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Plaques-sensibles - Page 4

  • Routine quotidienne

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    Hier matin, je marchais sur un trottoir de la rue Paradis, quand soudain, une forte odeur de merde a attiré mon regard vers les poubelles qui se trouvaient posées sur le bitume près des containers, et là, j'ai vu un slip blanc tout neuf plein de merde, la merde qui dégoulinait sur le plastique vert du sachet, la merde fraîche d'un homme qui n'avait pas pu se contenir, une merde d'une belle couleur chocolat liquide, la merde d'un type qui avait la diarrhée, toute cette merde au bord du trottoir de la rue Paradis, une rue de magasins chics et d'appartements bourgeois, cette merde posée là à la vue de tout le monde, et non pas planquée dans un container, est-ce que le mec portait un costard cravate avec cette culotte si blanche et si bien taillée dans un pur coton bien épais ? S'était-il déshabillé dans la rue ? Avait-il un kleenex dans son attaché-case pour se torcher le cul ? Est-ce une vengeance ? Est-ce la vengeance d'un commerçant de la rue envers le commerçant dont la devanture se situe devant les containers poubelles où se trouvait le slip plein de merde ? Peut-être que ce magasin appartient à une femme et que cette femme vient de larguer celui qui a déposé le slip plein de merde pour la faire chier ? Peut--être...

  • Le chant du coq

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    Parfois le matin, je suis réveillée par le chant d'un coq égotiste, une sorte d'infra-son stupide qui écorche mes cellules nerveuses.

  • Un peu de fièvre

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    Toutes sortes de choses
    Toutes sortes de sons

    Mégots de cigarettes
    Poubelles défoncées
    Saleté dévastatrice
    Moiteur provocante

    Univers égocentrique
    Lèvres rouges
    Devantures de magasins

    Boulangeries
    Galeries de visages
    Piliers de bars

    La force qu'il faut pour
    Vivre une vie privée
    Sous le bruit et dans
    Le fracas du monde

  • Une dimension de l'indifférence

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    Le soleil se cache quelque part derrière un nuage. Pluie fine sur les toits. Pluie fine sur les trottoirs de la ville. Aux Réformés, les marchands de fleurs ont sorti leurs parapluies. Ils sont bleus et protègent tout un éventail de jeunes pousses vertes.
    Dans les rues autour de la gare, des hommes hébétés gisent dans les entrées des immeubles. Ils dorment, immobiles, sous l'influence de l'alcool. Ils ont étendu des feuilles de journaux et des cartons sur le sol en guise de matelas. Dans un coin, une odeur d'urine exhale des effluves musquées.
    Devant les boutiques indiennes, les propriétaires se tiennent dans l'embrasure de la porte, échangeant des commentaires et des plaisanteries.
    à la périphérie de la ville, il y a des bâtiments aux fenêtres murées ou couvertes d'une feuille de métal qui laisse parfois filtrer la nuit, un rayon de lumière. Les immeubles ont un air de décrépitude, d'abandon. Certains attendent les coups de la boule d'acier des démolisseurs.
    Je marche. Mes sens sont submergés d'images, aussi passagères que mes propres mouvements.

  • Place des Halles Delacroix

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    Le matin tout est différent. L'air frais tire les traits du visage et ouvre les yeux ensommeillés des passants. L'eau s'écoule le long des caniveaux. Elle emporte avec elle les restes nocturnes. Mégots de cigarettes, cartons de joints, pisse chargée de bière, crottes de chiens, restes de bouffe, capotes, tout glisse lentement vers les égouts et se dirige vers la mer.
    Place des Halles Delacroix, le duvet vert sur les arbres dénudés annonce le printemps. Je marche au milieu des étals chargés de légumes et de fruits venus de tous les pays d'Afrique et d'Asie. Les gens que je croise me disent bonjour. Ce sont des frères. Une échappée d'espoir.
    Sur l'appui d'une fenêtre, un petit oiseau brun a l'air de vouloir s'échapper. Un bout de voyage commence. Migration sans fin à travers des kilomètres de miroirs.