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entre 2 chaises

  • Le chant de l'exil

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    Un jour, un mot de travers, une ride de plus, j'ai perdu ma langue. Mais où l'ai-je perdue ? A qui l'ai-je donnée ? Peut-être à un muet pour qu'il en conserve à jamais le silence ? Depuis, je me retrouve comme frappé. Quelque chose me manque. Quelque chose comme un mur. Dès qu'on me regarde, je suis foutu, pris de panique. Mon corps m'empêche de sortir. J'approche des régions, des gouffres, des grottes, où le langage est mité, bouffé, rongé par les rats de la mort. J'aime la rue. C'est une manière d'être parmi les hommes, de les entendre, de les voir, sans risquer d'être pris pour autre chose qu'un étranger.
    N'arrêtez pas : N'arrêtez pas l'étranger ! Vous étrangers, il vit sa mort ! Vous mourrez votre vie ! Laissez-le passer, étrangers ! N'arrêtez pas ! N'arrêtez pas l'étranger !

    Les hommes se demandent toujours qui je peux bien être. Ils ne me reconnaissent pas du tout. En tout cas, pas encore. Alors que je sais les reconnaître dès que je vois leurs visages. Il m'arrive de leur dire, Non je ne peux pas vous expliquer ! En fait, tout leur dire m'est impossible parce que les souvenirs viennent de là-bas. Quand quelque chose me rappelle, d'autres choses me viennent alors à l'esprit. Mon drame c'est l'impuissance. L'impuissance jusqu'à en mourir. Vivre et mourir à égalité.
    Regarde ! Si je tombe, je me fais mal ! Regarde ! Du haut de ma tempe gauche, cette balafre qui descend en ligne brisée jusqu'à la pommette. Cette balafre de mon visage, elle part -blanche et mince- comme un petit bout de ficelle. Là, tu vois ? Elle s'élargit. Elle saute vers l'arrière, vers le bas pour disparaître au-dessus de mon oreille. Je ne peux pas te raconter comment elle m'est venue, mais tous ceux que ça intéresse peuvent voir qu'elle résulte d'un accident, peut-être d'un coup de couteau. Ce jour-là, j'ai voulu ouvrir les yeux, mais je n'ai pas réussi. J'ai voulu crier, en vain. L'idée que ma fin était venue a traversé mon esprit. Je me suis tordu dans tous les sens en essayant de rejeter ce qui m'était tombé dessus. Je n'avais qu'une seule pensée : respirer ! Rien d'autre ! Depuis, c'est une sensation extraordinaire cet air frais sur mon visage. Cet air qui me soulage, qui me ramène à la vie, j'avais oublié sa clarté.
    Tu vois ! tout ce que je possède, se trouve dans ce sac que je porte. A l'intérieur, il y a deux tenues de rechange, une lampe de poche, des lunettes de soleil, un couteau, c'est tout. Il y a tout ce que je possède et je ne possède rien que je ne puisse laisser sous la pluie. Peut-être, me faudrait-il une arme ? un petit révolver ?
    Qui suis-je ? ça m'est égal, ça m'est égal à présent, parce que à présent tout a changé.
    J'ai disons à peu près dix-neuf ans peut-être vingt, mais pas plus. J'ai à peu près vingt ans. Je porte une casquette. J'ai les cheveux assez courts. Et le visage, et le dos des mains très bronzés. Je ressemble à un ouvrier du bâtiment, sauf que j'ai une balafre. Et quand on ressemble à un ouvrier du bâtiment et qu'on a une balafre sur la figure, que disent les gens ? Ils disent qu'ils ont devant eux, un voyou, ou un voleur de sac à mains, ou un ancien dealer, ou un gosse abandonné. Un gosse qui n'arrivera jamais à rien.
    Tu vois ! Je veux écrire un livre, un livre à ma façon. Je suis debout au milieu des pigeons. Une fille passe près de moi. Les pigeons sont très beaux. Certains ont des reflets verts sur la gorge. D'autres sont blancs avec des reflets roux vifs. C'est un bon début pour un livre. Tu ne trouves pas ?
    N'arrêtez pas ! N'arrêtez pas l'étranger ! Vous étrangers, il vit sa mort ! Vous mourrez votre vie ! Laissez-le passer, étrangers ! N'arrêtez pas l'étranger ! Vous étrangers !

     

    Tous les mardis de 13 à 14 heures
    88.4 Radio Galère à Marseille

    http://www.radiodiction.org

  • Le Centre Français de Berlin

     

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    Lorsque je prends la direction de Liverpool Strasse, la chaleur s'insinue dans  les pieds par l'asphalte de la chaussée. J'ai chaud et la sensation de chaud est encore plus forte parce que j'ai le ventre vide et que je ressens une formidable envie de manger. Je cherche la Tour Eiffel. C'est elle qui va m'indiquer que je suis arrivée au Centre Français. ça y est, je la vois !... Mais que vois-je ?... Me voilà devant "Le Village Français", une série de stands qui représente les régions touristiques de France, avec en prime, pour cocoriser le tout, des tables recouvertes de toiles cirées Bleu-Blanc-Rouge. D'ailleurs, sur l'une d'elles, il y a un accordéon qui semble oublié. Tout y est, Au revoir, Auf wiedersehen, Ricard, le château d'If, Attention je mords, Attention je monte la garde, Baguette, Champignons, Vins fins, Pâtisserie du Musée, Tarte flambée, La bonne Franquette... Au fur et à mesure que je me déplace, j'ai l'impression de perdre le sens des réalités. Un voile se répand autour de moi, comme un brouillard. Puis, ce que je vois commence à se distordre, à s'étirer comme vu à travers un grand angle : Mireille Mathieu ! Sur la scène, regards langoureux et voix chevrotante en prime, le clone, la copie conforme de Mireille Mathieu. Pour bien regarder, il faut savoir ouvrir, mais aussi, fermer les yeux écrivait Aby Warburg. J'ouvre. Je ferme les yeux. Je vois toujours Mireille Mathieu. Je comprends que toute la mertitude des choses de la France se trouve concentrée devant le Centre Français de Berlin. Je m'y rends pour voir la première du spectacle Entre 2 chaises mis en scène par Hélène Lebonnois et Alexandra Zoe de La Ménagerie (plateforme du théâtre francophone à Berlin)

    http://lamenagerie.wordpress.com/