25/03/2013

Place de la Joliette

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Sous l'effet du mistral, les jupes s'ébouriffent, les mains plaquent. La détermination s'installe. Ce vent est capable de vous dépouiller, de vous rendre ridicule, alors même que vous tentez de vous maintenir, et que vous vous tapez les doigts contre les cuisses pour les réchauffer. Il trouve facilement accès à votre cou. Il trouve avidement le chemin de votre dos. Quelques pas suffisent pour vous rappeler combien ce vent est froid. Au carrefour, c'est encore pire. Le vent vous agite comme un fouet. Il s'insinue par les interstices. Chacun a sa stratégie, sa posture idéale pour affronter cet élément. Certains renoncent à se voûter. Ils se redressent et endurent sans sourciller : à quoi bon lutter ?

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page 20 "Lettres à Samuel Beck"

17/03/2013

Dimanche au parc

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De la verdure. Pelouse interdite. Pendant quelques minutes, c'est comme si on vivait ailleurs. Assis sur un banc, un homme replie son manteau sur ses genoux pour cacher une érection aussi soudaine qu'inexplicable. Des ballons circulent dans l'air. Une petite fille dessine à la craie une marelle. La balançoire couine. Des gens courent, à croire qu'ils sont poursuivis par un monstre qui peu à peu gagne du terrain. Ils halètent. Ils suffoquent. Ils dépassent les marcheurs. Ils courent en encourageant leurs cerfs-volant à tue-tête. C'est à peine s'ils remarquent les nuages avant qu'il se mette à pleuvoir.
La pluie s'abat en nappes. Tout le monde est trempé d'un coup. Les parapluies s'ouvrent. Leurs pointes argentées fusent et visent les orbites. Au coin de la rue, c'est la rafale du vent qui les emporte. Les parapluies se retournent et se déchirent. Ils finissent à la poubelle. Tout ce fric dépensé chez le coiffeur et voilà le résultat ! On reçoit la pluie en pleine figure comme des aiguilles. Des sacs en plastique vides s'accumulent en montagnes blanches et molles. Des mouettes patrouillent le secteur. ça monte. ça descend. ça tourne par ci et ça s'abat par là, comme une vague qui annonce le vertige et s'envole sans s'en rendre compte. Les mouettes font ce qu'elles veulent, elles qui ont des ailes. La nuit, il leur faut des lunettes noires.

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La revue l'Ampoule n°7 vient de sortir

06/02/2013

Variations urbaines

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J'appartiens au voyageur qui voit dans la trace l'indice d'un évènement qui l'a précédé. Je fais de la fluidité du temps l'espace même de mes actes nécessaires. Il y a tant de manières différentes de ressentir les phénomènes de la ville. Rien n'est constant. Tout change constamment. Nous sommes assaillis par une multitude d'impressions, différentes sensations, force/énergie se composent et se recomposent autour de nous. Le temps ne peut pas se répéter. Tout change continuellement. Tout se résume au mouvement. Tout est toujours différent. Il n'y a rien qui constitue jamais une fin parce que tout peut devenir la base de quelque chose de neuf et de différent. Entrelacées, marginalité et disparition ne cessent, dans l'état actuel des choses, de s'engendrer mutuellement.

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Shoot canin page 38

20/01/2013

Poématique

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Il fait froid. Il pleut. Il vase. C'est vraiment un temps dégueulasse. Dans les rues, c'est comme si l'heure du couvre-feu avait sonné. La vie s'écoule comme amortie. Je laisse errer mon regard sur la salle du bistrot. Par-delà une cloison de bois peint et de verre dépoli, des hommes épais rient au comptoir. Dehors, il y a des chantiers et des immeubles neufs avec des portes de plexiglas, où viennent vivre des cadres avec des attachés-cases et des lunettes à verres rectangulaires.
La ville change. Elle ne passe pas d'un monde à l'autre, celui qui se meurt et celui qui n'en finit pas de naître, elle sort de l'ancien monde vers des lieux hors de tous les lieux, c'est-à-dire, des lieux qui écartent en même temps qu'ils privent de relation avec le monde commun.
Sur le port, tous les bancs publics ont disparu. Il ne reste que la pierre et son rôle purement militaire.

"L'étrangère" micro-fiction publiée dans le magazine de l'ADA
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L'Ampoule n°6 des éditions de l'abat-jour
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26/12/2012

Corniche Kennedy

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Les voitures roulent, les camions, les autobus, les scooters. On sent la proximité de la mer. Le ciel est bleu. parfois du blanc. Tout à l'heure, le soleil, un ensemble d'immeubles en verre transparent. Les bateaux qui avancent sous le ciel. Pas de fleurs. Pas de jets d'eau. Pas de fontaines. Mais un camion de pompiers qui passe à toute allure. Sur le trottoir, on voit deux rats couchés sur l'asphalte, éventrés, les entrailles à l'air.

"L'étrangère" micro-fiction publiée dans le magazine de l'ADA
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L'Ampoule n°6 des éditions de l'abat-jour
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23/12/2012

Rue Notre Dame des Grâces

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Le soir sent les gaz de la rue. La lune s'est levée. Par moments, de légers nuages passent devant elle. Ils se colorent de nuances bleues. Sur le trottoir un chat rôde près d'un tas d'ordures. La pulsation sourde d'un autoradio se répand par les portières grandes ouvertes d'une voiture. Quelques secondes plus tard, le tintement d'un porte-clefs contre une porte. Un crachat qui explose en étoile sur le goudron. En face, trois clochards allongés sous leurs emballages de cartons, chacun s'accroche à sa bouteille, enveloppée dans un sac plastique souillé.

