11/04/2012
Treize heures quinze
La jeune femme à côté de moi, dans le bus, n'arrête pas de sourire , en regardant bien sagement droit devant elle. A sa hauteur, de l'autre côté du couloir central, il y a un garçon blond avec les cheveux en brosse très courte. Derrière, une grande femme d'âge mûr porte un blouson des surplus de l'armée. Après avoir parcouru le journal local, elle le replie et regarde sa montre. Treize heures quinze. Debout, un individu de haute taille, barbu, avec un appareil photo qui se balance à son cou, flotte dans une salopette et un T-shirt trop larges. Sur une banquette, à l'avant du bus, un homme porte une moustache très fine, taillée avec soin. On dirait qu'il vient de se faire raser chez un barbier. Dehors, le vent souffle avec force et sans relâche. Les gens dans les rues filent le long des trottoirs dans leurs vêtements lourds et sombres.
Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"
08:00 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photo de graffiti, photograffeuse, aykü, rue de la république, photo de marseille, écriture urbaine, écriture sur les murs, écrire la ville, lire la ville, dire la ville, circulation
21/05/2011
Ourika
Un mur élevé derrière lequel se trouve une espèce de friche industrielle avec de la rouille, de la ferraille, des réservoirs, de hautes cheminées qui ne crachent ni fumées ni rien. Tout est en lambeaux, délabré, désespéré, en ruines. On dirait que le vent a arraché tout ça quelque part pour le déposer ici.
Contre une brèche dans le mur, rafistolée à l'aide d'un simple grillage, il y a des télés appuyées, à même le sol, en plein air, à la merci de la pluie et des oiseaux qui chient dessus. Du linge pend aux fenêtres. Des caleçons, des chemises et des chaussettes flottent au vent. Il n'y a pas de balcons, mais des fils, des cordes, des supports en fil de fer, sur lesquels des vêtements sont suspendus.
Calé sur un siège qui perd sa mousse, Ourika offre son visage au soleil. A travers ses paupières mi-closes, il voit le flot des voitures qui roulent sur la voie rapide et se collent à l'asphalte comme une langue raide. On dirait un ébouli de capsules métalliques qui brillent et scintillent comme le flux et le reflux de la marée.
Pendant un court instant, Ourika se palpe la boîte crânienne, il se pince le bras, louche en direction du ciel, et il se dit qu'il est ici chez lui, qu'il est à sa place et qu'il y reste. Le tranchant, c'est ce qu'il espère acquérir, c'est ce qu'il attend de cette ville : qu'elle l'aiguise et le polisse à son gré, pour la vie ou pour la mort, peu lui importe, qu'elle l'égalise comme un galet. Alors, il posera sur sa langue le galet qu'il sera devenu et il se mettra à parler. A s'arracher à ce silence léger comme pierre.
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20:16 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : c215, peinture murale, pochoir mural, pochoiriste, street art, écrire la ville de marseille, écriture contemporaine, écriture urbaine, photo de pochoir, photograffeuse, photos de murs, camille claudel, friche industrielle, circulation
27/03/2011
L'auto rouge
Plusieurs voitures passent dans la rue. Des gens à pied défilent sur les trottoirs, l'air pressé. Le vent leur soulève les cheveux.
Un peu plus tard, la pluie s'abat en courtes rafales, d'énormes gouttes crachantes et ondoyantes giflent le bitume avec un bruit soyeux. La rue est noire, luisante. Les caniveaux débordent.
C'est la fin du mois de mars. Les arbres sont verts. Les voitures soulèvent des gerbes d'éclaboussures. Elles se dirigent vers la sortie de la ville, mais se retrouvent bloquées à chaque feu rouge.
Un chien mouillé pisse contre le poteau de l'arrêt de bus. Un autre chien s'approche du poteau, le renifle, et se met à pisser dessus à son tour.
On entend les cris grinçants des mouettes. Ensuite, la pluie arrive en diagonale. Le vent donne des bourrades dans les cheveux et sur les yeux. Il résonne dans le ciel et resserre le plissé des nuages qui semblent devoir prendre appui partout.
L'auto rouge approche et presse la terre de ses pneus puissants.
Ainsi donc.
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18:06 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : graffiti, street art, aykü, rue fongate, rue de marseille, poétique du graffiti, poétique urbaine, printemps pluvieux, auto rouge, circulation, chien mouillé, chronique urbaine, écrire la ville de marseille, fragments textuels, gouttes de pluie, libre expression, mauvais temps, underground
24/12/2009
Message is the bottle
23:55 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la joliette, quartier de la madrague ville, marseille, voies rapides, embouteillages, circulation, urbanisme, sociologie urbaine, intervention urbaine, graffiti, tag, photo, écriture contemporaine


