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chave

  • Laissez-moi vivre

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    Le ciel devient gris. La rue grouille de vie furtive. Un homme marche silencieusement. Il se coule dans la foule et traverse les rues. Il est coiffé d'un vieux feutre. Ses yeux sont d'un brun sombre. Ses pupilles sont vaguement teintées de brun. Il a de fortes pommettes. Des rides profondes sillonnent ses joues. Elles s'incurvent autour de sa bouche. Sa lèvre supérieure est longue. Comme ses dents avancent, les lèvres se tendent pour les couvrir. L'homme tient ses lèvres fermées. Ses mains sont dures. Ses doigts larges, avec des ongles épais et striés comme de petits coquillages. L'espace compris entre le pouce, l'index et la paume de ses mains est couvert de callosités épaisses. L'homme porte des vêtements bon marché. Son veston est trop large. Son pantalon trop court. Il porte une paire de souliers jaune clair. Debout au soleil, il tire un paquet de tabac et du papier à cigarette d'une de ses poches. Il roule lentement sa cigarette, l'examine, la lisse... Finalement, il l'allume et regarde la rue en clignant des paupières à travers la fumée. Je ne vois qu'une petite lueur entre ses cils. Ses yeux sont tournés vers l'intérieur, paisiblement... [Aucun réfugié n'échappe à sa traque]... Je le regarde. Je me demande quel effet ça lui fait de ne pas connaître la terre qu'il a devant sa porte ?... Je regarde sur une carte. La maison est morte. Les gens sont morts. Il y a de grandes montagnes. Faut passer tout droit à travers... Combien de temps faut-il pour venir de si loin ?... Depuis que le temps, c'est de l'argent, plus personne ne lui demande de suspendre son vol...

  • L'odeur du goudron

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    L'herbe a l'air plus verte, les bancs du jardin public ont meilleure allure et les fleurs se donnent plus de mal pour briller. Marseille se dévoile comme un chantier permanent. Des parties de quartier sont rasées, de nouveaux immeubles se dressent vers le ciel, d'autres encore en construction sont entourés d'échaffaudages. Dans certaines ruelles où les maisons sont plus anciennes [certaines sont murées] des vêtements sèchent aux fenêtres. Plus loin, loin du centre, les touristes descendent des bateaux de croisière. Ils prennent le bus et vont faire leurs achats au Port, dans le ghetto qui leur est réservé. Ils sont tous à la queue leu leu. Ils s'agitent, gesticulent, parlent, crient. Ils sont tous pressés, question de savoir ce qu'ils trouveront au bout de l'aventure. Pourtant, le soleil brille dans le ciel et la mer est propre. Un homme fume une cigarette pendant qu'il boit. Il se parle à lui-même. Il rumine des pensées qui s'envolent. Dans sa tête, un flot de pensées. Boucles. Méandres. Tourbillons. Coups de cymbales. Il transpire aux aisselles, à la nuque, au dos. Il se lève hâtivement, puis il s'éloigne. Un bruit approche. Des moteurs. C'est un convoi de l'armée. Une longue file remplie de soldats. Toute une cargaison qui roule lentement. Un convoi très long et très lent. Le monde est en guerre.