"L'étrangère" micro-fiction publiée dans le magazine de l'ADA
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La revue l'Ampoule n°6 des éditions de l'abat-jour
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09/11/2012

Un goût de rouge à lèvres

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Tout en ventre et en petits talons, elles roulent leurs mécaniques bien huilées, sur les trottoirs de la rue de Rome. L'allure fauve et le ronron facile, elles sont plutôt maîtresses que bonnes femmes, Coca-Kebab McDo et poignées de mains ou coups de poings. Le rire à gorges déployées, elles ont des mots râpés dans la bouche et des voix pour les dire : mots rimés, mots triturés, mots scooters... pure poésie du brut, langue de récup... sur leur passage, un téléviseur désossé ressemble à une antiquité remontant d'un autre siècle. Un canapé, pas vilain, en skaï chocolat ferait le bonheur de qui n'en a pas. La rue est à tout le monde, et du monde il y en a.

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28/10/2012

Changement d'heure

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Le vieil homme sur le trottoir. voix aiguë. nasillarde. discours qui ne veut rien dire. Il est tapi entre deux automobiles en stationnement. Voiture de police qui tourne au coin de la rue. Gaz d'échappement. Une fille en pantalon rose. chaussures à talons exagérés. chevelure en désordre. Les hommes la dévisagent. Au marché des Capucins les mouches bourdonnent. Le sol est puant. Les gens passent. Les gens hâtent le pas. Les gens détournent les yeux. Ils regardent parfois avec curiosité. Il fait froid en ce moment. Il fait très froid. Il y a du vent. un vent fort qui souffle. On le sent dans les os. On s'en remplit les poumons. On respire des odeurs abrasives. L'air a mauvais goût. L'air empeste. Une température assez fraîche pour purifier les poumons, et cependant l'air empeste. Le ciel tourbillonne avec le vent. On sent l'air froid s'insinuer autour du châssis de la fenêtre. Il va falloir calfeutrer. Un clochard étalé sur le seuil d'un immeuble. Il mourra peut-être de froid. Bientôt le solstice d'hiver.

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mes microfictions à lire dans la revue l'Ampoule

01/10/2012

Dimanche d'automne

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Dans sa voiture, Andy Warhol remonte la rue battue par le vent. Le monde semble avoir perdu ses couleurs : le ciel gris terne, la lumière grise, les nuages sombres à l'horizon, la surface noire de la rue. Il s'arrête, coupe le moteur et aspire une grande bouffée d'air, puis il descend. L'air lui pique le visage. Il essaie de se protéger du vent en relevant le col de sa veste. Il a plu presque toute la nuit. Lui qui depuis des années lutte contre l'insomnie et se lève plusieurs fois par nuit, pour ne s'endormir qu'aux petites heures du matin, il est généralement levé avec le jour.
à la station-service d'en face, une femme sort des toilettes et s'en va d'un pas brusque rendre la clef au pompiste. Le vent s'engouffre dans son chemisier et le fait flotter comme un drapeau autour de sa taille. La voiture de la femme est ouverte et un homme l'y attend assis.
Il y a du tonnerre. Le son paraît se déplacer à travers le ciel, comme un gros ballon qui roule sur une table, et puis tout redevient silencieux. La pluie tombe.

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07/09/2012

La canne à pêche

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Les vagues martèlent sans relâche les gros rochers lisses qui gisent, comme tombés de la main d'un géant étourdi, au pied des falaises éternellement résistantes. On a peine à concevoir que c'est la même mer qui prend le bleu cristallin de l'été et déploie une uniformité azurée que seules troublent les minces nappes d'huile laissées par les bateaux de pêche ou le blanc éclatant des mouettes qui planent. Pour l'heure, la mer est agitée. Elle vomit des boules d'écume qui filent à sa surface et d'inévitables bouteilles qui ne contiennent aucun message.
Tandis que j'approche du bord de l'eau, la canne d'un pêcheur est presque verticale. Son extrémité vibre très haut au-dessus de sa tête tandis qu'à ses pieds le poisson tourbillonne et se courbe. Des deux mains, il serre si fort sa canne que ses articulations blanchissent. Lorsqu'il lève sa canne, ses pieds nus glissent sur le rocher lisse et mouillé, et il tombe dans l'eau. "Putain !" s'exclame le pêcheur en se remettant péniblement debout sur le rocher. Il est trempé jusqu'aux genoux. Je me penche pour récupérer sa canne et le lui rend.

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Notre Dame des morts violentes

13/08/2012

Musique de chantier

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Marseille est une musique de chantiers, avec ses couches sonores, ses strates, leurs creusements, leurs forages et leurs grues haut levées. Des communautés de décibels s'y combattent et y font alliance. Marseille est discordante, comme un orchestre symphonique avant le concert, lorsque chaque musicien accorde son instrument pour lui seul. Les grues qui tournent dans le ciel avec leurs paquets de moellons et leurs poutrelles font des gestes lents de girouettes ou de boussoles. Au large, la mer est ronde et bleue, traversée de risées blanches qui s'en vont au loin.

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28/06/2012

Un jus de ciel bleu

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Ciel bleu sur les banlieues, les blocs de gris et les bétons, les ballasts, les tags et les buissons des petits jardins. Ciel bleu dans la mer et sur les autobus climatisés. Ciel bleu sur la place des capucins et sa rue longue où brillent les tranches de pastèques, les fruits sur les étalages, les boîtes de thé et le tabac à chiquer.
Ciel bleu, klaxons, balayettes et sacs en plastique, odeur de goudron, on se racle la gorge, on crache, "cigarettes, légendes, marlboro", des pas, des voix, des cris, des marteaux, des machines, voix et musique partout, la ville est un chantier et le monde me saute aux yeux, comme les mots venus sur le papier, avec des gestes et des voix me sautent aux yeux.
Et je suis ce rien, doué de phrases, qui retraduit en évidence son ignorance : écrire vient dire son mot.

