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embouteillages

  • Shoot canin

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    Après l'orage, les feux de signalisation sont en panne. Les gens roulent comme des malades. Une petite pluie fine se met à tomber. A l'angle d'un carrefour, ils s'engueulent dans leur langue. Comme deux escrimeurs, ils s'assènent l'un à l'autre des harpons de points d'interrogation, catapultent des chapelets de consonnes, mots acérés et empoisonnés, brûlant comme une mèche, langues claquantes par-dessus des lèvres crènelées, des aboiements éclatant hors des bouches caverneuses.
    Ils semblent avoir été tenus en laisse longtemps. Les mots arrachés de toutes leurs forces sont libérés. Et la voix devenue le couteau, débite de plus en plus de mots, jusqu'à ce que ne subsiste plus que le squelette de l'indicible

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  • Les yeux fermés

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    La brume thermique, tiède et fétide comme une haleine, s'insinue dans la ville. Des nuages qui évoquent l'ouate sale apparaissent parfois, changeant de couleur sous nos yeux. La visibilité est mauvaise à cause de la poussière qui stagne parce qu'il n'y a pas de vent.
    Terrasse de café. Des rochers devant moi, des bassins dont l'eau brunâtre est recouverte d'une couche d'écume. Un préservatif flotte à la surface. Des sacs en plastique traînent de toutes parts, aux pieds des arbres, ou empêtrés dans leurs branches. Plus loin, des boîtes de bières et des bouteilles brisées miroitent dans l'herbe.
    Une femme blonde arrive, suivie par une petite femme frisée qui montre ses dents en riant.
    Au coin de la rue, on voit encore la moitié branlante d'un apparteement tapissé de papier à grosses fleurs bleues, tout mangé de taches brunes avec un placard démoli et la carcasse d'un lit tordue.
    Au-dessus, trois mouettes tournent en gémissant. Leurs ailes blanches saisissent le soleil.
    Des lambeaux de conversation me parviennent de tous les coins de la terrasse. Une voiture klaxonne tout près. Le trafic. L'odeur des gaz d'échappement. Le bruit qui sonne comme de la musique aux oreilles.
    Je bois mon café sans parler, tellement accoutumée au ronronnement des moteurs, qu'ils se confondent avec ma pensée.

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  • Lune verte

     

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    Le long de la rue, des néons multicolores. une cafétéria pleine de japonais en costumes sombres. une fille qui sort. mèches décolorées. bottes montantes à talons hauts par-dessus le jean clouté. seins qui donnent l'impression de vouloir se faire la malle.
    Elle ne marche pas très droit. trop bu. trop fumé. trop bu. trop fumé. Elle en rit toute seule. "Happy to be sad" comme le chante Billie Holliday, de sa voix de velours qui se déchire.
    Arrivée au parking, elle grimpe dans sa bagnole et démarre. Le boulevard s'offre à elle, avec son flot continu de voitures. Elle s'y insère en se disant : pourvu que personne ne traverse devant moi. Je crois que je suis trop crevée pour seulement appuyer sur le frein.
    Puis, elle baisse la vitre gauche, la seule qui fonctionne, et met la radio. L'air chargé de fines particules de poussières, danse dans la lumière, en formant d'étranges motifs. Au loin, un homme fouille dans une poubelle. Tout près, un immeuble pareil à une boîte d'allumettes, semble le contempler d'un oeil morne. Tous les immeubles alentour paraissent identiques.
    Elle allume une cigarette et s'engage sur la voie rapide. A cette heure avancée de la nuit, son cerveau est une jungle de neurones interconnectés. Autour d'elle, toutes les voies sont encombrées par la circulation. Elle lance un coup d'oeil sur les conducteurs. Ils paraissent tous pris dans un piège.
    Elle se dit que ce dont elle a besoin, c'est d'une bière bien glacée, avec des perles de buée bien fraîches qui dégoulinent sur la surface du verre.
    L'aiguille de la jauge est au rouge. Trop fatiguée pour s'arrêter prendre de l'essence, elle continue.

     

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  • Libre service

     

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    Je lance mon sac sur le sol et je descends doucement les marches jusqu'à l'endroit où mon sac a atterri. Même si je sens la chaleur du soleil sur ma peau, la fraîcheur de l'air me rappelle que l'automne vient juste de commencer. Dans la rue, qui ressemble à une scène de théâtre, quelques flâneurs se déplacent avec un rythme de tortues. D'autres, les manches retroussées jusqu'aux épaules, prennent position sous les porches. Dans un des magasins, où je me rends pour acheter du café, le comptoir de caisse, ressemble à une table de cuisine. Derrière, il y a trois ou quatre étagères de boîtes de conserves, des grandes armoires réfrigérées qui contiennent des produits laitiers, des aliments surgelés, de la bière, du coca, des trucs de première nécessité. Les oeufs sont rangés dans des boîtes à oeufs, empilées sur le comptoir. Le patron est avec deux femmes qui paraissent plus âgées que lui, et avec deux hommes également plus âgés. Ils boivent de la bière et mangent des pizzas. Au moment où ils parlent, leurs bras semblent aussi légers que de la plume, et pleins de lumière dans l'air, comme s'ils pouvaient s'envoler avec grâce. Je leur fais un grand sourire, et dans une fraction de seconde, je traverse le parking d'un pas allègre. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des rues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. Plus bas, sur le quai de la station de métro, une voix électrique sort du haut-parleur au-dessus de moi. Un homme se cache derrière un journal. Pas grand chose d'autre. C'est tout ce qu'il y a.

     

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    Tous les mardis de 13 à 14 heures

    88.4 sur Radio Galère à Marseille

     

  • Le dépotoir des rêves

     

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    Heure de pointe habituelle. Lumière du jour déclinant. Nous sommes pris dans un énorme embouteillage. Des milliers de voitures viennent se précipiter dans le coeur de la ville. Le front de mer que nous suivons s'étend sur notre gauche. Nous regardons la mer. Les pare-brise réfléchissent les lueurs incertaines du soleil. Une adolescente en jean se tient sur le passage cloûté. Le garçon qui l'accompagne a passé un bras autour de sa taille. Il lui caresse le sein droit de sa main. Notre regard s'arrête sur le creux dessiné par le jean entre les fesses. L'impeccable géométrie de cette partie du corps se détache pour s'unir au mouvement des véhicules sur la chaussée. La voiture qui nous précède avance de quelques mètres. Les pédales répondent à la pression des semelles. Les avions qui prennent leur envol passent au-dessus de nos têtes. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de béton et de structures d'acier, la voix de David Bowie chante Jean Genie.

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