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architecture

  • La fille black

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    Les mains dans son parka, on dirait qu'elle veut manger la nuit, qu'elle aspire le noir par la bouche et le recrache par tous les pores de sa peau. Tel un projectile dont rien ne freine la course, elle flotte au-dessus du sol, sur un coussin d'air, poussée par une force qui la dépasse. Si on lui demande "à quoi tu penses ?" elle répond "à rien !" Et c'est vrai. Elle ne pense à rien. Rien que des fragments, des éclats, des visions fugitives, la sensation de coups donnés, de coups reçus, une course interminable. Elle sait qu'elle s'est battue. Elle sait qu'elle n'était pas seule, mais qui était à ses côtés ? Elle ne s'en souvient plus. Une fumée grise les cernait, mêlée à d'autres fumées qui les faisaient pleurer. Elle ne voyait pas les visages, juste une bataille de bras, de jambes, de coudes, de poings, dans un fracas d'armures.
    La tête vide, elle tourne ici, coupe là. Les rues défilent. Elle a peur à s'en mouiller la culotte. Elle court sans se retourner. Elle court de plus en plus vite, et à mesure que sa vitesse augmente, elle s'engage dans une rue étroite.

     

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

    http://www.radiodiction.org

    09 72 15 48 40
    Appeler pour dire un texte
    24h/24 appel non-surtaxé

  • La femme qui rentre chez elle

     

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    J'observe la foule des passants qui descendent et remontent l'avenue pour se rendre à leur travail, en esquivant les bagnoles et en achetant leur journal. Au troquet d'en face, un homme et une femme bavardent, main dans la main, en buvant un café. Plus loin, une petite silhouette dans des vêtements informes noirs, la tête et le cou protégés par un foulard noir, bloque le passage aux gens derrière elle. Maintenant, elle avance entre les tables, regardant droit devant. Pas de maquillage, pas un seul centimètre de chair à nu en-dessous de la gorge. Un petit corps aux mouvements précis sous l'accoutrement sombre, peut-être une tenue de camouflage. Soudain, elle se retourne et reste immobile, en arrêt. Elle regarde, en plissant les yeux, attendant que quelque chose veuille bien sortir de sa bouche, mais que dalle ! à peine un sourire écrabouillé.

     

    http://radio.diction.free.fr/emissions.html

  • Le dépotoir des rêves

     

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    Heure de pointe habituelle. Lumière du jour déclinant. Nous sommes pris dans un énorme embouteillage. Des milliers de voitures viennent se précipiter dans le coeur de la ville. Le front de mer que nous suivons s'étend sur notre gauche. Nous regardons la mer. Les pare-brise réfléchissent les lueurs incertaines du soleil. Une adolescente en jean se tient sur le passage cloûté. Le garçon qui l'accompagne a passé un bras autour de sa taille. Il lui caresse le sein droit de sa main. Notre regard s'arrête sur le creux dessiné par le jean entre les fesses. L'impeccable géométrie de cette partie du corps se détache pour s'unir au mouvement des véhicules sur la chaussée. La voiture qui nous précède avance de quelques mètres. Les pédales répondent à la pression des semelles. Les avions qui prennent leur envol passent au-dessus de nos têtes. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de béton et de structures d'acier, la voix de David Bowie chante Jean Genie.

    http://www.marseille2013.org/spip.php?rubrique4

     

  • Invader

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    Trois grands mâts de panneaux indicateurs se dressent sur des caissons cimentés au bord du périphérique. En contrebas, des carcasses de vieux fourgons et de voitures rouillées, des tas de pneus et de ferraille, des mauvaises herbes, et quelques cent mètres plus loin, un centre commercial. [Bruits de tambours incessants, continus] Des voitures passent à toute vitesse en direction d'un tunnel. Je vois leurs toits au-dessus du garde-fou. Soudain, une sirène de police monte, de plus en plus aiguë, comme pour se frayer un chemin dans les files de voitures. Je regarde le crépuscule glisser sur les façades. La taille des immeubles semble changer selon les jeux de la lumière sur les panneaux de verre, comme pour jeter un défi au soleil. [Pendant quelques secondes, des éclats de musique amplifiée roulent sous le ciel] En parcourant les alignements interminables de balcons, j'ai soudain la vision de milliers de personnes incapables de demeurer là plus longtemps et se mettant à courir entre les voitures poussiéreuses. [Une cacophonie vagissante emplit l'air]