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Notre Dame des morts violentes

16/06/2012

En direction de la rue Sénac

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J'ouvre ma fenêtre et je regarde le graff tracé à la hâte sur le mur d'en face. La rue aboutit à quelques marches qui mènent sur une place piétonne entourée de maisons ocre jaune et de terrasses de cafés. Le matin, des clients prennent leur petit-déjeuner penchés sur leur journal. Seule la moitié infèrieure de leur visage change. Leurs yeux demeurent identiques, scrutateurs : des yeux de lecteurs attentifs aux faits divers.
Tout près, un chien s'arrête devant chaque tronc d'arbres, devant chaque arbuste, en reniflant tout ce qui lui tombe sous le museau.
Un peu plus bas, en direction de la rue Sénac commence la vie des filles de joie et des travestis opulents, qui exhibent leurs perruques en plastique, surveillés par les maquereaux qui font la police aux coins des rues.
Des petits hôtels pour une demi-heure. Des clients qui négocient les prix. Le tout pathétique et violent dans les rues où s'amoncellent les poubelles.

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04/06/2012

La minijupe

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Une minijupe sur les fesses, elle achète un bouquet d'oeillets, rouges comme sa jupe. Un costaud aux cheveux filasses passe tout près, si près qu'on peut voir le tatouage à son bras et sentir l'odeur de tabac entre ses dents gâtées. Il lève les yeux sur elle et sourit. Des bruits diffus arrivent de loin. Un volet claque quelque part. Un chat débouche d'une ruelle. Il va miauler devant une porte. La porte s'entrouvre. Le chat entre.
Une vieille femme assise sur un carton. Une main ouverte. A côté d'elle, quelques bananes bien mûres. Dans les rues, l'insolite et le banal ne font qu'un. Le trivial et le sublime aussi. La poésie -comme la photographie- sera faite par tous écrivait déjà Lautréamont.
Pendant que je marche au-dessous des nuages, mes pensées s'envolent vers Araki et son interminable roman photographique. Traces hasardeuses d'une humanité provisoire et fragile.
Un employé municipal vient vers moi en balayant le caniveau. Il racle énergiquement la bordure du trottoir avec l'angle de son balai pour entraîner le moindre débris.

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14/05/2012

Les vagues de Virginia Woolf

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Sur les balcons, des herbes qui tremblent, du linge qui pend, des antennes paraboliques. Un chien qui tourne en rond. Une jeune fille qui se coiffe à sa fenêtre dans une attitude d'amphore. Une petite vieille qui remonte un store. Elle disparaît à l'intérieur de chez elle. J'aperçois les rideaux au crochet, un bout de meuble, un tableau au mur, le lustre. Ensuite un mur, puis des immeubles. Tous semblables, mêmes balcons, mêmes persiennes, mêmes petits cafés avec la télé branchée sur le football, mêmes parfums que les vieilles dames laissent dans les ascenseurs, mêmes individus qui promènent leurs chiens avec une de ces laisses qui s'allongent et se rétractent, mêmes jeunes femmes qui rejettent leurs cheveux en arrière d'un brusque mouvement du cou, mêmes bruits incessants des voitures sur l'autoroute, une infinité de lumières jaunes orangées, la fixité des lumières aussi calmes que les arbres, des conteneurs, des entrepôts, des phrases qui arrivent comme des vagues, les vagues de Virginia Woolf. Virginia Woolf qui entendait les oiseaux chanter en grec. Des petits oiseaux qui chantaient en grec.

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Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

20/04/2012

Tags

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Bites. aykü marseille. graffiti. droit de jouir. peinture odeur de gaz. tu as voté graffiti. antonella fiori. cigarette manche ouate. epsylon point. exploration urbaine marseille. graffiti écriture. graffiti voiture. mai 68 slogans et graffiti. walter benjamin. mauvaise herbe poitrine. panneau de signalisation rouillé. cigarette manche ouate. clochard aubagne. clochard sans dent. Nietzsche. graffiti pavés mouillés. poésie et graff. poésie urbaine. graffe et port graffe chez les arbres fruits. graissage de poteau d'incendie. mauvaise herbe dans les interstices de la ville. art contemporain. oeuf au plat. seins. pochoir mural urbain. pochoir mural salle de bain. poteaux métalliques. aykü. bites. trois bouteilles brisée pochoir. elle allume une cigarette. gebonz. photo homme brun de loin. la foule. lbrah collectiv. lavabo d'eau qui déborde. monsieur qui se brosse les dents. les mauvaises herbes art. street art poésie. passages urbains. tag graffiti sur camion. aykü. aykü peinture. hypothèse du chien. miroir sans tain. marseille. trottoir chewing gum. I want you. pince à cheville mouillée. écriture urbaine. henri matisse. marcher corde raide. henri matisse. patron de foulard pour crane chauve. le ciel n'était plus gris il était roux opaque. le mec nu jouit sous l'effet du mouvement des vagues de la mer. point sensibles chez la femme. faire une photo en goutte de pluie. sociologie urbaine. insurrection urbaine. antonella fiori. aykü. epsylon point. berlin. écriture contemporaine. écrire la ville de marseille. parking souterrain. périphérique au bord de la mer. vent violent. mistral. mistral sur le périphérique. I want you. odeur de gaz d'échappement dans les interstices de la ville.

