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déchets

  • Kitsch projet

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    Dans le hall de la gare, il regarde autour de lui et aperçoit un panneau indiquant l'entrée du métro. Il descend un escalator, achète un ticket au guichet, et marche jusqu'au quai. Là, il prend la ligne 1 et sort à la station dont le nom lui dit quelque chose. Sur la place animée et bruyante, se trouvent des bistrots très fréquentés.
    Une fois dehors, il s'installe à une table en terrasse et commande un café. Des touristes mangent des kebabs. Une femme lit à voix haute un article de journal à l'intention d'une autre femme qui se met à rire d'un rire horrifié. Des volutes de fumée de cigarettes bloquées par son rire, se coincent dans sa gorge. Elle tousse. Rire la fait tousser. Sa toux explose si forte et si brusque qu'elle effraie un chien qui se met à aboyer. Puis, la femme paraît épuisée. Elle a le souffle court, comme si elle respirait à travers plusieurs couches de tissu.
    Lui, il songe à la soirée qu'il vient de passer. Personne ne le croira quand il racontera sa promenade en compagnie d'une fille qui lui avait montré les endroits où gisaient des vieux canapés, des carcasses de frigos, des jouets d'enfants abandonnés, des vieilles bicyclettes, des machines à laver, des cuvettes de cabinets, des ressorts de matelas, des télévisions, des casseroles, des faitouts, des cuisinières, des matelas... Ils s'étaient enfoncés dans une tranchée étroite, entre des murailles d'ordures hautes de six mètres. Il avait eu l'impression que cette décharge était une sorte d'enclave au coeur d'un pays désolé. La tranchée continuait sur une centaine de mètres , puis elle s'élargissait pour former une petite vallée de vieux pneus de voitures.  Certaines piles de pneus faisaient bien quatre mètres et menaçaient de les écraser au moindre contact. L'air sentait le caoutchouc.
    Il se mit à penser à des visites organisées pour les touristes. Une idée à creuser, une idée porteuse de valeurs traditionnelles qui soulèverait des questions sociales. C'est kitsch comme projet se dit-il.
    La pluie s'était mise à tomber, la première pluie d'octobre, elle éclaboussait en fines goutelettes le nez, les sourcils, les lèvres. Elle dégoulinait de partout. Alors, ils s'étaient dirigés vers le parking.
    Plus tard, à l'abri dans la voiture, ils avaient chacun allumé une cigarette et l'avaient fumée en silence, tout en contemplant la pluie tomber. Puis, ils s'étaient engagés sur la voie rapide pour rejoindre le centre de la ville. La pluie avait maintenant fait place à des nappes de bruines.

     

    http://revuesqueeze.blogspot.com/
    SOIREE SQUEEZE STUPEFIANTE LE 8 OCTOBRE / TOUT UN PROGRAMME
  • Décharges d'ultimes

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    Un ciel sans nuage, aussi figé que l'air dans une chambre froide, coiffe les murs de béton et l'étendue silencieuse des parkings. Malgré l'heure matinale, une vingtaine d'habitants se tiennent déjà sur leurs balcons, attachés-case et sacs à main brandis comme des pièces d'armure. Ils regardent dans la même direction l'avalanche graisseuse de détritus entassés au pied de leur immeuble. A première vue, tout semble normal, mais à l'approche des premiers rangs du parking, l'illusion de normalité commence à se dissiper. Les véhicules sont couverts de détritus. Les carrosseries, rayées et tachées. Les pare-brise pulvérisés. Bouteilles vides, boîtes de conserve, débris de verre jonchent les allées. Leur entassement laisse supposer qu'il y a eu un bombardement depuis les balcons. Sur le mur qui fait face à l'immeuble, quelqu'un a griffonné un message, premier d'une série de slogans qui vont couvrir bientôt chaque surface libre du bâtiment. Il y a trop d'hostilité ici. Il y en a toujours eu. Mais depuis que le vide-ordures est de nouveau bouché, elle ressort. Les gens s'en prennent à n'importe quoi. Tout ça parce qu'un ballot de rideaux en brocart obstrue le conduit et retient une colonne de détritus. Certainement à cause de la quinquagénaire du salon de coiffure qui passe son temps à redécorer son appartement du troisième étage et qui fourre de vieilles carpettes, voire du petit mobilier dans le vide-ordures. Sans oublier celle d'en bas qui dépose ses ordures par petits sacs devant sa porte et secrète dans le conduit un flot continu de saletés mucilagineuses. Toutes les cinq minutes, son climatiseur s'arrête et un air fétide stagne dans toute les pièces. Le climat mental qui règne dans cet immeuble a fait l'objet d'enquêtes dont les conclusions sont accablantes. L'absence d'humour en constitue le trait le plus significatif. Tous les témoignages s'accordent sur ce point : les habitants de l'immeuble ne plaisantent pas à leur sujet. Ce qui est irritant, c'est de voir comment cet agglomérat apparemment homogène de gens aux revenus élevés, a pu se scinder en camps hostiles. Les vieilles divisions sociales fondées sur la puissance, le capital et l'égoïsme ont resurgi, ici comme ailleurs.