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circulation

  • Treize heures quinze

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    La jeune femme à côté de moi, dans le bus, n'arrête pas de sourire , en regardant bien sagement droit devant elle. A sa hauteur, de l'autre côté du couloir central, il y a un garçon blond avec les cheveux en brosse très courte. Derrière, une grande femme d'âge mûr porte un blouson des surplus de l'armée. Après avoir parcouru le journal local, elle le replie et regarde sa montre. Treize heures quinze. Debout, un individu de haute taille, barbu, avec un appareil photo qui se balance à son cou, flotte dans une salopette et un T-shirt trop larges. Sur une banquette, à l'avant du bus, un homme porte une moustache très fine, taillée avec soin. On dirait qu'il vient de se faire raser chez un barbier. Dehors, le vent souffle avec force et sans relâche. Les gens dans les rues filent le long des trottoirs dans leurs vêtements lourds et sombres.

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    Revue Squeeze N°4
    "Nietzsche dans le souterrain"

  • Ourika

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    Un mur élevé derrière lequel se trouve une espèce de friche industrielle avec de la rouille, de la ferraille, des réservoirs, de hautes cheminées qui ne crachent ni fumées ni rien. Tout est en lambeaux, délabré, désespéré, en ruines. On dirait que le vent a arraché tout ça quelque part pour le déposer ici.
    Contre une brèche dans le mur, rafistolée à l'aide d'un simple grillage, il y a des télés appuyées, à même le sol, en plein air, à la merci de la pluie et des oiseaux qui chient dessus. Du linge pend aux fenêtres. Des caleçons, des chemises et des chaussettes flottent au vent. Il n'y a pas de balcons, mais des fils, des cordes, des supports en fil de fer, sur lesquels des vêtements sont suspendus.
    Calé sur un siège qui perd sa mousse, Ourika offre son visage au soleil. A travers ses paupières mi-closes, il voit le flot des voitures qui roulent sur la voie rapide et se collent à l'asphalte comme une langue raide. On dirait un ébouli de capsules métalliques qui brillent et scintillent comme le flux et le reflux de la marée.
    Pendant un court instant, Ourika se palpe la boîte crânienne, il se pince le bras, louche en direction du ciel, et il se dit qu'il est ici chez lui, qu'il est à sa place et qu'il y reste. Le tranchant, c'est ce qu'il espère acquérir, c'est ce qu'il attend de cette ville : qu'elle l'aiguise et le polisse à son gré, pour la vie ou pour la mort, peu lui importe, qu'elle l'égalise comme un galet. Alors, il posera sur sa langue le galet qu'il sera devenu et il se mettra à parler. A s'arracher à ce silence léger comme pierre.

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  • L'auto rouge

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    Plusieurs voitures passent dans la rue. Des gens à pied défilent sur les trottoirs, l'air pressé. Le vent leur soulève les cheveux.
    Un peu plus tard, la pluie s'abat en courtes rafales, d'énormes gouttes crachantes et ondoyantes giflent le bitume avec un bruit soyeux. La rue est noire, luisante. Les caniveaux débordent.
    C'est la fin du mois de mars. Les arbres sont verts. Les voitures soulèvent des gerbes d'éclaboussures. Elles se dirigent vers la sortie de la ville, mais se retrouvent bloquées à chaque feu rouge.
    Un chien mouillé pisse contre le poteau de l'arrêt de bus. Un autre chien s'approche du poteau, le renifle, et se met à pisser dessus à son tour.
    On entend les cris grinçants des mouettes. Ensuite, la pluie arrive en diagonale. Le vent donne des bourrades dans les cheveux et sur les yeux. Il résonne dans le ciel et resserre le plissé des nuages qui semblent devoir prendre appui partout.
    L'auto rouge approche et presse la terre de ses pneus puissants.
    Ainsi donc.

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  • Message is the bottle

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    Les voies rapides se chevauchent dans un coït géant aux membres emmêlés et les phares des files de voitures illuminent le soir comme des lanternes pendues à l'horizon. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de biens de consommation et de signes extérieurs de richesse, toutes les voies sont obstruées de véhicules pris dans un énorme embouteillage. Les stops brillent dans l'air du soir comme des feux dans une immense plaine de corps cellulosiques. La haute muraille d'un autobus donne l'impression d'une falaise de visages. Les passagers qui regardent, évoquent des alignements de morts. Une voiture de police, phare tournant fouettant l'air d'une lueur bleue, se fraye un chemin sur la rampe descendante. Partout, autour de moi, les perspectives changent. Des mouches grouillent contre le double vitrage. Elles jettent un voile bleuté devant mon regard. J'ai le sentiment que tous les véhicules sont immobiles et que la terre tourne follement sous leurs roues. Lorsque je lève les yeux vers le ciel assombri par la nuit, il me semble que le sperme d'un extra-terrestre inonde tout le paysage ; qu'il alimente en énergie ces milliers de machines qui défilent sur la voie express. Les êtres humains qui peuplent ce paysage n'en fournissent plus les points de référence. Ils ne détiennent plus les clés de leur identité. La pornographie étant devenue la forme la plus intéressante politiquement [montrant comment les hommes se manipulent et s'exploitent les uns les autres de la manière la plus impitoyable] les êtres humains qui peuplent ce paysage poursuivent un rêve de violence et de sexualité, tuant chaque année des milliers de personnes et en blessant des millions. L'excés de bien-être fait qu'ils ne sont plus et que le proche doit rester lointain, comme si, se mêler à son semblable provoquait la confusion.