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Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

15/04/2012

Vague obscurité

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Une vague obscurité nappe le port. Le vent glacé est si dur qu'il impose à l'eau sa forme. Les vagues se jettent en avant avec un bruit flasque de linge essoré. Partout, on perçoit le bruit des mâts qui souffrent, du bois forçant contre le bois, des cordages qui frottent, tendus à se rompre.
Au milieu d'un bateau de pêche, des marins sont en train de rincer des filets et de les plier, d'autres déversent des seaux d'eau de mer. Ils frottent le pont avec un balai à long manche.
Cramponné au bastingage, l'homme se tient le buste droit. Il ne bouge pas. Il est grand, avec un visage calme et des cheveux bruns. Il porte une vareuse, un gros chandail de laine, des bottes de caoutchouc. Dans le ciel, il y a quelques étoiles. La lune fait scintiller la mer.
Plus bas, une voiture se gare sur le parking, feux de stationnement allumés. Une personne à l'intérieur. L'homme se tourne vers les marins, lève la main en guise de remerciement et s'avance vers l'appontement. Une fois sur le quai, il ouvre la portière, monte dans la voiture qui démarre et se perd dans le flot de la circulation.

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Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

11/04/2012

Treize heures quinze

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La jeune femme à côté de moi, dans le bus, n'arrête pas de sourire , en regardant bien sagement droit devant elle. A sa hauteur, de l'autre côté du couloir central, il y a un garçon blond avec les cheveux en brosse très courte. Derrière, une grande femme d'âge mûr porte un blouson des surplus de l'armée. Après avoir parcouru le journal local, elle le replie et regarde sa montre. Treize heures quinze. Debout, un individu de haute taille, barbu, avec un appareil photo qui se balance à son cou, flotte dans une salopette et un T-shirt trop larges. Sur une banquette, à l'avant du bus, un homme porte une moustache très fine, taillée avec soin. On dirait qu'il vient de se faire raser chez un barbier. Dehors, le vent souffle avec force et sans relâche. Les gens dans les rues filent le long des trottoirs dans leurs vêtements lourds et sombres.

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Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

08/04/2012

Impasse Montévidéo

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Il est debout près d'une porte vitrée munie de rideaux. Il est courbé comme s'il allait tendre la main et ouvrir. Mais il se retourne lentement. La pluie dégouline sur la fenêtre près de lui. Il va dans un recoin, prend une bouteille de bière dans le frigo, l'ouvre, et boit au goulot une longue gorgée. Il écoute la bière dans sa bouche, puis la pluie, puis un bruit de pas au-dessus de sa tête, le son étouffé d'un poste de radio quelque part au fond d'un couloir, des voitures qui passent à toute allure dans la rue au-dessous de lui en éclaboussant le bâtiment, un bus arrivant à son arrêt avec un bruit mouillé. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des avenues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. De l'autre côté de la rue, dans la brume, s'étend le grand parc avec par endroits des arbres. Il y a des nuages bordés d'argent qui filent à tout allure vers l'horizon sombre comme s'ils étaient attirés par un aimant.

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Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

29/01/2012

Trois bites

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Le parking est désert, juste des arbres malingres plantés là sans conviction, quelques vieux pneus et des cadres de scooters abandonnés. Sur un mur, il y a des tas de trucs illisibles à cause des lézardes et de l'humidité qui le couvre de taches noires. Mais, on distingue sans peine trois bites en rut classiques, avec couilles protubérantes, petite fente au bout du gland et gouttes de foutre jaillissant de l'extrémité.
Tandis que je m'éloigne vers le centre de la ville, le bruit des voitures sur l'autoroute ressemble à une ovation lointaine montant d'une arène où les jeux n'ont jamais cessé.

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Revue Squeeze N°4
"Nietzsche dans le souterrain"

07/01/2012

Voix off

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Le ciel est très bleu. Au-dessous, les voies express et le vacarme des moteurs. Plusieurs poteaux métalliques abandonnés après des travaux. Dans un coin, des sacs et des cartons empilés, protégés des intempéries par une couverture en plastique. Une clôture hérissée de fils de fer barbelés sur la partie supérieure. Quelques couvertures élimées sont roulées sur un matelas crasseux. Des bouteilles vides traînent. Il y a des brins de tabac et des petits filtres de joints racornis.
Dans la foule qui descend du tramway, elle est coiffée d'un foulard rouge. Elle regarde autour d'elle. les gens marchent vite, traversent en courant, font la queue devant un distributeur de billets : infinité d'identités fragiles, de corps qui se frôlent, s'évitent, parfois se heurtent, dans une étrange chorégraphie au coeur de la ville.
La ville qui attend son heure pour les vomir et les recracher, comme des corps étrangers.

L'Ampoule n°2 "Art & danger" des éditions de l'Abat-jour
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18/12/2011

Le saut périlleux

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Dehors, l'aube humide et froide, inonde les rues désertes, s'égoutte des corniches, des rampes, des échelles de secours. Elle émiette les blocs d'ombre entre les édifices.
Il se racle la gorge et crache sur le trottoir. Puis, il s'éloigne, aspirant l'air frais à petits coups rapides et profonds. Il baille. Les jambes lui font mal, à croire qu'il va tomber. Il est courbattu. Il a sommeil. Machinalement, il épluche une cacahuète et la porte à sa bouche. Puis, il tord l'ouverture du sachet et la fourre dans sa poche. Des mouettes tournoyent en criant. Sur le trottoir en face, une femme à cheveux gris le regarde. Elle regarde son menton mal rasé et ses poignets sales qui sortent des manches éraillées de son veston. Il détourne les yeux et s'éloigne, le menton relevé.
C'est un homme avachi. Les intempéries ont blanchi sa barbe et ses cheveux bouclés. Ses yeux semblent avoir été enfoncés dans sa tête à coups de marteau.
L'eau brune du port sent l'eau de lessive. Elle clapote doucement contre les flancs des bateaux. On entend des bruits de chaînes d'ancres.
Tandis qu'il s'éloigne péniblement, il sent des crampes lui tordre le ventre sous sa ceinture trop serrée. Pauvre vieux, ce qu'il lui faut, c'est un coup à boire, pour pouvoir se perdre dans des rêves.

