17/03/2013

Dimanche au parc

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De la verdure. Pelouse interdite. Pendant quelques minutes, c'est comme si on vivait ailleurs. Assis sur un banc, un homme replie son manteau sur ses genoux pour cacher une érection aussi soudaine qu'inexplicable. Des ballons circulent dans l'air. Une petite fille dessine à la craie une marelle. La balançoire couine. Des gens courent, à croire qu'ils sont poursuivis par un monstre qui peu à peu gagne du terrain. Ils halètent. Ils suffoquent. Ils dépassent les marcheurs. Ils courent en encourageant leurs cerfs-volant à tue-tête. C'est à peine s'ils remarquent les nuages avant qu'il se mette à pleuvoir.
La pluie s'abat en nappes. Tout le monde est trempé d'un coup. Les parapluies s'ouvrent. Leurs pointes argentées fusent et visent les orbites. Au coin de la rue, c'est la rafale du vent qui les emporte. Les parapluies se retournent et se déchirent. Ils finissent à la poubelle. Tout ce fric dépensé chez le coiffeur et voilà le résultat ! On reçoit la pluie en pleine figure comme des aiguilles. Des sacs en plastique vides s'accumulent en montagnes blanches et molles. Des mouettes patrouillent le secteur. ça monte. ça descend. ça tourne par ci et ça s'abat par là, comme une vague qui annonce le vertige et s'envole sans s'en rendre compte. Les mouettes font ce qu'elles veulent, elles qui ont des ailes. La nuit, il leur faut des lunettes noires.

http://www.editionsdelabatjour.com/article-l-ampoule-nume...

La revue l'Ampoule n°7 vient de sortir

11/04/2012

Treize heures quinze

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La jeune femme à côté de moi, dans le bus, n'arrête pas de sourire , en regardant bien sagement droit devant elle. A sa hauteur, de l'autre côté du couloir central, il y a un garçon blond avec les cheveux en brosse très courte. Derrière, une grande femme d'âge mûr porte un blouson des surplus de l'armée. Après avoir parcouru le journal local, elle le replie et regarde sa montre. Treize heures quinze. Debout, un individu de haute taille, barbu, avec un appareil photo qui se balance à son cou, flotte dans une salopette et un T-shirt trop larges. Sur une banquette, à l'avant du bus, un homme porte une moustache très fine, taillée avec soin. On dirait qu'il vient de se faire raser chez un barbier. Dehors, le vent souffle avec force et sans relâche. Les gens dans les rues filent le long des trottoirs dans leurs vêtements lourds et sombres.

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Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

17/11/2011

Rond point

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La mer au loin. le ciel blanc. aucun arbre. lunettes noires. bouches qui tètent des sodas. couples aux visages luisant comme du bois ciré. Elle titube. Pourtant, elle n'a pas bu. Elle garde les yeux grands ouverts. Elle observe les voitures qui démarrent ou freinent aux feux rouges. Elle lève la tête vers le ciel. Elle reste debout. Elle ne se rappelle plus la saison qui l'a poussée à sortir de chez elle. Elle marche sur le trottoir. Elle regarde parfois la vitrine d'une boutique. Elle a chaud. Elle jette son manteau dans une poubelle. Elle revient sur ses pas pour le récupérer. A présent, il sent mauvais. Elle s'arrête pour voir les noms des rues. Elle ne sait pas où aller. Elle préfère continuer à marcher. Elle en a assez de voir les gens marcher tête baissée sur les trottoirs. Elles se demande ce qu'ils peuvent avoir dans la tête tous ces gens dans la rue. Elle ne peut se retenir d'éclater de rire dans la rue, sans aucune raison, pour le seul plaisir de se sentir en vie. Elle s'assoit sur un banc près du bac à sable désert.  Les piétons marchent dans un sens et dans l'autre. Certains s'arrêtent au milieu du trottoir sans qu'on sache pourquoi. Elle essaie de bronzer. Elle ne dit rien. Elle regarde sa montre. Elle regarde les lignes de ses mains. Elle les trouve profondes. Elle regrette de ne pas croire aux signes du destin.

