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bleu

  • Un jus de ciel bleu

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    Ciel bleu sur les banlieues, les blocs de gris et les bétons, les ballasts, les tags et les buissons des petits jardins. Ciel bleu dans la mer et sur les autobus climatisés. Ciel bleu sur la place des capucins et sa rue longue où brillent les tranches de pastèques, les fruits sur les étalages, les boîtes de thé et le tabac à chiquer.
    Ciel bleu, klaxons, balayettes et sacs en plastique, odeur de goudron, on se racle la gorge, on crache, "cigarettes, légendes, marlboro", des pas, des voix, des cris, des marteaux, des machines, voix et musique partout, la ville est un chantier et le monde me saute aux yeux, comme les mots venus sur le papier, avec des gestes et des voix me sautent aux yeux.
    Et je suis ce rien, doué de phrases, qui retraduit en évidence son ignorance : écrire vient dire son mot.

    http://www.editionsdelabatjour.com/

    p.76 vous pourrez lire ma microfiction
    Notre Dame des morts violentes

  • Je cours derrière rien

     

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    Bleue la fumée. Bleue la pénombre de la chambre. Bleue la note bleue qui s'étire jusqu'aux limites de l'apnée. Bleu le murmure de la vie intèrieure. Bleue cette veine gonflée à la tempe. Bleues les façades qui défilent. les choses vues. les choses entrevues. les choses qu'on ne veut pas vraiment voir. Bleu le ramassage des sans-abris. Bleus les flics en bleus de travail qui les poussent à coups de matraques dans les fourgons grillagés. rafles furtives. cheveux graisseux de crasse. vieux manteaux. escarpins usés. détresse muette de ceux qui sont tombés. ceux que l'on croise en pressant le pas, avec l'impression de figurer aussi sur une liste, et qu'on sera le suivant. Bleus les amoncellements de déchets. cartons et papiers gras. bouteilles et sacs en plastique. canettes. rats morts rongés par les vers. restes de bouffes. immondices modernes. société en décomposition qui sent le moisi. le croupi. le pourrissant.
    Au détour d'une rue, bleus, ces instants de joie volés à la dureté des temps. Ces instants où la vie se joue au ralenti. où le temps semble en suspens. bref éblouissement. Rien.
    "Nous en reparlerons demain, veux-tu ? Ne brusquons pas les choses".
    Vivre, provisoire.

     

    http://www.radiodiction.org

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    Appeler pour dire un texte
    24h/24 appel non-surtaxé

  • Le regard déambulatoire

     

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    J'aime marcher dans la ville. Les arrêts de bus. Les coins de rue. Les magasins. Les murs. Je peux regarder. Regarder les gens. Leurs corps. Leurs visages. Leurs vêtements. Regarder la façon dont ils marchent, se tiennent debout, ou ce qu'ils font.
    Ils font partie du paysage comme les graffiti, les tags, comme les panneaux de signalisation, les trottoirs, les poubelles, les sirènes, les voitures, la mer, les bateaux, la lune...
    Autour de moi, sur les murs, les signes se multiplient. Ils me font signe de façon fugitive ou durable. Ils finissent par s'imposer comme symboles et signes d'une époque. Le désordre visuel de la contagion persiste. C'est le regard qui prime et qui garde le dessus. Le regard, c'est l'oeil avant tout, dans sa dimension fonctionnelle et organique. C'est sa faculté de viser. Mais ici, ni proie, ni victime, car ce qui est en jeu, c'est le processus et la justesse de la précision : la justesse de l'acte.
    Lorsque je marche, je me situe du côté de l'éphémère, des indices, de l'incertain, de la fragilité. Je me concentre sur la trace et sa matérialité. Je suis comme un appareil de photographie. Et mon corps, tantôt se faisant lui-même inscription dans l'espace public, tantôt jouant de cette distance, ne cesse de construire une poétique urbaine qui est le fruit d'une visée esthétique. La manière dont je regarde le temps présent dans sa réalité immédiate, trace la réalisation d'un parcours qui s'inscrit dans l'enchevêtrement des territoires urbains.
    Les images que je photographie en appellent d'autres, et cette répétition hasardeuse caractérise mon existence, inscrite dans la morphologie urbaine comme la mise en devenir d'un destin.

     

    http://www.radiodiction.org/

    Tous les mardis de 13 à 14 heures 88.4

  • Les ombres équivoques

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    Le vent arrive de la mer, plein d'une odeur de sel et de poisson, tiède et humide. Le vent dévale les rues en hurlant, avec sa cargaison de bouts de papiers, de boîtes de conserves, de bouteilles, de chiffons, et de détritus de toutes sortes. Nuit et jour, les morsures du vent attaquent les murs de la ville : tout passe au crible, tout est labouré, tout est écrasé par la frénésie de son élan. Les chaises se renversent et s'éparpillent : les chiens n'y prêtent guère attention. Mais, quand elle beurre un toast comme si elle raclait un os, ils ont comme des frissons qui se mêlent à des tiraillements. Là, elle boit sa troisième tasse de café, et à en juger par l'expression de son visage, ce matin, elle a l'air d'humeur combattive. "ça va pas la tête ? Qu'est-ce qui vous prend ?". Venu de la mer, un coup de vent secoue les arbustes. Des branches s'entrechoquent, cliquètent comme des griffes. Un homme pisse, debout contre le vent. Il porte ses lunettes de soleil avec verre en plexiglas et montures à carreaux. Il s'est ramené les cheveux dans la figure. Ses épaules se soulèvent et s'abaissent en rythme. Dans son cerveau, un grand trou que l'on pourrait qualifier de néant. Il y a quelque chose devant lui : une poubelle [comme il y en a partout pour préserver l'environnement] Une poubelle renversée dont s'est échappé un tas de détritus. "Oui, oui, maintenant, tire-toi !" dit-elle, écumante de rage. Dans les yeux des chiens, l'horreur est à son comble, à cause de la cruauté de leur propriétaire et de ce monde en général. Sous les secousses du vent, divers arbres tremblent. On les croirait secoués par d'invisibles pinces, comme si leur dernière heure était venue. Un oiseau troublé dans son repos s'envole en criaillant. Des cris étouffés élèvent leurs voix. On ne sait pas exactement d'où ils viennent et où ils vont. Ils sont difficiles à localiser. Ce sont les forces de la nature.

    http://www.facebook.com/l/4e448;www.marseille2013.org/spip.php?article381