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06/12/2011

La zone

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Go Sport. Conforama. Norauto. Kiabi. Maisons du Monde. Halle aux chaussures. Gifi. Bricomarché. Fly. Carrefour. Etam. Eram. Promod. Camaïeu. Darty. André. A Vendre. Marionnaud. Séphora. Habitat. Nature & Découverte. Fnac. Virgin. Monsieur Bricolage. Clé Minute. Diamant Blanc. 40% sur certaines références. Richelieu. Brice. Galeries Lafayettes. Chaumeil. Liquidation totale du stock. Jeu de Dames. Pulls à partir. Joyeux Noël. Blousons à partir. Quelle fille de Noël es-tu ? Habitat. Tu es déjà membre de la communauté ? Mésopotamie. Agatha. Kosma Paris. Orange. Joyeux Noël. Casablanca. Séduisante. Ravissante. Cultivée. Heureuse. Passionnée. Naturelle. Mystèrieuse. Morgan de Toi. Pain Parasol. La Mie Câline. Smart Box. Glups. Fame. Urban Street. Les Petites Bombes. Mango. Le Temps des Cerises. Urban Bag. Ballast. Nicolas. Pier Import. Zara Home. La Compagnie. Lideul. Comme un Garçon. Cendrillon. Fashion. Street Mode. A l'Aigle d'Or. Frénésie. Carla Shoes. Street Station. Fame. Buterfly. L'Univers du Foot. Chic Nana. Corner Street. Tout pour Elle. L'Empire du Mariage. Les Protéines Gourmandes. Alice. Oxho. Urban Center. Le Tramway. The Must. Lily & Co. Le Sommelier. Au Nom de la Rose. La Brioche Dorée. Benjamin. Déborah. Soft. Stuff. Caprices. Feeling. Via Roma. Subway. Design Shop. Look Epil. Ophélie. Sophie. Déesse. A Pleine Vue. Complicité. Low Cost Fashion.

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30/11/2011

La foule

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C'est une magnifique journée. Un ciel couleur d'ardoise, avec des petits nuages de coton blanc et un soleil radieux qui fait palpiter la surface de la mer. Un vent vif soulève une petite houle indigo et pousse des détritus dans les rigoles. La parfum de la mer se mêle à celui des bateaux amarrés contre le quai. Il fait doux et tout est très calme. Haut dans le ciel, les mouettes décrivent de grands cercles au-dessus de la ville. Beaucoup de monde sur les trottoirs qui galopent dans tous les sens. Ils ont un air traqué avec quelque chose de gris et de terne dans l'expression. Ils paraissent bien nourri et pourtant fragiles, comme ces feuilles mortes qu'un souffle de vent balaie dans le ruisseau.
A travers les vitres mal lavées sur lesquelles viennent bourdonner quelques mouches précoces, on voit des voitures garées derrière la façade jaune poussière de la Chambre de Commerce. Un chien, jaune aussi, est très occupé à gratter ses puces sur les marches du Centre Bourse. De l'autre côté, il y a un homme, aux joues décharnées, vêtu d'une combinaison assez sale. Il a dans la bouche une chique de tabac grosse comme une cerise. Il crache. De temps en temps, il frappe du poing dans la paume de sa main. Son discours est une suite de petites explosions. Il grimace quelque chose. Et l'on ne voit plus, sur sa face ridée, que les globes de ses yeux, d'un blanc bleuâtre dans ses orbites couleur de chocolat.
Il s'aperçoit que je le regarde et reste silencieux un moment. Puis, il poursuit.
Un peu à l'écart, il y a quelques petits bateaux dont la voile pend mollement. Une fille aux cheveux blonds va et vient avec un plateau chargé de bières.

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17/11/2011

Rond point

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La mer au loin. le ciel blanc. aucun arbre. lunettes noires. bouches qui tètent des sodas. couples aux visages luisant comme du bois ciré. Elle titube. Pourtant, elle n'a pas bu. Elle garde les yeux grands ouverts. Elle observe les voitures qui démarrent ou freinent aux feux rouges. Elle lève la tête vers le ciel. Elle reste debout. Elle ne se rappelle plus la saison qui l'a poussée à sortir de chez elle. Elle marche sur le trottoir. Elle regarde parfois la vitrine d'une boutique. Elle a chaud. Elle jette son manteau dans une poubelle. Elle revient sur ses pas pour le récupérer. A présent, il sent mauvais. Elle s'arrête pour voir les noms des rues. Elle ne sait pas où aller. Elle préfère continuer à marcher. Elle en a assez de voir les gens marcher tête baissée sur les trottoirs. Elles se demande ce qu'ils peuvent avoir dans la tête tous ces gens dans la rue. Elle ne peut se retenir d'éclater de rire dans la rue, sans aucune raison, pour le seul plaisir de se sentir en vie. Elle s'assoit sur un banc près du bac à sable désert.  Les piétons marchent dans un sens et dans l'autre. Certains s'arrêtent au milieu du trottoir sans qu'on sache pourquoi. Elle essaie de bronzer. Elle ne dit rien. Elle regarde sa montre. Elle regarde les lignes de ses mains. Elle les trouve profondes. Elle regrette de ne pas croire aux signes du destin.