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12/11/2011

Travelling

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Il s'assoit sur le banc auprès d'elle. Elle croise les jambes. Elle lui tourne le dos. Elle feuillette un magazine. Elle hoche la tête. De l'autre côté de la place, une jeune femme, penchée à une fenêtre, bat un tapis. Elle serre les lèvres. Il fixe le sol. Elle referme son magazine. Elle se lève. Il la regarde. Elle le regarde en hochant la tête. Elle se met un foulard sur la tête. Elle part. Il reste assis tout seul. Il a pourtant essayé bien des fois. Il pense à la solitude qu'il éprouve. Il reste là, assis sur le banc, à se demander pourquoi. Il allume une cigarette. Il regarde de nouveau autour de lui. Il sourit. Il se gratte la tête. Il se prend la tête entre les mains. Il hausse les sourcils. Il hoche la tête. Il hausse les épaules. Il rit tout seul sans trop savoir pourquoi. Il serre ses bras autour de lui. Il fait des bruits de baisers. Au bout d'un moment, il se lève. Il rentre dans un petit café. Elle sort. Il la suit du regard. Il s'assoit en soufflant. Elle hoche la tête. Elle détourne le regard. Elle ramasse un caillou. Elle fait passer le caillou d'une main à l'autre. Il se sent heureux rien qu'à la regarder. Elle pousse un profond soupir. Elle allume une cigarette. Elle tire quelques bouffées. Elle s'en va en regardant droit devant elle. Il commande un café avec un verre d'eau.

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23/10/2011

Fragment de vie

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Avec sa petite cape rapée, elle ressemble à une ancienne courtisane huppée qui a vécu comme les cigales et n'a rien gardé pour ses vieux jours. Elle traverse le bar en silence et se faufile entre les tables. Les clients la suivent du regard. Elle s'installe près du chauffage et allume une cigarette. Elle se tait. Elle continue de fumer. Aujourd'hui, elle est un peu souffrante. Elle a des frissons. Tout tourne quelque peu autour d'elle. Elle tire sur sa cigarette. Elle penche un peu la tête. Elle a les joues flétries et les paupières rouges comme à la suite d'une maladie.
La poitrine haletante, les tempes en feu, le ventre comme une boîte à musique dont le ressort est cassé, les oreilles bourdonnantes, elle essaie de réfléchir. Ses idées se poussent, se battent, se bousculent, tombent et se relèvent dans sa tête qui ressemble à un train fou.
Elle sent dans sa chair une chaleur suffocante, une chaleur qui la laisse à peine respirer, une chaleur reliée par mille petits fils invisibles à d'autres chaleurs. Son front lui fait mal. Elle porte une main à son front. Elle est à bout.
Dehors, à mesure que la nuit s'épaissit, la rue prend un air affamé et mystérieux à la fois. Un petit vent qui court comme un loup, siffle entre les immeubles.

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18/07/2011

L'été

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23/06/2011

Super héros

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à lire : "Les mauvaises herbes" mon essai fiction publié
par la revue électronique de littérature SQUEEZE N°3
dans la rubrique "de l'utilité de l'art"

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03/05/2011

Les cheveux ondulés

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Dimanche. fin d'après-midi. Le soleil se fond dans le ciel. Tout est blanc. aveuglant.
Je marche depuis une heure, prenant plaisir à l'effort des muscles de mes jambes, cuisses et bras. Et mes pensées, vagues et confuses d'abord, se ralentissent peu à peu, jusqu'à ne plus être des pensées, mais de simples impressions, pareilles aux images muettes et fugaces d'un rêve.
Dans une ruelle, je croise une femme aux yeux sombres et vifs, aux sourcils droits, aux lèvres maquillées. Elle a, au coin de la bouche, une cicatrice blanche qui évoque un éclat de verre. Ses épais cheveux chatain sont ondulés. Ses mains ne portent aucune bague. Ses ongles sont laqués d'un rouge dur. Elle farfouille dans son sac à la recherche d'un mouchoir et se mouche.
Je la regarde s'éloigner jusqu'à ce qu'elle soit hors de ma vue.
Plus loin, il y a des chats et des bouteilles et des clochards.
Je poursuis mon chemin en me demandant où va la vie quand elle s'arrête.

