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écriture urbaine

  • Couleur chair

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    C'est une petite brune en jeans. Les bottes qui lui montent jusqu'aux genoux ondulent au-dessous d'un blouson en cuir. Elle passe sous des réverbères et le long des vitrines illuminées des magasins fermés. Elle regarde passer un bus et une femme en vélo. Elle s'arrête près d'une bouche d'incendie pour reprendre son souffle. Pourquoi l'esprit peut-il faire ce qu'il veut, pendant que le corps ne suit pas ?
    Un pied après le suivant, ne penser à rien d'autre, un pas à la fois, nouveau trottoir, éviter les grilles au sol, les passants son rares dans la rue, les crottes de chiens se cachent partout sur les trottoirs, on ramasse avec un sachet en plastique et voilà, bonjour poubelle !

  • Les passagers de l'ombre

    Ne vous faites pas de souci, on va voir comment on peut se débrouiller, Et ils cherchent un bout de terrain qui ne sera jamais plat, Et ils y enfoncent des bouts de bois et des cartons pour construire des cabanes dans les broussailles, quelques-uns installent de grandes toiles en plastique qui les protègeront provisoirement de l'hiver, Et de part et d'autre du sentier, des choses émergent en désordre. Le soir, quelques filets de fumée ça et là.
    Ces femmes et ces hommes vont et viennent soigneusement couverts, avec un foulard sur la tête et des vêtements longs, remuant le fouillis des poubelles avec un bâton ou un cintre métallique. Sous le soleil intense de l'été ou sous la pluie, les enfants aussi, quand ils accompagnent les leurs, volettent comme des oiseaux courbés sous le poids des poubelles des autres. La puanteur colle à leur peau comme un vêtement de plus.
    Ce n'est pas qu'ils n'aient pas de famille, ou qu'ils n'aient pas d'autres endroits, c'est que pour eux la côte est rude, celle de la vie.

    Prédateurs - page 103
    http://www.editionsdelabatjour.com/2016/09/l-ampoule-n-21.html

     

     

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  • Durga

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    Au Rajasthan, il existe un temple dédié aux rats. Des milliers s'y promènent en toute liberté. Les visiteurs doivent retirer leurs chaussures avant de pénétrer dans l'enceinte sacrée de ce temple dédié à l'incarnation de la déesse Durga chevauchant un tigre, avant qu'elle ne devienne déesse des rats.

  • Place forte

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    La place est toute vide, juste un chien, un chien maigre à poil long qui erre en faisant des allées et venues, et puis, marche vers la plage, et se contente de se promener en soulevant des petits grains de sable, des petits cailloux, une infinité de petits morceaux granuleux, comme un paysage lunaire.
    Pendant que je marche, l'image se déplace. Je vois les pans de mon manteau battre sur les côtés, et en bas au niveau des jambes, les pans s'écartent quand je marche. Je vois un café avec terrasse. Il y a de petites tables rondes. Une ou deux personnes y sont installées, seules.
    Je vais m'assoir. Un serveur arrive aussitôt par une porte qui s'ouvre. Je n'avais pas remarqué cette porte. Elle se confond avec le mur.
    Il me demande si je veux boire quelque chose. Je commande un café. Au loin, prolifèrent de minuscules voiliers, et le ciel se couvre.

    Cohues 15 - novembre 2014
    http://www.cohues.fr/

  • Portrait de ville

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    Garder la rue comme poste d'observation du réel, dans son versant le plus sauvage, abandonnée à une économie de survie, celle des mendiants, des trafics, de la prostitution, occupant certains quartiers spécifiques, au sein d'un environnement syncopé et discordant.
    L'impression d'ensemble qui prédomine est celle d'un condensé d'images et de sons se succédant à un rythme soutenu, sans véritable structure linéaire ou homogène.
    On pourrait dire que ce sont des portraits de ville, une mise en relation du corps au décor, la représentation brute, publique et la mémoire des choses, les indices fugaces de la modernité qui disparaissent aussitôt.

    http://www.lecafardheretique.fr/
    Quelques textes dans la revue N°4