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12/11/2011

Travelling

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Il s'assoit sur le banc auprès d'elle. Elle croise les jambes. Elle lui tourne le dos. Elle feuillette un magazine. Elle hoche la tête. De l'autre côté de la place, une jeune femme, penchée à une fenêtre, bat un tapis. Elle serre les lèvres. Il fixe le sol. Elle referme son magazine. Elle se lève. Il la regarde. Elle le regarde en hochant la tête. Elle se met un foulard sur la tête. Elle part. Il reste assis tout seul. Il a pourtant essayé bien des fois. Il pense à la solitude qu'il éprouve. Il reste là, assis sur le banc, à se demander pourquoi. Il allume une cigarette. Il regarde de nouveau autour de lui. Il sourit. Il se gratte la tête. Il se prend la tête entre les mains. Il hausse les sourcils. Il hoche la tête. Il hausse les épaules. Il rit tout seul sans trop savoir pourquoi. Il serre ses bras autour de lui. Il fait des bruits de baisers. Au bout d'un moment, il se lève. Il rentre dans un petit café. Elle sort. Il la suit du regard. Il s'assoit en soufflant. Elle hoche la tête. Elle détourne le regard. Elle ramasse un caillou. Elle fait passer le caillou d'une main à l'autre. Il se sent heureux rien qu'à la regarder. Elle pousse un profond soupir. Elle allume une cigarette. Elle tire quelques bouffées. Elle s'en va en regardant droit devant elle. Il commande un café avec un verre d'eau.

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09/11/2011

Vous me suivez

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Elle marche plus vite. La rue monte et les maisons se font rares. Le sang coule, abondant et chaud, dans ses veines. Elle peut entendre ses pas sur le macadam usé. Une boîte de tomates en conserve titube au milieu de la route. Elle continue à marcher en la poussant devant elle à grands coups de pied. Elle marche à pas rapides. Elle se fraye un chemin à travers les bruits rugueux et tranchants, en dent de scie, de la rue. Elle fait son possible pour modeler le balancement de ses hanches en marchant. L'air lui fouette le visage. Elle marche à grandes enjambées en regardant droit devant elle. Elle marche en silence. La pluie se met à tomber. Au bout de la rue, derrière des petites maisons noires semblables à des boîtes à chaussures, un éclair zigzague parfois. Une odeur de poussière mouillée monte de l'asphalte. Sur son front, les gouttes d'eau sont fraîches. Un long roulement de tonnerre gronde. La pluie se met à tomber à verse. Elle a envie de courir en hurlant des insultes. La pluie siffle sur les pavés. Maintenant, elle a les genoux mouillés. Elle marche. La rue s'étend sous la pluie. Elle marche, anonyme, simple cellule de la foule. Elle prend l'escalier roulant du métro et monte dans un wagon. Debout, elle se laisse soutenir par la masse des autres corps. A chaque station, on la bouscule. La pression devient plus forte. Elle n'oppose aucune résistance. Elle s'abandonne.

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01/11/2011

Une belle journée

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Le soleil déverse une lumière nette et dure sur la rue étroite, qui met en relief les choses dans leur exacte vérité. L'homme porte un chapeau de feutre noir et une chemise de palmiers rouges et bleus. Les rides de sa figure tannée sont profondes. Lorsqu'il plisse les yeux pour mieux voir, son large sourire découvre une bouche partiellement édentée. Il ressemble à un homme qui est resté longtemps sans boire. Ses cheveux sont noirs et lisses. Il paraît jeune, mais avec un air d'insatisfaction sereine, comme s'il avait une profonde connaissance de la vie. Lentement, il s'avance jusqu'au carrefour et s'appuie face au soleil contre un magasin au rideau baissé.Ses paupières se ferment petit à petit et on dirait qu'il va s'endormir contre le mur. Il garde cette pause près d'une minute.
"Je donnerais une fortune pour vivre dans un endroit où je pourrais voir le soleil se coucher, comme ça, tous les soirs !" pense-t-il.
Puis, il plonge la main dans sa poche de pantalon et en sort un paquet de tabac et du papier à cigarettes. Il se met à rouler une cigarette et la fait glisser sous sa lèvre supérieure où elle tient toute seule. Il tire de son autre poche une boîte d'allumettes et en allume une sur sa semelle.
Il tient l'allumette enflammée comme s'il étudiait le mystère de cette flamme qui consume l'allumette et monte dangereusement vers ses doigts. Mais, à l'instant précis où la flamme va l'atteindre, il se penche, referme la main sur la flamme qui s'incurve vers son nez, comme s'il voulait y mettre le feu, et la cigarette s'allume.
Il jette l'allumette brûlée et un jet de fumée grise fuse de ses lèvres.
Quand la cigarette a atteint la taille requise, il ouvre la bouche, et il reste un bon moment comme s'il l'avait avalé.

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23/10/2011

Fragment de vie

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Avec sa petite cape rapée, elle ressemble à une ancienne courtisane huppée qui a vécu comme les cigales et n'a rien gardé pour ses vieux jours. Elle traverse le bar en silence et se faufile entre les tables. Les clients la suivent du regard. Elle s'installe près du chauffage et allume une cigarette. Elle se tait. Elle continue de fumer. Aujourd'hui, elle est un peu souffrante. Elle a des frissons. Tout tourne quelque peu autour d'elle. Elle tire sur sa cigarette. Elle penche un peu la tête. Elle a les joues flétries et les paupières rouges comme à la suite d'une maladie.
La poitrine haletante, les tempes en feu, le ventre comme une boîte à musique dont le ressort est cassé, les oreilles bourdonnantes, elle essaie de réfléchir. Ses idées se poussent, se battent, se bousculent, tombent et se relèvent dans sa tête qui ressemble à un train fou.
Elle sent dans sa chair une chaleur suffocante, une chaleur qui la laisse à peine respirer, une chaleur reliée par mille petits fils invisibles à d'autres chaleurs. Son front lui fait mal. Elle porte une main à son front. Elle est à bout.
Dehors, à mesure que la nuit s'épaissit, la rue prend un air affamé et mystérieux à la fois. Un petit vent qui court comme un loup, siffle entre les immeubles.

