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fragments textuels

  • Rose givrée

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    Elle doit avoir une quarantaine d'années. Elle est mince, avec de grands yeux noirs et un regard intense. Une crinière de cheveux châtains tombe en broussaille sur ses épaules. Elle porte une tunique blanche avec des dentelles et des volants. Un collier de perles exotiques orne son cou.
    L'intérieur de sa maison, qui a été meublé et décoré au début des années 70, semble être resté figé depuis cette époque. Des objets indiens et africains jonchent les pièces, les murs sont tâpissés de tentures indiennes et parsemés de clochettes de cuivre suspendues à des cordelettes. Une lourde odeur de santal et de musc imprègne cet appartement.
    Là, elle fait la sieste.
    Soudain, la sonnerie du téléphone la contrarie un peu. Les gens ne devraient pas téléphoner pendant ses heures de tranquillité. Mais, elle répond. Elle n'a jamais réussi à laisser son téléphone sonner.
    "Allo ?"
    A l'autre bout du fil, c'est une voix d'homme. Tout à fait normale, aussi dénuée d'accent qu'une voix peut l'être, un peu monotone, mais impossible de dire si elle est jeune ou mûre. Une voix terne, dénuée de toute note régionale ou de particularité de prononciation.
    "C'est quoi votre problème ?"
    Elle lui dit carrément d'aller se faire foutre et elle raccroche.
    Dans l'immédiat, elle allume la radio. C'est brouillé et ça saute sans arrêt.
    Dehors, il y a un ciel incroyable et tout à l'air d'être peint en rose.

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  • L'auto rouge

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    Plusieurs voitures passent dans la rue. Des gens à pied défilent sur les trottoirs, l'air pressé. Le vent leur soulève les cheveux.
    Un peu plus tard, la pluie s'abat en courtes rafales, d'énormes gouttes crachantes et ondoyantes giflent le bitume avec un bruit soyeux. La rue est noire, luisante. Les caniveaux débordent.
    C'est la fin du mois de mars. Les arbres sont verts. Les voitures soulèvent des gerbes d'éclaboussures. Elles se dirigent vers la sortie de la ville, mais se retrouvent bloquées à chaque feu rouge.
    Un chien mouillé pisse contre le poteau de l'arrêt de bus. Un autre chien s'approche du poteau, le renifle, et se met à pisser dessus à son tour.
    On entend les cris grinçants des mouettes. Ensuite, la pluie arrive en diagonale. Le vent donne des bourrades dans les cheveux et sur les yeux. Il résonne dans le ciel et resserre le plissé des nuages qui semblent devoir prendre appui partout.
    L'auto rouge approche et presse la terre de ses pneus puissants.
    Ainsi donc.

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  • Projet Zoo

     

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    Quand ils arrivent aux singes, ils s'arrêtent net et se mettent à lancer des cacahuètes aux singes. Dans une cage, un petit personnage poilu tape sur le crâne de sa copine et veut la faire grimper à un arbre pour quelque raison connu de lui. Hommes ou singes, ils ressemblent aux deux.
    Devant la grille, les spectateurs qui regardent le jeu des deux singes, sont de plus en plus nombreux. Puis brusquement, ça ne leur paraît plus drôle et ils tournent le dos aux singes.
    Plus bas, dans la cage aux serpents, le serpent se tord en huit. Le lion qui a le mal du pays se met à rugir. Les grands loups gris des steppes glacées attendent décembre, couchés sur le flanc. La gazelle fait des pointes exécutant un ballet dont elle est l'étoile. Et le gros ours se roule les quatre pattes en l'air, tandis que sa marmaille trottine et se chamaille autour de lui.
    Vers le milieu de l'après-midi, la pluie se met à tomber, faisant scintiller les allées et les cages. Ils se précipitent à la cafétéria et achètent des sandwichs. Une vieille femme s'avance vers eux, un journal mouillé à la main. "Il est mouillé. Si vous voulez, je vous le laisse". Elle leur tend le journal. Pendant qu'ils mangent leurs sandwichs, le soleil fait une trouée à travers la pluie qui tombe toujours.
    Ils sortent de la cafétéria et passent à nouveau devant les grands loups gris des steppes qui ont maintenant leur fourrure trempée par la pluie. Un petit train arrive. Ils sautent dedans.

     

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  • Décharges d'ultimes

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    Un ciel sans nuage, aussi figé que l'air dans une chambre froide, coiffe les murs de béton et l'étendue silencieuse des parkings. Malgré l'heure matinale, une vingtaine d'habitants se tiennent déjà sur leurs balcons, attachés-case et sacs à main brandis comme des pièces d'armure. Ils regardent dans la même direction l'avalanche graisseuse de détritus entassés au pied de leur immeuble. A première vue, tout semble normal, mais à l'approche des premiers rangs du parking, l'illusion de normalité commence à se dissiper. Les véhicules sont couverts de détritus. Les carrosseries, rayées et tachées. Les pare-brise pulvérisés. Bouteilles vides, boîtes de conserve, débris de verre jonchent les allées. Leur entassement laisse supposer qu'il y a eu un bombardement depuis les balcons. Sur le mur qui fait face à l'immeuble, quelqu'un a griffonné un message, premier d'une série de slogans qui vont couvrir bientôt chaque surface libre du bâtiment. Il y a trop d'hostilité ici. Il y en a toujours eu. Mais depuis que le vide-ordures est de nouveau bouché, elle ressort. Les gens s'en prennent à n'importe quoi. Tout ça parce qu'un ballot de rideaux en brocart obstrue le conduit et retient une colonne de détritus. Certainement à cause de la quinquagénaire du salon de coiffure qui passe son temps à redécorer son appartement du troisième étage et qui fourre de vieilles carpettes, voire du petit mobilier dans le vide-ordures. Sans oublier celle d'en bas qui dépose ses ordures par petits sacs devant sa porte et secrète dans le conduit un flot continu de saletés mucilagineuses. Toutes les cinq minutes, son climatiseur s'arrête et un air fétide stagne dans toute les pièces. Le climat mental qui règne dans cet immeuble a fait l'objet d'enquêtes dont les conclusions sont accablantes. L'absence d'humour en constitue le trait le plus significatif. Tous les témoignages s'accordent sur ce point : les habitants de l'immeuble ne plaisantent pas à leur sujet. Ce qui est irritant, c'est de voir comment cet agglomérat apparemment homogène de gens aux revenus élevés, a pu se scinder en camps hostiles. Les vieilles divisions sociales fondées sur la puissance, le capital et l'égoïsme ont resurgi, ici comme ailleurs.