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labyrinthe

  • Impasse Montévidéo

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    Il est debout près d'une porte vitrée munie de rideaux. Il est courbé comme s'il allait tendre la main et ouvrir. Mais il se retourne lentement. La pluie dégouline sur la fenêtre près de lui. Il va dans un recoin, prend une bouteille de bière dans le frigo, l'ouvre, et boit au goulot une longue gorgée. Il écoute la bière dans sa bouche, puis la pluie, puis un bruit de pas au-dessus de sa tête, le son étouffé d'un poste de radio quelque part au fond d'un couloir, des voitures qui passent à toute allure dans la rue au-dessous de lui en éclaboussant le bâtiment, un bus arrivant à son arrêt avec un bruit mouillé. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des avenues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. De l'autre côté de la rue, dans la brume, s'étend le grand parc avec par endroits des arbres. Il y a des nuages bordés d'argent qui filent à tout allure vers l'horizon sombre comme s'ils étaient attirés par un aimant.

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    Revue Squeeze N°4
    "Nietzsche dans le souterrain"

  • Poussière et macadam

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    Sur une marche, une femme en robe imprimée tend un paquet de bonbons à une petite fille. Elle a les ongles vernis, parfaitement manucurés. Dans les cafés, des hommes assis en terrasse. Des assemblées d'hommes. Sur un mur, une trace, au milieu des tags et des graffiti. Préliminaires physiques. Je m'égare dans le labyrinthe de la ville. Je cours après les phrases sur les murs. J'espère que je vais récolter quelque chose. Saisir au vol de la matière pour la soumettre au mouvement de ma course poursuite. Me perdre, tourner en rond, écrire une partition existentielle, une chronique en gestation, dans le grouillement de la foule et l'envolée des rues aux quatre vents. Et soudain, au milieu du trottoir, une femme débraillée, assise seule sur le pas d'une porte. Cheveux gris frisés en désordre, bouche avalée, vêtue d'un manteau de laine noire informe et froissé, elle découpe des petits bouts de papier et les étale à ses pieds. Sans paraître la regarder, la foule fait un  détour discret pour l'éviter. Personne ne sait autre chose que ce qu'elle montre d'elle-même. Personne ne sait d'où elle vient, ni pourquoi. Cette manière dont les rues se croisent et se répandent sur le bitume, cela n'existe que dans les grandes villes.

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  • Les yeux fermés

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    La brume thermique, tiède et fétide comme une haleine, s'insinue dans la ville. Des nuages qui évoquent l'ouate sale apparaissent parfois, changeant de couleur sous nos yeux. La visibilité est mauvaise à cause de la poussière qui stagne parce qu'il n'y a pas de vent.
    Terrasse de café. Des rochers devant moi, des bassins dont l'eau brunâtre est recouverte d'une couche d'écume. Un préservatif flotte à la surface. Des sacs en plastique traînent de toutes parts, aux pieds des arbres, ou empêtrés dans leurs branches. Plus loin, des boîtes de bières et des bouteilles brisées miroitent dans l'herbe.
    Une femme blonde arrive, suivie par une petite femme frisée qui montre ses dents en riant.
    Au coin de la rue, on voit encore la moitié branlante d'un apparteement tapissé de papier à grosses fleurs bleues, tout mangé de taches brunes avec un placard démoli et la carcasse d'un lit tordue.
    Au-dessus, trois mouettes tournent en gémissant. Leurs ailes blanches saisissent le soleil.
    Des lambeaux de conversation me parviennent de tous les coins de la terrasse. Une voiture klaxonne tout près. Le trafic. L'odeur des gaz d'échappement. Le bruit qui sonne comme de la musique aux oreilles.
    Je bois mon café sans parler, tellement accoutumée au ronronnement des moteurs, qu'ils se confondent avec ma pensée.

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  • La mer dans les poches

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    Le ciel est bleu. parfois du blanc. Les fumées viennent d'ailleurs. Elles sont basses. accrochées à la ville. On sent la proximité de la mer. Les voitures roulent. les camions. les autobus et les scooters. Rencontres et réseaux. Présence des marchandises et des corps.
    Tout à l'heure, le soleil. Le ciel dégagé bleu. Un ensemble d'immeubles en verre transparent. Les plis de l'ombre. La joie de marcher. de connaître le sol et l'air en même temps. Activité de la tête aussi. Temps présent et large. pantalons. Le ciel partout. une force. Au bout, c'est la mer. la mer et ses vagues. Les bateaux qui avancent sous le ciel.
    Ici, pas de fleurs. pas de jets d'eau. Ici, on s'enfonce dans le bleu. On peut s'enfoncer dans le bleu. On peut se perdre aussi. avaler le soleil. On est dedans et on est dehors. La ville encore plus ville. Seule et grande. détachée. traces. morceaux de choses fabriquées. sentimental des choses. lignes multiples. Tout bouge. la ville inhumaine et accueillante. existence commune.
    Dans le ciel clair, on voit déjà la lune. rumeurs. klaxons. agitations. Une voiture de pompiers passe à toute allure. Résolution poétique.

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  • La fille black

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    Les mains dans son parka, on dirait qu'elle veut manger la nuit, qu'elle aspire le noir par la bouche et le recrache par tous les pores de sa peau. Tel un projectile dont rien ne freine la course, elle flotte au-dessus du sol, sur un coussin d'air, poussée par une force qui la dépasse. Si on lui demande "à quoi tu penses ?" elle répond "à rien !" Et c'est vrai. Elle ne pense à rien. Rien que des fragments, des éclats, des visions fugitives, la sensation de coups donnés, de coups reçus, une course interminable. Elle sait qu'elle s'est battue. Elle sait qu'elle n'était pas seule, mais qui était à ses côtés ? Elle ne s'en souvient plus. Une fumée grise les cernait, mêlée à d'autres fumées qui les faisaient pleurer. Elle ne voyait pas les visages, juste une bataille de bras, de jambes, de coudes, de poings, dans un fracas d'armures.
    La tête vide, elle tourne ici, coupe là. Les rues défilent. Elle a peur à s'en mouiller la culotte. Elle court sans se retourner. Elle court de plus en plus vite, et à mesure que sa vitesse augmente, elle s'engage dans une rue étroite.

     

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