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art street

  • l'atelier d'artiste

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    Au moment où elle sort de la bouche de métro, elle s'arrête pour allumer une cigarette, avant de se diriger à grands pas vers une rue qui ne porte pas de nom. Sous un porche, un couple de lycéens se pelote. Plus loin, quelques rastas squattent le trottoir. Un petit homme bedonnant, vêtu d'un jogging neuf, la regarde passer.
    Elle pénètre dans un immeuble, au fond d'un terrain vague, juste derrière un chantier. La façade se lézarde à plusieurs endroits. C'est le seul bâtiment encore intact dans ce décor dévasté.
    Elle grimpe jusqu'au cinquième étage, sous les toits. Une porte unique s'ouvre sur le palier. La pièce est un atelier d'artiste. Des planches et des tasseaux encombrent l'entrée. Une forte odeur de térébenthine flotte dans l'air et des toiles s'y trouvent en grand nombre.
    Un vieux canapé occupe le centre, ainsi qu'un bric-à-brac d'outils, de pinceaux et de tubes de couleurs. La pièce est meublée de façon sommaire. Elle n'a pas été balayée depuis longtemps. De gros moutons de poussière jonchent le sol. Il y a aussi un bouquet de coquelicots disposé dans un vase à même le carrelage. Une palissade taguée sépare l'immeuble du chantier.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • La mer a la couleur de la mer

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    Matinée brumeuse de novembre. Du haut du cours Julien, je vois les arbres à moitié nus et le tapis brun de feuilles mortes qui jonchent la rue. Chaque jour, je vois la dégradation du quartier de Noailles et son naufrage dans la paranoïa des poubelles qui débordent, depuis que les éboueurs ne passent plus ramasser les détritus. Chaque jour, je sais que des hommes se promènent avec des morceaux de bombe atomique dans la poche et le plutonium qu'ils transportent, c'est l'esprit du temps. "La chaleur était tellement étouffante qu'on entendait gémir les fleurs dans les jardins et que les hommes entrèrent en gestation. L'un d'eux accoucha d'Adolf Hitler". (Kazimierz Brandys, "Hôtel d'Alsace et autres adresses", Gallimard 1992). Depuis, c'est comme un hachoir qui fonctionne sans cesse cette terreur claustrophobique de l'Europe Occidentale. Identité nationale. Je cours après le tramway. La pluie me tombe dans le cou. Je patauge dans mes chaussures. Multiple. Mon identité est multiple, et cette richesse, c'est évident, se défendra. Cette richesse sera défendue par la foule venue ici de partout qui m'entoure et qui joue des coudes, omniprésence dans la ville, surface scintillante, "L'avenir appartient toujours aux esclaves et aux immigrés..." Cioran.

  • Istanbul

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    Je m'assieds en terrasse. J'observe les gens qui attendent en buvant un café. Je les observe tandis qu'ils attendent. Je suppose qu'il n'y a rien d'autre à faire. Attendre en buvant un café noir et fort. Comme eux, j'attends. Sur le trottoir en face, passent des gens. C'est bon d'être assise quelque part dans ce monde. Personne ne nous fait de tort. Nous ne faisons de tort à personne.

  • Les brocolis

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    Nous qui achetons des tomates, des carottes, des chewing-gums et du papier toilettes, on forme de longues files. On avance un peu. On attend. Une femme pèse des brocolis sur une balance et examine cette balance avec un grand sérieux. Elle porte une robe rose et des faux cils. Elle prend des brocolis. Elle les glisse avec précaution dans un sachet plastique transparent. Je regarde la façon dont elle marche. je l'imagine courageuse et folle. Je me dis que rien ne vaut la plaisanterie que nous sommes, le sérieux que nous sommes, la lourdeur que nous sommes.