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  • Portrait de ville

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    Garder la rue comme poste d'observation du réel, dans son versant le plus sauvage, abandonnée à une économie de survie, celle des mendiants, des trafics, de la prostitution, occupant certains quartiers spécifiques, au sein d'un environnement syncopé et discordant.
    L'impression d'ensemble qui prédomine est celle d'un condensé d'images et de sons se succédant à un rythme soutenu, sans véritable structure linéaire ou homogène.
    On pourrait dire que ce sont des portraits de ville, une mise en relation du corps au décor, la représentation brute, publique et la mémoire des choses, les indices fugaces de la modernité qui disparaissent aussitôt.

    http://www.lecafardheretique.fr/
    Quelques textes dans la revue N°4

  • Kitsch projet

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    Dans le hall de la gare, il regarde autour de lui et aperçoit un panneau indiquant l'entrée du métro. Il descend un escalator, achète un ticket au guichet, et marche jusqu'au quai. Là, il prend la ligne 1 et sort à la station dont le nom lui dit quelque chose. Sur la place animée et bruyante, se trouvent des bistrots très fréquentés.
    Une fois dehors, il s'installe à une table en terrasse et commande un café. Des touristes mangent des kebabs. Une femme lit à voix haute un article de journal à l'intention d'une autre femme qui se met à rire d'un rire horrifié. Des volutes de fumée de cigarettes bloquées par son rire, se coincent dans sa gorge. Elle tousse. Rire la fait tousser. Sa toux explose si forte et si brusque qu'elle effraie un chien qui se met à aboyer. Puis, la femme paraît épuisée. Elle a le souffle court, comme si elle respirait à travers plusieurs couches de tissu.
    Lui, il songe à la soirée qu'il vient de passer. Personne ne le croira quand il racontera sa promenade en compagnie d'une fille qui lui avait montré les endroits où gisaient des vieux canapés, des carcasses de frigos, des jouets d'enfants abandonnés, des vieilles bicyclettes, des machines à laver, des cuvettes de cabinets, des ressorts de matelas, des télévisions, des casseroles, des faitouts, des cuisinières, des matelas... Ils s'étaient enfoncés dans une tranchée étroite, entre des murailles d'ordures hautes de six mètres. Il avait eu l'impression que cette décharge était une sorte d'enclave au coeur d'un pays désolé. La tranchée continuait sur une centaine de mètres , puis elle s'élargissait pour former une petite vallée de vieux pneus de voitures.  Certaines piles de pneus faisaient bien quatre mètres et menaçaient de les écraser au moindre contact. L'air sentait le caoutchouc.
    Il se mit à penser à des visites organisées pour les touristes. Une idée à creuser, une idée porteuse de valeurs traditionnelles qui soulèverait des questions sociales. C'est kitsch comme projet se dit-il.
    La pluie s'était mise à tomber, la première pluie d'octobre, elle éclaboussait en fines goutelettes le nez, les sourcils, les lèvres. Elle dégoulinait de partout. Alors, ils s'étaient dirigés vers le parking.
    Plus tard, à l'abri dans la voiture, ils avaient chacun allumé une cigarette et l'avaient fumée en silence, tout en contemplant la pluie tomber. Puis, ils s'étaient engagés sur la voie rapide pour rejoindre le centre de la ville. La pluie avait maintenant fait place à des nappes de bruines.

