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Plaques-sensibles - Page 4

  • Le chant du coq

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    Parfois le matin, je suis réveillée par le chant d'un coq égotiste, une sorte d'infra-son stupide qui écorche mes cellules nerveuses.

  • Un peu de fièvre

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    Toutes sortes de choses
    Toutes sortes de sons

    Mégots de cigarettes
    Poubelles défoncées
    Saleté dévastatrice
    Moiteur provocante

    Univers égocentrique
    Lèvres rouges
    Devantures de magasins

    Boulangeries
    Galeries de visages
    Piliers de bars

    La force qu'il faut pour
    Vivre une vie privée
    Sous le bruit et dans
    Le fracas du monde

  • Une dimension de l'indifférence

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    Le soleil se cache quelque part derrière un nuage. Pluie fine sur les toits. Pluie fine sur les trottoirs de la ville. Aux Réformés, les marchands de fleurs ont sorti leurs parapluies. Ils sont bleus et protègent tout un éventail de jeunes pousses vertes.
    Dans les rues autour de la gare, des hommes hébétés gisent dans les entrées des immeubles. Ils dorment, immobiles, sous l'influence de l'alcool. Ils ont étendu des feuilles de journaux et des cartons sur le sol en guise de matelas. Dans un coin, une odeur d'urine exhale des effluves musquées.
    Devant les boutiques indiennes, les propriétaires se tiennent dans l'embrasure de la porte, échangeant des commentaires et des plaisanteries.
    à la périphérie de la ville, il y a des bâtiments aux fenêtres murées ou couvertes d'une feuille de métal qui laisse parfois filtrer la nuit, un rayon de lumière. Les immeubles ont un air de décrépitude, d'abandon. Certains attendent les coups de la boule d'acier des démolisseurs.
    Je marche. Mes sens sont submergés d'images, aussi passagères que mes propres mouvements.

  • Place des Halles Delacroix

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    Le matin tout est différent. L'air frais tire les traits du visage et ouvre les yeux ensommeillés des passants. L'eau s'écoule le long des caniveaux. Elle emporte avec elle les restes nocturnes. Mégots de cigarettes, cartons de joints, pisse chargée de bière, crottes de chiens, restes de bouffe, capotes, tout glisse lentement vers les égouts et se dirige vers la mer.
    Place des Halles Delacroix, le duvet vert sur les arbres dénudés annonce le printemps. Je marche au milieu des étals chargés de légumes et de fruits venus de tous les pays d'Afrique et d'Asie. Les gens que je croise me disent bonjour. Ce sont des frères. Une échappée d'espoir.
    Sur l'appui d'une fenêtre, un petit oiseau brun a l'air de vouloir s'échapper. Un bout de voyage commence. Migration sans fin à travers des kilomètres de miroirs.

     

  • Place forte

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    La place est toute vide, juste un chien, un chien maigre à poil long qui erre en faisant des allées et venues, et puis, marche vers la plage, et se contente de se promener en soulevant des petits grains de sable, des petits cailloux, une infinité de petits morceaux granuleux, comme un paysage lunaire.
    Pendant que je marche, l'image se déplace. Je vois les pans de mon manteau battre sur les côtés, et en bas au niveau des jambes, les pans s'écartent quand je marche. Je vois un café avec terrasse. Il y a de petites tables rondes. Une ou deux personnes y sont installées, seules.
    Je vais m'assoir. Un serveur arrive aussitôt par une porte qui s'ouvre. Je n'avais pas remarqué cette porte. Elle se confond avec le mur.
    Il me demande si je veux boire quelque chose. Je commande un café. Au loin, prolifèrent de minuscules voiliers, et le ciel se couvre.

    Cohues 15 - novembre 2014
    http://www.cohues.fr/