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escaliers du cours julien

  • Bleu étoilé visible

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    Deux ambulances et une voiture de police sortent du parking sur les chapeaux de roues, dans un grand nuage de poussière. Elles font toutes marcher leurs sirènes en même temps.
    Près d'une porte, il regarde le coucher de soleil d'un air triste. Son visage n'est pas déplaisant, juste inexpressif et hystériquement objectif. En revanche, jamais je ne pourrais décrire ce qui est arrivé à ses fringues. Peut-être qu'il a dormi dans son costume noir. Plusieurs fois. En tout cas, il a dîné avec -ou dessus. Il a une tache de sauce tomate ornée d'un minuscule champignon séché qui lui sert de fleur à la boutonnière. Son étroite cravate noire, dont le noeud ressemble à un petit pois, lui a servi de bavoir.
    Une fois de plus, il se met à boire et à fumer en regardant le plafond. Quand le cendrier est plein, il va le vider dans la salle de bain, et par habitude, il le lave. C'est une masse de terre cuite émaillée, aussi informe qu'une pierre, avec une petite dépression au centre. Quand on gratte les croûtes de cendres, un profil de femme apparaît. Un visage moulé dans la glaise, de longs cheveux emmêlés, coulant le long du visage, comme si la femme se tenait au milieu d'une tempête.
    Lorsqu'il retourne dans le séjour aux murs recouverts de papier jaune à lignes, des gens se plaignent faiblement du vent, comme des gosses qu'on appelle pour rentrer se coucher. Toujours trop tôt.
    Lui, il ne désire qu'une chose : s'en aller. Chaque automne, il songe à partir dans le Sud de l'Espagne. Mais, il ne le fait jamais. Peut-être cette année.
    Le dernier quartier de lune achève de disparaître, il marche le long des rues. Ses chaussettes sont raides, pourries, elles puent. Une voiture s'arrête à sa hauteur. Il continue à marcher en faisant semblant de ne rien voir. La voiture se met à rouler lentement à côté de lui. "Hé, tu cherches du boulot? Allez viens, monte !" La porte est ouverte. Il s'installe sur le siège. "Si tu me suces, je te file cinquante euros !" lui dit le type. Alors, il lui balance son poing dans les tripes et quelque part entre l'oreille et le cou. Il descend. Il recommence à marcher le long des rues. Cinq minutes plus tard, la voiture est à sa hauteur. "Y'a quelque chose qui te choque dans le fait d'être homo ? T'as une gueule de vrai mec, mais regarde un peu tes mains. T'as des mains de gonzesse !"
    "Vous inquiétez pas pour mes mains !" dit-il, en montant les escaliers quatre à quatre.

     

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • Projet Zoo

     

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    Quand ils arrivent aux singes, ils s'arrêtent net et se mettent à lancer des cacahuètes aux singes. Dans une cage, un petit personnage poilu tape sur le crâne de sa copine et veut la faire grimper à un arbre pour quelque raison connu de lui. Hommes ou singes, ils ressemblent aux deux.
    Devant la grille, les spectateurs qui regardent le jeu des deux singes, sont de plus en plus nombreux. Puis brusquement, ça ne leur paraît plus drôle et ils tournent le dos aux singes.
    Plus bas, dans la cage aux serpents, le serpent se tord en huit. Le lion qui a le mal du pays se met à rugir. Les grands loups gris des steppes glacées attendent décembre, couchés sur le flanc. La gazelle fait des pointes exécutant un ballet dont elle est l'étoile. Et le gros ours se roule les quatre pattes en l'air, tandis que sa marmaille trottine et se chamaille autour de lui.
    Vers le milieu de l'après-midi, la pluie se met à tomber, faisant scintiller les allées et les cages. Ils se précipitent à la cafétéria et achètent des sandwichs. Une vieille femme s'avance vers eux, un journal mouillé à la main. "Il est mouillé. Si vous voulez, je vous le laisse". Elle leur tend le journal. Pendant qu'ils mangent leurs sandwichs, le soleil fait une trouée à travers la pluie qui tombe toujours.
    Ils sortent de la cafétéria et passent à nouveau devant les grands loups gris des steppes qui ont maintenant leur fourrure trempée par la pluie. Un petit train arrive. Ils sautent dedans.

     

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