le couple en copulation, les points érectiles, les orifices extensibles, enveloppants...
    Pour lui, la sensation est la preuve immédiate de l'existence. Ses bouquins nous livrent les métamorphoses de son corps dont le rôle est de polluer. Il parle de la pollution à partir du moment où elle devient constructive, où elle est mise en question. Ce qui lui importe, c'est de montrer qu'il est pollué lui-même et de manifester cette pollution totale. Pour écrire, toutes ses toxines remontent à la surface et s'évaporent. Il ne lui reste plus que le nécessaire.
    Deux ans plus tôt, il a mis fin à une longue relation avec une femme qui aujourd'hui ne représente plus rien pour lui, mais dont l'absence l'affecte comme il ne l'aurait jamais imaginé. Curieusement, il sombre peu à peu dans une sorte de sommeil épuisé, comme une défaillance ou un échec. Du moins, c'est ainsi qu'il le ressent en se réveillant toujours en sursaut, à bout de souffle.
    Là, il regarde par la fenêtre la ville enveloppée de nuages et le soleil déclinant qui déverse des flots de couleurs le long de l'horizon, à la limite blanche du vide. Alors, il a l'impression qu'il a laissé le temps lui échapper, et que de ce manquement, va s'ensuivre quelque chose de terrible.
    Il comprend que s'il y a un bruit de fond de l'univers, c'est ce bruit inaudible qui est comme un lointain écho de la catastrophe du monde.

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