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20/10/2011

Kitsch projet

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Dans le hall de la gare, il regarde autour de lui et aperçoit un panneau indiquant l'entrée du métro. Il descend un escalator, achète un ticket au guichet, et marche jusqu'au quai. Là, il prend la ligne 1 et sort à la station dont le nom lui dit quelque chose. Sur la place animée et bruyante, se trouvent des bistrots très fréquentés.
Une fois dehors, il s'installe à une table en terrasse et commande un café. Des touristes mangent des kebabs. Une femme lit à voix haute un article de journal à l'intention d'une autre femme qui se met à rire d'un rire horrifié. Des volutes de fumée de cigarettes bloquées par son rire, se coincent dans sa gorge. Elle tousse. Rire la fait tousser. Sa toux explose si forte et si brusque qu'elle effraie un chien qui se met à aboyer. Puis, la femme paraît épuisée. Elle a le souffle court, comme si elle respirait à travers plusieurs couches de tissu.
Lui, il songe à la soirée qu'il vient de passer. Personne ne le croira quand il racontera sa promenade en compagnie d'une fille qui lui avait montré les endroits où gisaient des vieux canapés, des carcasses de frigos, des jouets d'enfants abandonnés, des vieilles bicyclettes, des machines à laver, des cuvettes de cabinets, des ressorts de matelas, des télévisions, des casseroles, des faitouts, des cuisinières, des matelas... Ils s'étaient enfoncés dans une tranchée étroite, entre des murailles d'ordures hautes de six mètres. Il avait eu l'impression que cette décharge était une sorte d'enclave au coeur d'un pays désolé. La tranchée continuait sur une centaine de mètres , puis elle s'élargissait pour former une petite vallée de vieux pneus de voitures.  Certaines piles de pneus faisaient bien quatre mètres et menaçaient de les écraser au moindre contact. L'air sentait le caoutchouc.
Il se mit à penser à des visites organisées pour les touristes. Une idée à creuser, une idée porteuse de valeurs traditionnelles qui soulèverait des questions sociales. C'est kitsch comme projet se dit-il.
La pluie s'était mise à tomber, la première pluie d'octobre, elle éclaboussait en fines goutelettes le nez, les sourcils, les lèvres. Elle dégoulinait de partout. Alors, ils s'étaient dirigés vers le parking.
Plus tard, à l'abri dans la voiture, ils avaient chacun allumé une cigarette et l'avaient fumée en silence, tout en contemplant la pluie tomber. Puis, ils s'étaient engagés sur la voie rapide pour rejoindre le centre de la ville. La pluie avait maintenant fait place à des nappes de bruines.

 

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06/10/2011

Jouer aux billes

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01/10/2011

Gare Saint Charles

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Le hall de la gare bourdonne de monde. La foule. Les odeurs. Des troupes avec des valises s'engouffrent dans des trains et en descendent. D'autres attendent, épuisés par la chaleur. ça bouge dans tous les sens. Vers où ?
Une famille passe à toute allure. Des femmes voilées. Un clochard sans dent, regarde la scène et se met à rire. Son chien assis sur le cul, se lèche les babines.
Au bout du quai, un homme reconnaît la personne qui l'attend. Il court à sa rencontre. Lui prend le visage entre ses mains. Les yeux dans les yeux. L'intense amitié.
Dans les gares, on voit des étreintes que l'on ne voit pas tous les jours ailleurs. Même si une heure après, on se dispute, à ce moment-là, on s'aime beaucoup.
On devrait toujours vivre comme si on devait partir le lendemain, ou comme si on venait à peine de rentrer. Tout deviendrait plus précieux : ce que l'on quitte et ce que l'on trouve. Ou venir ici, dans une gare, et faire semblant de partir. Fouiller le monde avec l'idée de revenir. Courir la terre. Courir la mer. La tête dans les poèmes oubliés. Ne pas savoir où aller. Se perdre. Combat de chaque instant. Partir sur les routes. Aller à la rencontre de la différence. Aller plus loin. Demain. Demain peut-être.

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30/09/2011

Nounours ?

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19/09/2011

Passages urbains

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Il était une fois, devant un bar de quartier, quatre africains, chacun suivi de sa boutique, un cinquième qui dort au milieu de ses colliers et lunettes de soleil, un homme obèse qui boit de la bière à la bouteille, un clochard qui marche tenant dans sa main droite un sachet qui contient toute sa maison, et dans sa main gauche sa garde-robe, une famille qui passe devant lui à toute allure, un enfant qui court maladroitement, traînant un tricycle qui fait du bruit, une fillette qui tient son chapeau d'une main pour ne pas le perdre, un clochard qui regarde la scène et qui se met à rire, le noir endormi qui se réveille et qui baille comme un lion, l'homme obèse qui a fini sa bière et qui s'essuie le front, une fille qui  se fait bronzer sur le toit terrasse du bistrot, l'homme obèse qui lui dit que le soleil c'est pas bon qu'il brûle la peau.

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11/09/2011

A Marseille, les rats ne s'intéressent pas au football

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La ville est prise dans une chape de pollution : ozone, dioxyde de sulfure, dioxyde de nitrogène, monoxyde de carbone, particules en suspension de matières fécales... Tout cela flotte dans l'air de la ville qu'on respire.
A quelques mètres, par-delà la terrasse de café, une dizaine de rats se promènent parmi les déchets, sans la moindre crainte des passants qui font tout pour les éviter. Les rats se dirigent tranquillement vers les sous-sols de la Chambre du Commerce, où il y a une réception en cercle fermé, en l'honneur des membres du G7.
Pour eux, ce soir, c'est un grand soir. Ils pénètrent un par un, dans les caves du bâtiment, par un trou percé dans une bouche d'aération. Au-dessus, dans les salons de la Chambre du Commerce, on voit des lustres qui scintillent, des hommes et des femmes en tenue de soirée, des coupes de champagne qui pétillent...  On voit que les rats de la Chambre du Commerce sont moins gros que les rats de Noailles, ou ceux du Cours Julien... mais, ils sont jeunes et beaux... et ni les uns, ni les autres, ne s'intéressent au football...
Au début, on a du mal à les différencier, puis, peu à peu, en apprenant à percer l'écran de leur rituel quotidien, on s'aperçoit de leur diversité de caractère. On découvre des rats exubérants, des rats malicieux, des rats arrogants, des rêveurs, des marginaux, des rats qui ont les yeux dans le vague... des rats jardiniers, des rats joggeurs, des rats comblés par tous ces instants de bienheureuse simplicité, où ils se sentent tous parcourus par la même allégresse éphémère, de cette routine marseillaise qui contribue à les revivifier.