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30/04/2011

lecture décousue

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Odeur de gaz d'échappement. de hamburgers. de moutarde et de sauces. de bière répandue. rues et trottoirs bruyants. parfum d'une femme frôlée. appuyée contre un homme. riant tous les deux.
Vendredi soir. foules. jeunes. adultes. trébuchants. chancelants. beaucoup d'ivrognes. bières. vin. bruits. cris. motos. ventilateurs des restaurants. graisse. chaleur.
Le soleil se couche. disparaît. crépuscule. un homme sur le trottoir. un pied déchaussé. renvois de bière. flatulence. risque à vomir. mais non. musiques amplifiées. blue-jeans serrés. rires stridents de plaisir.
Une voiture de police tourne au coin de la rue. garçons et filles qui draguent. vendredi soir. action. cinéma unique. film en train de passer. musique. coups de klaxon. odeur de gaz d'échappement.
Fille en pantalon rose. lumières floues des lampadaires. une cigarette. le vent emporte la fumée. du vent. des vagues. des mouettes.
L'odeur particulière d'un vieux bâtiment. le monde. le monde de l'instant présent. tangible. palpable. comique. illusoire lorsqu'il bascule dans l'histoire.

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23/04/2011

l'atelier d'artiste

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Au moment où elle sort de la bouche de métro, elle s'arrête pour allumer une cigarette, avant de se diriger à grands pas vers une rue qui ne porte pas de nom. Sous un porche, un couple de lycéens se pelote. Plus loin, quelques rastas squattent le trottoir. Un petit homme bedonnant, vêtu d'un jogging neuf, la regarde passer.
Elle pénètre dans un immeuble, au fond d'un terrain vague, juste derrière un chantier. La façade se lézarde à plusieurs endroits. C'est le seul bâtiment encore intact dans ce décor dévasté.
Elle grimpe jusqu'au cinquième étage, sous les toits. Une porte unique s'ouvre sur le palier. La pièce est un atelier d'artiste. Des planches et des tasseaux encombrent l'entrée. Une forte odeur de térébenthine flotte dans l'air et des toiles s'y trouvent en grand nombre.
Un vieux canapé occupe le centre, ainsi qu'un bric-à-brac d'outils, de pinceaux et de tubes de couleurs. La pièce est meublée de façon sommaire. Elle n'a pas été balayée depuis longtemps. De gros moutons de poussière jonchent le sol. Il y a aussi un bouquet de coquelicots disposé dans un vase à même le carrelage. Une palissade taguée sépare l'immeuble du chantier.

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15/04/2011

habitudes et certitudes

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Aykü rue Consolat

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13/04/2011

L'amour et le conditionnel présent

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Aykü rue de la République

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27/03/2011

L'auto rouge

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Plusieurs voitures passent dans la rue. Des gens à pied défilent sur les trottoirs, l'air pressé. Le vent leur soulève les cheveux.
Un peu plus tard, la pluie s'abat en courtes rafales, d'énormes gouttes crachantes et ondoyantes giflent le bitume avec un bruit soyeux. La rue est noire, luisante. Les caniveaux débordent.
C'est la fin du mois de mars. Les arbres sont verts. Les voitures soulèvent des gerbes d'éclaboussures. Elles se dirigent vers la sortie de la ville, mais se retrouvent bloquées à chaque feu rouge.
Un chien mouillé pisse contre le poteau de l'arrêt de bus. Un autre chien s'approche du poteau, le renifle, et se met à pisser dessus à son tour.
On entend les cris grinçants des mouettes. Ensuite, la pluie arrive en diagonale. Le vent donne des bourrades dans les cheveux et sur les yeux. Il résonne dans le ciel et resserre le plissé des nuages qui semblent devoir prendre appui partout.
L'auto rouge approche et presse la terre de ses pneus puissants.
Ainsi donc.