     

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    SOIREE SQUEEZE STUPEFIANTE LE 8 OCTOBRE / TOUT UN PROGRAMME
  • Gare Saint Charles

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    Le hall de la gare bourdonne de monde. La foule. Les odeurs. Des troupes avec des valises s'engouffrent dans des trains et en descendent. D'autres attendent, épuisés par la chaleur. ça bouge dans tous les sens. Vers où ?
    Une famille passe à toute allure. Des femmes voilées. Un clochard sans dent, regarde la scène et se met à rire. Son chien assis sur le cul, se lèche les babines.
    Au bout du quai, un homme reconnaît la personne qui l'attend. Il court à sa rencontre. Lui prend le visage entre ses mains. Les yeux dans les yeux. L'intense amitié.
    Dans les gares, on voit des étreintes que l'on ne voit pas tous les jours ailleurs. Même si une heure après, on se dispute, à ce moment-là, on s'aime beaucoup.
    On devrait toujours vivre comme si on devait partir le lendemain, ou comme si on venait à peine de rentrer. Tout deviendrait plus précieux : ce que l'on quitte et ce que l'on trouve. Ou venir ici, dans une gare, et faire semblant de partir. Fouiller le monde avec l'idée de revenir. Courir la terre. Courir la mer. La tête dans les poèmes oubliés. Ne pas savoir où aller. Se perdre. Combat de chaque instant. Partir sur les routes. Aller à la rencontre de la différence. Aller plus loin. Demain. Demain peut-être.

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  • Poussière et macadam

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    Sur une marche, une femme en robe imprimée tend un paquet de bonbons à une petite fille. Elle a les ongles vernis, parfaitement manucurés. Dans les cafés, des hommes assis en terrasse. Des assemblées d'hommes. Sur un mur, une trace, au milieu des tags et des graffiti. Préliminaires physiques. Je m'égare dans le labyrinthe de la ville. Je cours après les phrases sur les murs. J'espère que je vais récolter quelque chose. Saisir au vol de la matière pour la soumettre au mouvement de ma course poursuite. Me perdre, tourner en rond, écrire une partition existentielle, une chronique en gestation, dans le grouillement de la foule et l'envolée des rues aux quatre vents. Et soudain, au milieu du trottoir, une femme débraillée, assise seule sur le pas d'une porte. Cheveux gris frisés en désordre, bouche avalée, vêtue d'un manteau de laine noire informe et froissé, elle découpe des petits bouts de papier et les étale à ses pieds. Sans paraître la regarder, la foule fait un  détour discret pour l'éviter. Personne ne sait autre chose que ce qu'elle montre d'elle-même. Personne ne sait d'où elle vient, ni pourquoi. Cette manière dont les rues se croisent et se répandent sur le bitume, cela n'existe que dans les grandes villes.

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  • Ourika

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    Un mur élevé derrière lequel se trouve une espèce de friche industrielle avec de la rouille, de la ferraille, des réservoirs, de hautes cheminées qui ne crachent ni fumées ni rien. Tout est en lambeaux, délabré, désespéré, en ruines. On dirait que le vent a arraché tout ça quelque part pour le déposer ici.
    Contre une brèche dans le mur, rafistolée à l'aide d'un simple grillage, il y a des télés appuyées, à même le sol, en plein air, à la merci de la pluie et des oiseaux qui chient dessus. Du linge pend aux fenêtres. Des caleçons, des chemises et des chaussettes flottent au vent. Il n'y a pas de balcons, mais des fils, des cordes, des supports en fil de fer, sur lesquels des vêtements sont suspendus.
    Calé sur un siège qui perd sa mousse, Ourika offre son visage au soleil. A travers ses paupières mi-closes, il voit le flot des voitures qui roulent sur la voie rapide et se collent à l'asphalte comme une langue raide. On dirait un ébouli de capsules métalliques qui brillent et scintillent comme le flux et le reflux de la marée.
    Pendant un court instant, Ourika se palpe la boîte crânienne, il se pince le bras, louche en direction du ciel, et il se dit qu'il est ici chez lui, qu'il est à sa place et qu'il y reste. Le tranchant, c'est ce qu'il espère acquérir, c'est ce qu'il attend de cette ville : qu'elle l'aiguise et le polisse à son gré, pour la vie ou pour la mort, peu lui importe, qu'elle l'égalise comme un galet. Alors, il posera sur sa langue le galet qu'il sera devenu et il se mettra à parler. A s'arracher à ce silence léger comme pierre.

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