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boulot

  • Régime de retraite

     

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    Le stock de carnations déborde. La manif sent la sueur. Le big band des métallos, en tenue de travail et fumigènes rouges, ressemble à des fragments de météores qui se consument dans la lutte. Sur le bitume, ça chauffe l'ambiance, ça bombarde du slogan, ça profite de l'élasticité de l'instant. "Tous ensembles !". "Tous ensembles !". Tous à refaire maintenant, une fois de plus, cet aller simple jusqu'à trouver la joie du mouvement. Cette chose-là, j'en redemande encore, vu que je suis toujours la plus petite bestiole au bas de la chaîne alimentaire. Mon travail se résume à une sorte de truc mécanique et jetable qui m'apporte paix et plaisir, tout en m'essorant le cerveau. Je m'assieds devant l'ordinateur pour partir, toujours au présent, rien d'autre. Je suis vivante. Je respire. Je sens mon coeur cogner. J'avance dans la direction de mes rêves. Je m'efforce de vivre la vie que j'ai imaginée. A douze ans, je voulais être poète et anarchiste. Anarchiste, parce que je vivais dans le sud-ouest, entourée par des familles d'anarchistes espagnols. Ce que j'aimais surtout de l'anarchie, c'étaient les churros trempés dans le chocolat chaud, les tortillas aux patates, la morue séchée servie sur des tranches de pain, et les moments où les hommes et les femmes se mettaient à chanter. En ce temps-là, mes copines s'appelaient Conchita, Maria, Dolorès. Très tôt, avec elles, j'ai appris à parler espagnol.  La poésie, c'est grâce au pied d'Arthur Rimbaud et sa révolution poétique qui a crée une rupture avec l'art bourgeois. En mai 1891, à l'hôpital de la Conception à Marseille, la jambe d'Arthur Rimbaud a été amputée sur une table inconnue. Depuis, le sang de sa jambe coule à jamais dans les rues de la ville et nous invite à une nouvelle course où la poésie appartient au pied. Mais aujourd'hui, avec la poésie, je ne sais toujours pas ce que je vais devenir. Les revues de poésie ne paient pas ou paient très mal. Alors, si l'état des choses pour lequel je suis faite n'est pas encore, quelle est la réalité à lui substituer ? Parfois, il y a tant de choses à faire et tant de gens à voir, qu'il m'arrive de marquer une petite pause. Parfois, pour sauver mon gagne-pain, je cherche un petit boulot. Alors, un poids écrasant me tire et m'épuise. mes pieds veulent prendre la fuite. Ma vie perd sa boussole.

     

    http://www.radiodiction.org/

    Tous les mardis de 13 à 14 heures

    88.4 sur Radio Galère à Marseille