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07/03/2011

Presque chaque jour

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Tout plie, se déplie, re replie. Les vagues se jettent en avant de toutes leurs forces. Le vent est si dur qu'il impose à l'eau sa forme et que les vagues ne sont plus que son moulage. Le ciel, comme chaque jour, se dégage lentement de la brume, ce qui signifie qu'il ne va pas pleuvoir. Il y a cette couleur bleue. Ce bleu qui est celui de la mer.
Le soleil des derniers jours de février est déjà chaud. C'est curieux, ce temps qu'il fait tout à coup. Cette tiédeur, tout à coup. On dirait que le bruit de la mer la recouvre de la douceur d'une houle profonde. Il fait beau. du soleil. un vent clair. Le ciel est bleu foncé maintenant. Et tout d'un coup, l'immensité des choses dans le fracas des vagues. L'immensité et la force sans fin. Les vagues qui luttent contre le vent. Elles avancent et avec violence, elles s'échouent sur le sable, contre la berge où tout se brise avec un bruit flasque de linge essoré. Les cris de la mer. Ce déferlement. Presque chaque jour. Il pourrait faire peur.
En renversant la tête, on peut voir des mouettes voler. Grandes mouettes qui volent. Certaines avec une tête noire. Mouettes rieuses qui volent de nouveau. Comme suspendues. Immobiles et sans poids. Hors du temps.
Au loin, une femme descend péniblement l'escalier en s'aidant de ses cannes. Elle progresse d'une marche à l'autre, avec ce lent et patient acharnement que l'on peut observer chez certains insectes, ou animaux à carapaces, posant chaque fois avec précaution ses pieds aux chevilles enflées, enfermées dans des bas de laine grise, en accordéon.
Contrastant avec la masse informe de son corps, sa voix est presque fluette, simplement un peu lasse, ne laissant percer ni agacement, ni tristesse.

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22/01/2011

La Plaine

 

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13/11/2010

Je cours derrière rien

 

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Bleue la fumée. Bleue la pénombre de la chambre. Bleue la note bleue qui s'étire jusqu'aux limites de l'apnée. Bleu le murmure de la vie intèrieure. Bleue cette veine gonflée à la tempe. Bleues les façades qui défilent. les choses vues. les choses entrevues. les choses qu'on ne veut pas vraiment voir. Bleu le ramassage des sans-abris. Bleus les flics en bleus de travail qui les poussent à coups de matraques dans les fourgons grillagés. rafles furtives. cheveux graisseux de crasse. vieux manteaux. escarpins usés. détresse muette de ceux qui sont tombés. ceux que l'on croise en pressant le pas, avec l'impression de figurer aussi sur une liste, et qu'on sera le suivant. Bleus les amoncellements de déchets. cartons et papiers gras. bouteilles et sacs en plastique. canettes. rats morts rongés par les vers. restes de bouffes. immondices modernes. société en décomposition qui sent le moisi. le croupi. le pourrissant.
Au détour d'une rue, bleus, ces instants de joie volés à la dureté des temps. Ces instants où la vie se joue au ralenti. où le temps semble en suspens. bref éblouissement. Rien.
"Nous en reparlerons demain, veux-tu ? Ne brusquons pas les choses".
Vivre, provisoire.

