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euro-méditerranée

  • l'atelier d'artiste

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    Au moment où elle sort de la bouche de métro, elle s'arrête pour allumer une cigarette, avant de se diriger à grands pas vers une rue qui ne porte pas de nom. Sous un porche, un couple de lycéens se pelote. Plus loin, quelques rastas squattent le trottoir. Un petit homme bedonnant, vêtu d'un jogging neuf, la regarde passer.
    Elle pénètre dans un immeuble, au fond d'un terrain vague, juste derrière un chantier. La façade se lézarde à plusieurs endroits. C'est le seul bâtiment encore intact dans ce décor dévasté.
    Elle grimpe jusqu'au cinquième étage, sous les toits. Une porte unique s'ouvre sur le palier. La pièce est un atelier d'artiste. Des planches et des tasseaux encombrent l'entrée. Une forte odeur de térébenthine flotte dans l'air et des toiles s'y trouvent en grand nombre.
    Un vieux canapé occupe le centre, ainsi qu'un bric-à-brac d'outils, de pinceaux et de tubes de couleurs. La pièce est meublée de façon sommaire. Elle n'a pas été balayée depuis longtemps. De gros moutons de poussière jonchent le sol. Il y a aussi un bouquet de coquelicots disposé dans un vase à même le carrelage. Une palissade taguée sépare l'immeuble du chantier.

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  • Décharges d'ultimes

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    Un ciel sans nuage, aussi figé que l'air dans une chambre froide, coiffe les murs de béton et l'étendue silencieuse des parkings. Malgré l'heure matinale, une vingtaine d'habitants se tiennent déjà sur leurs balcons, attachés-case et sacs à main brandis comme des pièces d'armure. Ils regardent dans la même direction l'avalanche graisseuse de détritus entassés au pied de leur immeuble. A première vue, tout semble normal, mais à l'approche des premiers rangs du parking, l'illusion de normalité commence à se dissiper. Les véhicules sont couverts de détritus. Les carrosseries, rayées et tachées. Les pare-brise pulvérisés. Bouteilles vides, boîtes de conserve, débris de verre jonchent les allées. Leur entassement laisse supposer qu'il y a eu un bombardement depuis les balcons. Sur le mur qui fait face à l'immeuble, quelqu'un a griffonné un message, premier d'une série de slogans qui vont couvrir bientôt chaque surface libre du bâtiment. Il y a trop d'hostilité ici. Il y en a toujours eu. Mais depuis que le vide-ordures est de nouveau bouché, elle ressort. Les gens s'en prennent à n'importe quoi. Tout ça parce qu'un ballot de rideaux en brocart obstrue le conduit et retient une colonne de détritus. Certainement à cause de la quinquagénaire du salon de coiffure qui passe son temps à redécorer son appartement du troisième étage et qui fourre de vieilles carpettes, voire du petit mobilier dans le vide-ordures. Sans oublier celle d'en bas qui dépose ses ordures par petits sacs devant sa porte et secrète dans le conduit un flot continu de saletés mucilagineuses. Toutes les cinq minutes, son climatiseur s'arrête et un air fétide stagne dans toute les pièces. Le climat mental qui règne dans cet immeuble a fait l'objet d'enquêtes dont les conclusions sont accablantes. L'absence d'humour en constitue le trait le plus significatif. Tous les témoignages s'accordent sur ce point : les habitants de l'immeuble ne plaisantent pas à leur sujet. Ce qui est irritant, c'est de voir comment cet agglomérat apparemment homogène de gens aux revenus élevés, a pu se scinder en camps hostiles. Les vieilles divisions sociales fondées sur la puissance, le capital et l'égoïsme ont resurgi, ici comme ailleurs.