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  • Les vagues de Virginia Woolf

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    Sur les balcons, des herbes qui tremblent, du linge qui pend, des antennes paraboliques. Un chien qui tourne en rond. Une jeune fille qui se coiffe à sa fenêtre dans une attitude d'amphore. Une petite vieille qui remonte un store. Elle disparaît à l'intérieur de chez elle. J'aperçois les rideaux au crochet, un bout de meuble, un tableau au mur, le lustre. Ensuite un mur, puis des immeubles. Tous semblables, mêmes balcons, mêmes persiennes, mêmes petits cafés avec la télé branchée sur le football, mêmes parfums que les vieilles dames laissent dans les ascenseurs, mêmes individus qui promènent leurs chiens avec une de ces laisses qui s'allongent et se rétractent, mêmes jeunes femmes qui rejettent leurs cheveux en arrière d'un brusque mouvement du cou, mêmes bruits incessants des voitures sur l'autoroute, une infinité de lumières jaunes orangées, la fixité des lumières aussi calmes que les arbres, des conteneurs, des entrepôts, des phrases qui arrivent comme des vagues, les vagues de Virginia Woolf. Virginia Woolf qui entendait les oiseaux chanter en grec. Des petits oiseaux qui chantaient en grec.

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    Revue Squeeze N°4
    "Nietzsche dans le souterrain"

  • Les ombres équivoques

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    Le vent arrive de la mer, plein d'une odeur de sel et de poisson, tiède et humide. Le vent dévale les rues en hurlant, avec sa cargaison de bouts de papiers, de boîtes de conserves, de bouteilles, de chiffons, et de détritus de toutes sortes. Nuit et jour, les morsures du vent attaquent les murs de la ville : tout passe au crible, tout est labouré, tout est écrasé par la frénésie de son élan. Les chaises se renversent et s'éparpillent : les chiens n'y prêtent guère attention. Mais, quand elle beurre un toast comme si elle raclait un os, ils ont comme des frissons qui se mêlent à des tiraillements. Là, elle boit sa troisième tasse de café, et à en juger par l'expression de son visage, ce matin, elle a l'air d'humeur combattive. "ça va pas la tête ? Qu'est-ce qui vous prend ?". Venu de la mer, un coup de vent secoue les arbustes. Des branches s'entrechoquent, cliquètent comme des griffes. Un homme pisse, debout contre le vent. Il porte ses lunettes de soleil avec verre en plexiglas et montures à carreaux. Il s'est ramené les cheveux dans la figure. Ses épaules se soulèvent et s'abaissent en rythme. Dans son cerveau, un grand trou que l'on pourrait qualifier de néant. Il y a quelque chose devant lui : une poubelle [comme il y en a partout pour préserver l'environnement] Une poubelle renversée dont s'est échappé un tas de détritus. "Oui, oui, maintenant, tire-toi !" dit-elle, écumante de rage. Dans les yeux des chiens, l'horreur est à son comble, à cause de la cruauté de leur propriétaire et de ce monde en général. Sous les secousses du vent, divers arbres tremblent. On les croirait secoués par d'invisibles pinces, comme si leur dernière heure était venue. Un oiseau troublé dans son repos s'envole en criaillant. Des cris étouffés élèvent leurs voix. On ne sait pas exactement d'où ils viennent et où ils vont. Ils sont difficiles à localiser. Ce sont les forces de la nature.

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