 

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16/10/2010

Demain je pars

 

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Le corps. ses froissements. sa chair de poule. comme sur la mer. en toute délicatesse. la tête. le sexe. dans l'évidence qui se joue. au clair-obscur du fait brut d'exister. on respire en mesure. dans une espèce d'aire qui donne aux gestes. aux paroles. cette courbe de provocation jusqu'à la gueule de bois. Qui ? Quoi ? Tu ? Toi ? Moi ? un point d'interrogation cherche sa place sous le déluge de pluie. Il y a du vent. Dans la rue, devant le snack, les voitures passent en flux continu. Il pleut, bien entendu. A l'arrêt de bus. manteau rouge. bottes noires à talons. une femme vient de perdre son sac. plus d'argent. même plus de quoi téléphoner. Elle dit qu'on dirait que le bus ne passera jamais. qu'il aurait dû passer il y a dix minutes. et le bus n'a pas l'air d'arriver. C'est une véritable folie que de vouloir sortir dans les rues. Des montagnes russes de poubelles jonchent les trottoirs. elles explosent en décomposition de taches grises et brunes. La nuit, une horde de rats se gave de cette poisse famélique jusqu'à ce que mort s'ensuive. Au loin, sur la mer, les bateaux sont rassemblés comme des papillons qui butinent. trente. quarante bateaux. presque les uns contre les autres. ouverts à tous les vents. dans le chaos et la multiplicité des choses.

 

Tous les mardis de 13 à 14 heures 88.4 Radiodiction

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11/10/2010

La rue

 

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J'aime la rue parce qu'elle traverse tous les hommes et qu'aucun homme ne la connaît totalement. La voix de la rue, elle est physique. Elle est vécue. Elle est une manière de vivre entre trente-six chaises et des milliers d'hommes. Alors, à force, l'amour commence.

 

RADIODICTION

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20/09/2010

Little Saïgon

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Quelque part, dans une cour, un piano se met à jouer doucement. Enfoncées dans l'herbe, les grenouilles chantent. Elles se taisent à mon approche. Elles se tiennent coites quand je passe. Puis, elles reprennent leur concert. C'est l'heure où les grenouilles commencent à faire des bulles. Soudain, une voiture s'avance en brimbalant. Elle s'arrête à quelques mètres. Dites, le Panier, c'est de quel côté ? Je répond Là-bas, au-dessus ! La voiture repart. A ma droite, une cigarette qui paraît humide, est posée en équilibre sur le rebord d'une bite d'amarrage. Cette cigarette se consume assez vite. De temps en temps, un homme la prend pour en tirer une ou deux bouffées. Il ne quitte pas des yeux deux petits garçons qui fabriquent un bateau avec une feuille de papier journal. Les deux petits garçons mettent un petit soldat en plastique au milieu. Un petit soldat en plastique qui n'a qu'une jambe, avec un fusil. Et voilà le bateau en papier qui navigue sur l'eau du port. Et voilà le petit soldat en plastique qui se rappelle tous les rivages et tous les ports qu'il a vus. Et voilà, sous les yeux du petit soldat en plastique, des images qui se balancent, et qui dérivent jusqu'à la mer. La mer peuplée de gros bateaux noirs qui s'en vont, dangereux, vers des pays lointains, et qui reviennent un jour, en se balançant doucement, reviennent au port d'attache, reviennent à la sécurité. Et la vieille horreur d'être un petit soldat en plastique, jointe à l'odeur repoussante des morts, commencent à le pousser hors du bateau.

