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du graffiti au texte

  • Rose givrée

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    Elle doit avoir une quarantaine d'années. Elle est mince, avec de grands yeux noirs et un regard intense. Une crinière de cheveux châtains tombe en broussaille sur ses épaules. Elle porte une tunique blanche avec des dentelles et des volants. Un collier de perles exotiques orne son cou.
    L'intérieur de sa maison, qui a été meublé et décoré au début des années 70, semble être resté figé depuis cette époque. Des objets indiens et africains jonchent les pièces, les murs sont tâpissés de tentures indiennes et parsemés de clochettes de cuivre suspendues à des cordelettes. Une lourde odeur de santal et de musc imprègne cet appartement.
    Là, elle fait la sieste.
    Soudain, la sonnerie du téléphone la contrarie un peu. Les gens ne devraient pas téléphoner pendant ses heures de tranquillité. Mais, elle répond. Elle n'a jamais réussi à laisser son téléphone sonner.
    "Allo ?"
    A l'autre bout du fil, c'est une voix d'homme. Tout à fait normale, aussi dénuée d'accent qu'une voix peut l'être, un peu monotone, mais impossible de dire si elle est jeune ou mûre. Une voix terne, dénuée de toute note régionale ou de particularité de prononciation.
    "C'est quoi votre problème ?"
    Elle lui dit carrément d'aller se faire foutre et elle raccroche.
    Dans l'immédiat, elle allume la radio. C'est brouillé et ça saute sans arrêt.
    Dehors, il y a un ciel incroyable et tout à l'air d'être peint en rose.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • Tu dis que t'as besoin d'amour ?

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    Assis sur la marche, il regarde les voitures disparaître au coin de la rue. Il ne lève pas les yeux au ciel, mais il est conscient des étoiles. Elles lui font l'effet de trous dans son crâne, par lesquels une sorte de lumière lointaine et immobile le surveille. C'est comme s'il était seul en présence d'un oeil immense et silencieux, cerné par un flot incessant d'éclairs lumineux. Il se lève. De l'autre côté de la rue, les maisons forment un mur sombre, dentelé. Il met un pied devant l'autre. Quelques centaines de mètres plus loin, il se précipite à l'intérieur d'un café ouvert et s'installe à une table. Pendant un court moment, il boit sa bière. Ce soir, aucun bluesman ne pourrait jouer ce qu'il ressent. C'est impossible. Il a atteint le point de non-retour, même la bière ne passe plus, plus rien ne lui fait d'effet, ni le hash, ni l'herbe, ni l'amour, ni les bruits, ni l'espoir que ça puisse repartir. Dans un ultime effort, il contemple son téléphone, réfléchissant à qui il pourrait faire appel pour venir lui chuchoter des paroles d'adieu. Il passe en revue, l'un après l'autre, ses amis, tout en se répétant qu'il est trop tard pour les déranger et qu'ils ne le prendraient pas au sérieux. "Tu dis que t'as besoin d'amour ?" Il jette un oeil sur les passants qui foncent vers le bus de nuit. Quelle importance de savoir ou de ne pas savoir. Après tout, il a joué parfaitement son rôle.