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berlin

  • Lune verte

     

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    Le long de la rue, des néons multicolores. une cafétéria pleine de japonais en costumes sombres. une fille qui sort. mèches décolorées. bottes montantes à talons hauts par-dessus le jean clouté. seins qui donnent l'impression de vouloir se faire la malle.
    Elle ne marche pas très droit. trop bu. trop fumé. trop bu. trop fumé. Elle en rit toute seule. "Happy to be sad" comme le chante Billie Holliday, de sa voix de velours qui se déchire.
    Arrivée au parking, elle grimpe dans sa bagnole et démarre. Le boulevard s'offre à elle, avec son flot continu de voitures. Elle s'y insère en se disant : pourvu que personne ne traverse devant moi. Je crois que je suis trop crevée pour seulement appuyer sur le frein.
    Puis, elle baisse la vitre gauche, la seule qui fonctionne, et met la radio. L'air chargé de fines particules de poussières, danse dans la lumière, en formant d'étranges motifs. Au loin, un homme fouille dans une poubelle. Tout près, un immeuble pareil à une boîte d'allumettes, semble le contempler d'un oeil morne. Tous les immeubles alentour paraissent identiques.
    Elle allume une cigarette et s'engage sur la voie rapide. A cette heure avancée de la nuit, son cerveau est une jungle de neurones interconnectés. Autour d'elle, toutes les voies sont encombrées par la circulation. Elle lance un coup d'oeil sur les conducteurs. Ils paraissent tous pris dans un piège.
    Elle se dit que ce dont elle a besoin, c'est d'une bière bien glacée, avec des perles de buée bien fraîches qui dégoulinent sur la surface du verre.
    L'aiguille de la jauge est au rouge. Trop fatiguée pour s'arrêter prendre de l'essence, elle continue.

     

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • Penzlauer Berg

     

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    Schönhauser Allée. C'est là que je descends. La soirée est déjà bien avancée. Dans quelques minutes, je vais déposer mes bagages. Je Marche. Nous sommes trois. Nous marchons. Les trottoirs sont larges, bordés de roses trémières. Il n'y a pas de poubelles dans les rues. Pas de détritus. Les fenêtres des rez-de-chaussée ne sont pas protégées par des barreaux. Certaines sont ouvertes. Je peux apercevoir l'intérieur des appartements. Nous traversons un parc avec de grands arbres. Les fleurs semblent semées à la volée. ça sent bon la terre après la pluie. Quelques personnes assises sur des bancs prennent le frais. C'est calme. Les voitures ne circulent pas. Seuls, les vélos parcourent les rues. La nuit est rassurante. Elsa, notre accompagnatrice, nous dit qu'à Berlin ça craint pas pour les filles. ça craint pour personne. On peut rentrer à n'importe quelle heure de la nuit et dans n'importe quel état, sans aucune crainte. Vue d'ici, Marseille ressemble à un immense corps malade fait de millier de sortes de vies qui s'agglutinent et qui luttent ; qui s'embrassent et se détruisent les uns les autres, sur un fond de vomissures, de merdes de chiens et de relents d'ordures. De là cette mauvaise haleine qui permet à la circulation, à la digestion, aux systèmes excréteurs de continuer à fonctionner, comme au cours d'un coma prolongé. Au fur et à mesure que je marche, je me demande si ce n'est pas tout le pays, avec son interminable défilé de tocards, qui se trouve dans un coma prolongé.

  • Le Centre Français de Berlin

     

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    Lorsque je prends la direction de Liverpool Strasse, la chaleur s'insinue dans  les pieds par l'asphalte de la chaussée. J'ai chaud et la sensation de chaud est encore plus forte parce que j'ai le ventre vide et que je ressens une formidable envie de manger. Je cherche la Tour Eiffel. C'est elle qui va m'indiquer que je suis arrivée au Centre Français. ça y est, je la vois !... Mais que vois-je ?... Me voilà devant "Le Village Français", une série de stands qui représente les régions touristiques de France, avec en prime, pour cocoriser le tout, des tables recouvertes de toiles cirées Bleu-Blanc-Rouge. D'ailleurs, sur l'une d'elles, il y a un accordéon qui semble oublié. Tout y est, Au revoir, Auf wiedersehen, Ricard, le château d'If, Attention je mords, Attention je monte la garde, Baguette, Champignons, Vins fins, Pâtisserie du Musée, Tarte flambée, La bonne Franquette... Au fur et à mesure que je me déplace, j'ai l'impression de perdre le sens des réalités. Un voile se répand autour de moi, comme un brouillard. Puis, ce que je vois commence à se distordre, à s'étirer comme vu à travers un grand angle : Mireille Mathieu ! Sur la scène, regards langoureux et voix chevrotante en prime, le clone, la copie conforme de Mireille Mathieu. Pour bien regarder, il faut savoir ouvrir, mais aussi, fermer les yeux écrivait Aby Warburg. J'ouvre. Je ferme les yeux. Je vois toujours Mireille Mathieu. Je comprends que toute la mertitude des choses de la France se trouve concentrée devant le Centre Français de Berlin. Je m'y rends pour voir la première du spectacle Entre 2 chaises mis en scène par Hélène Lebonnois et Alexandra Zoe de La Ménagerie (plateforme du théâtre francophone à Berlin)

    http://lamenagerie.wordpress.com/


     

     

  • Monbijou Park

     

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    A Berlin, la chaleur me frappe de plein fouet. Il fait tellement chaud que j'ai l'impression que même les rues vont fondre. Moi qui ai l'habitude d'aller le long des trottoirs, tout en regardant à droite et à gauche, je déambule sous un soleil de plomb -exténuée- sans ombre pour me protéger. Quand je découvre Monbijou Park, le soleil frappe si fort que la tête me tourne. Je marche et je regarde. Je jouis de Monbijou Park comme un Grec archaïque verrait en chaque chose une divinité. Plus tard, bien installée sur une chaise longue, je vide des verres de bière, ou je les remplis, tranquillement bercée par les sons électros d'un DJ, en regardant couler le fleuve. Bien sûr, dans cette position, je laisse passer le soleil sans rien lui demander. J'accepte de laisser flotter mon regard et même de suspendre ma capacité de voir, pour imaginer quoi regarder. Toute certitude est dans les rêves écrivait Baudelaire. Bref, J'imagine, c'est-à-dire que je monte des images les unes avec les autres, derrière mes paupières closes. A Berlin, seul le présent fugace existe. D'ailleurs, il vient s'assoir à côté de moi en me disant Me Voici. J'ai vécu un temps où ce qu'on pouvait appeler la justice a été déchiqueté, ce qui veut dire que mon être humain, lui aussi, a été déchiqueté. D'où, de quel lieu et de quel temps, me parle donc ce fantôme ?