 

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17/09/2010

Arrêt sur image

 

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Elle marche d'un pas désinvolte en occupant la moitié du trottoir à elle toute seule. Comme la plupart des géantes, elle a plus l'habitude d'être regardée que de regarder elle-même. Avec son air absent, on dirait une reine de Hollywood sur des semelles de caoutchouc. A ses cheveux, on voit qu'elle sort du lit. Elle prend une cigarette dans un paquet et l'allume avec son briquet. Rejetant la tête en arrière, elle souffle lentement par la bouche la fumée qui s'exhale en un mince filet sinueux. Elle ne se rend pas compte que quelqu'un l'observe. Un homme ne la quitte pas des yeux. Il est là depuis près de dix minutes. Il reste tout droit à regarder dans sa direction. Il donne l'impression qu'il pourrait rester là où il est pendant des heures et des heures. Une main dans sa poche, il se penche et se gratte le mollet de l'autre main. Finalement, il s'assure que le col de sa chemise est encore ouvert, puis il allume une cigarette et emprunte l'escalier qui descend vers la rue.

 

 

 

 

31/08/2010

Une balle perdue

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Rue Bussy L'Indien à Marseille

 

29/08/2010

Aykü Cours Julien

 

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Rue Bussy l'Indien

 

13/07/2010

Aykü à Berlin

 

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Oranienburger Strasse 41 Berlin

 

http://www.grenouille888.org/dyn/spip.php?article3261

Documentaire sur les graffs et le street art à Marseille

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Et aussi, RADIODICTION 88.8 tous les mardis de 13 à 14 heures

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05/07/2010

Poussière de sel

 

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A midi, toutes les pierres sont chaudes. L'odeur des plantes aromatiques racle la gorge. Le soleil tape sur les rochers qui se changent en fournaise. Sa chaleur donne aux falaises la couleur grise de la pierre éclatée. Plus loin, les vagues se brisent. Leur flot rapide se répand sur la plage. Un réseau de lumière démantelée tremble à la surface de l'eau. L'absence d'horizon nous accueille sous le soleil et les concerts des cigales somnolentes. Lorsque nous entrons dans l'eau, c'est le saisissement, puis le plongeon, les bras d'eau sortant de la mer et se rabattant dans une torsion de tous les muscles -le bourdonnement des oreilles, le nez coulant, la course de l'eau sur nos corps- et sur le rivage, abruti de soleil, une vie pleine des soupirs de la mer et des cigales qui chantent. Il y a dans ces moments-là, une liberté où le corps détendu goûte le silence intérieur, celui-là même qui naît d'une conscience tranquille.

07/05/2010

Les talons

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Dans le silence du petit matin, son téléphone se déclenche. Elle le sort de son sac à mains. Répond. Mon regard dévie sur la tasse posée devant elle. La trace de son rouge à lèvres s'est imprimée sur le rebord. J'inspecte la rangée de buveurs à droite et à gauche. Ils sont tous plongés dans diverses variations sur le même thème. Un des hommes, assis à une table, tape sur sa tasse vide avec une cuillère et demande à la serveuse, un autre café. Je sors dans la rue. Une pluie douce et calme commence à tomber. Je marque une pause devant la dalle en béton d'où dépasse un montant en fer scié à quelques centimètres du sol. Un mec en bicyclette pédale au milieu de la montée. Ayant perdu l'élan de l'ascension, il s'est levé de sa selle et le vélo tangue de droite à gauche sous l'action de ses jambes. Une porte claque. Elle se précipite dans l'escalier. Plop, plop, plop, font ses talons. D'un coup sec de la main, elle rejette dans son dos ses épais cheveux frisés. Les chats, peu à peu, commencent à lécher la racine de leur queue. Le ciel, d'un bleu profond de saphir, d'abîme, entre tout entier dans la rue.

24/04/2010

Dakar, c'est comme Marseille

 

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La lumière du crépuscule déchire le ciel. Le vent brosse la mer et nous balaye les cheveux. Les étoiles n'arrivent pas à percer, pas encore, mais elles ne vont pas tarder à apparaître. Une petite fille court pour ne pas rester en arrière. Sa mère lui tient à peine la main. Ses pieds volent sur les trottoirs, descendent et remontent les bordures, quand elles traversent les rues. Une mouche tourne, depuis un moment, dans le bus aux glaces relevées. Elle va et vient sans bruit. Assise près de moi, une dame. Elle porte un tricot à raies bleues et blanches. Elle me sourit de toutes ses dents. Puis, elle me regarde avec une franche curiosité. Ses yeux sont noirs et tranquilles. Tout d'un coup, elle se met à me parler. Elle me dit qu'elle adore l'Afrique. Pas toute l'Afrique. Elle ne connaît que le Sénégal. C'est là-bas qu'elle ira vivre lorsqu'elle sera à la retraite. Oui, elle ira vivre à Mbour. C'est un petit village de pêcheurs au sud de Dakar. Elle l'a découvert, il y a une vingtaine d'années. Depuis, elle y va tous les ans. Aujourd'hui, elle parle très bien le woualof. Là-bas, ils parlent le woualof. Ils vivent près de la terre. La nature est très proche. L'eau de l'Océan très salée. Et puis, ils respectent les vieux. Pour eux, les vieux c'est important. Pas comme ici, où on ne les calcule plus. Dakar ? C'est une ville qui ressemble à Marseille. C'est comme Marseille, mais au Sénégal. Alors, nous les petits blancs, il ne faut pas y aller pendant les mois d'été : c'est la fournaise. Non, la meilleure période, c'est à partir de septembre... Le bus s'arrête. Il ouvre ses portières. Elle descend. A l'intérieur, le silence est complet.

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21/04/2010

Je suis un héros

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12/04/2010

Les ombres équivoques

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Le vent arrive de la mer, plein d'une odeur de sel et de poisson, tiède et humide. Le vent dévale les rues en hurlant, avec sa cargaison de bouts de papiers, de boîtes de conserves, de bouteilles, de chiffons, et de détritus de toutes sortes. Nuit et jour, les morsures du vent attaquent les murs de la ville : tout passe au crible, tout est labouré, tout est écrasé par la frénésie de son élan. Les chaises se renversent et s'éparpillent : les chiens n'y prêtent guère attention. Mais, quand elle beurre un toast comme si elle raclait un os, ils ont comme des frissons qui se mêlent à des tiraillements. Là, elle boit sa troisième tasse de café, et à en juger par l'expression de son visage, ce matin, elle a l'air d'humeur combattive. "ça va pas la tête ? Qu'est-ce qui vous prend ?". Venu de la mer, un coup de vent secoue les arbustes. Des branches s'entrechoquent, cliquètent comme des griffes. Un homme pisse, debout contre le vent. Il porte ses lunettes de soleil avec verre en plexiglas et montures à carreaux. Il s'est ramené les cheveux dans la figure. Ses épaules se soulèvent et s'abaissent en rythme. Dans son cerveau, un grand trou que l'on pourrait qualifier de néant. Il y a quelque chose devant lui : une poubelle [comme il y en a partout pour préserver l'environnement] Une poubelle renversée dont s'est échappé un tas de détritus. "Oui, oui, maintenant, tire-toi !" dit-elle, écumante de rage. Dans les yeux des chiens, l'horreur est à son comble, à cause de la cruauté de leur propriétaire et de ce monde en général. Sous les secousses du vent, divers arbres tremblent. On les croirait secoués par d'invisibles pinces, comme si leur dernière heure était venue. Un oiseau troublé dans son repos s'envole en criaillant. Des cris étouffés élèvent leurs voix. On ne sait pas exactement d'où ils viennent et où ils vont. Ils sont difficiles à localiser. Ce sont les forces de la nature.

http://www.facebook.com/l/4e448;www.marseille2013.org/spip.php?article381

07/04/2010

Aykü rue d'Aubagne

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01/04/2010

J'aime les mots

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D'énormes icebergs de béton émergent, géométrie d'ombres et de souvenirs, rêve de pierre que nul réveil n'interrompra jamais. Les odeurs des gaz d'échappement me parviennent avec le rugissement des moteurs. Plantés au-dessus de ma tête, des écrans d'affichage électronique, affichent des annonces soulignant que les règles de sécurité sont dignes d'un aéroport. Quelques mètres plus loin, le stade de football se dresse sous des rangées de projecteurs qui illuminent le ciel nocturne. Le match vient de s'achever. Les spectateurs se déversent dans les rues, à la recherche de leur voiture. Certains tambourinent sur le toit des véhicules. Ils ont tous l'air de bonne humeur, mais curieusement menaçants, comme s'ils célébraient à travers le football le dernier espoir de violence de notre société qui marche en somnambule vers l'anéantissement, sans penser à rien, qu'aux logos de son linceul.


09/03/2010

L'argent

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Aykü

23/01/2010

Aykü vers La Plaine

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08/10/2009

Le vent, ou le vide, ou rien

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Tout se passe à la surface des choses, dans la rue, contre la peau... ne subsiste qu'un geste, un élan, une trace... quelque chose qui m'échappe et me déborde à la fois... le trait sans fin, avec les mots les plus simples qui me donnent ce monde-ci et me fait habiter ici, où rêve et réalité se cotoient et fortifient ma raison d'être et de durer avec la poésie la plus dépouillée, la plus nue, la plus silencieuse, et qui maintient l'espace ouvert, un pas à la rencontre de l'autre, ou presque rien, devant ce mur qui m'arrête au croisement de la rue d'Aubagne et de la rue de l'Académie, aussi vivant que les rues de la ville, avec les mots de chaque jour, comme en suspens au-dessus du vide jusqu'à la mer dans les fenêtres, et la nuit qui arrive en rampant par-dessus les toits...

27/06/2009

L'été

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Une giclée de bleu pour
avoir les idées fraîches
le long du chemin

20/06/2009

Transit

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Depuis la grande salle où les touristes boivent des coca-cola couleur marron suspecte, jusqu'à la terrasse aux murs couverts de graffiti, tout est très cosmopolite dans ce bar. A ma droite, il y a une rousse à la chevelure ébouriffée d'endives qui fait semblant de lire American death trip. Près d'elle, une tache orange sur son pull-over bleu, un enfant parle la bouche pleine. Un vieil homme me demande une cigarette. Il est presque en loques et s'appuie contre la mort. Je lui en donne deux avec précaution. Une fille en mini court dans la rue en tortillant du cul. Remuant et tortillant du cul. Les garçons la regardent, cloués sur place. Ici, il n'y a pas grand chose à faire. Ce n'est rien qu'un passage dans la vie quotidienne.

02/03/2009

Aykü rue de la Loubières

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La circulation de l'air me donne une contremarche, celle du geste qui produit l'écriture.

27/02/2009

Aykü rue de Tilsit

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Je le suis à la trace. Il peuple les murs des quartiers où je me déplace. Aykü, vacillement visuel qui assure la circulation et l'échange, masse bruissante d'une langue qui arrête mon regard, où je me reconnais dans cette aération émotive de la mobilité qui se déploie sur les murs de la ville, destinés à suspendre le langage. Aykü sans (S) illimité sans idée de grandeur.

15/02/2009

Aykü eskiss la vie

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Marseille n'est pas élégante. Elle est fracas. Construite en dépit du bon sens. Chargée de tous les péchés de la terre : racisme, corruption, grand banditisme, vie politique incompréhensible. Marseille, sinistrée, confrontée à une crise aux dimensions multiples. Marseille toute grouillante de population étrangère. Marseille modernisée. Plongée jour après jour dans une situation où chômage, précarité, concernent une population de moins en moins marginale. Dans cette ville où le vote massif du Front National s'est installé dans la durée, des femmes et des hommes ont tellement respiré l'air du malheur qu'ils savourent avec délice chaque seconde de survie. Comme si Marseille avait la vocation d'être la ville où commencent tous les possibles de la liberté.