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05/09/2011

L'hypothèse du chien

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Les images de l'été sont trop vite passées, comme des notes écrites sur des feuilles mortes que le vent balaie devant la fenêtre.
Une vieille femme m'adresse la parole. Ses yeux cernés, remplis du chaos qui tourbillonne au fond de son âme, regardent avec une totale indifférence le monde dit réel, y compris moi-même. Malgré les rues sales et dégradées, malgré les images de moisissures et de pourritures, son apparence est soignée.
Dans la rue, un chien conduit un autre chien et je ne peux pas distinguer lequel des deux est le maître.

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19/08/2011

Shoot canin

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Après l'orage, les feux de signalisation sont en panne. Les gens roulent comme des malades. Une petite pluie fine se met à tomber. A l'angle d'un carrefour, ils s'engueulent dans leur langue. Comme deux escrimeurs, ils s'assènent l'un à l'autre des harpons de points d'interrogation, catapultent des chapelets de consonnes, mots acérés et empoisonnés, brûlant comme une mèche, langues claquantes par-dessus des lèvres crènelées, des aboiements éclatant hors des bouches caverneuses.
Ils semblent avoir été tenus en laisse longtemps. Les mots arrachés de toutes leurs forces sont libérés. Et la voix devenue le couteau, débite de plus en plus de mots, jusqu'à ce que ne subsiste plus que le squelette de l'indicible

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12/08/2011

Rue de la République

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Dans ce quartier, bon nombre de maisons en bordure de rue sont camouflées derrière des échafaudages et des bâches en plastique. Les piétons circulent sous les échafaudages par d'étroits tunnels faisant office de passerelles. Des embranchements à intervalles réguliers s'ouvrent sur des portes d'entrée et des commerces.
Non loin d'un petit supermarché, un vieux poivrot fait glisser son pantalon en toile crasseuse le long de ses jambes, puis il s'accroupit sur la grille du métro et lâche sa merde. Il finit par se relever et le pantalon sale autour des chevilles, il essaie de faire deux pas en traînant les pieds. Les couilles à l'air qui ballotent, il semble réfléchir.
Des gens passent et des nuées d'oiseaux ruissellent dans le ciel comme les gouttes aiguës d'un métal fondu.

à lire : "Les mauvaises herbes" mon essai fiction publié
par la revue électronique de littérature SQUEEZE N°3
dans la rubrique "de l'utilité de l'art"

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05/08/2011

Parcelles durables

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Le ciel en feu disparaît derrière l'horizon. Il se transforme en un véritable incendie de rouges, d'oranges et de roses. C'est comme une récompense du soleil, pour tous ceux qui acceptent de respirer, jour après jour, l'air empoisonné de la ville.
Autour du cou, accroché à un lacet de cuir, il porte un coquillage, peut-être rapporté d'une lointaine île du Pacifique. Au moment où il oblique en direction de la mer, il monte le volume de la radio, allume une cigarette, s'enfonce dans son siège en position avachie pour rouler tranquille et observe la lente disparition de toute chose, les arbustes et les fourrés, les lumières dans les collines, les panneaux au-dessus de l'autoroute. Il est comme dans un convoi où chaque voiture reste derrière celle de devant, à distance suffisante pour voir ses feux arrière, comme une caravane dans un désert, réunie un temps pour traverser en sécurité une zone sombre et inconnue. De temps en temps, quelqu'un met le clignotant droit et quitte la file pour s'engager sur une bretelle de sortie.
Dans la nuit douce et tiède comme un bain, il arrive devant la gare. Tandis qu'il descend le boulevard, il contemple les gens qui flânent, ceux qui se parlent dans l'embrasure d'une porte, ceux qui sont assis à la terrasse des cafés à regarder l'agitation des trottoirs, ceux qui étendent leurs morceaux de tissus jonchés de marchandises bon marché...
Il se dit que la ville, c'est un rêve et une vision, mais en même temps, c'est quelque chose de parfaitement réel, de tangible, de palpable.

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27/07/2011

L'orage

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Le crépuscule. Les oiseaux de mer gris planent à proximité du rivage. La lune qui se lève commence à tracer un chemin étincelant à travers les eaux. Sur la plage, il y a des promeneurs et quelques baigneurs attardés. La mer est calme et déserte, brisée seulement au loin, par des vaguelettes. Soudain, un éclair illumine le ciel, suivi d'un grondement menaçant qui fait penser à une poursuite. Je sens alors une goutte de pluie sur ma main tendue.

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18/07/2011

L'été

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23/06/2011

Super héros

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21/06/2011

Les mauvaises herbes

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13/06/2011

Une vague obscurité

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Une vague obscurité nappe le port. Partout, on perçoit le bruit des mâts qui souffrent, du bois forçant contre le bois, des cordages qui frottent, tendus à se rompre. Au milieu d'un bateau de pêche, des hommes sont en train de rincer des filets et de les plier ; d'autres déversent des seaux d'eau de mer et frottent le pont avec un balai à long manche.
Cramponné au bastingage, il se tient le buste droit. Il ne bouge pas. Il est grand avec un visage calme et des cheveux bruns. Il porte une vareuse, un gros chandail de laine, des bottes de caoutchouc.
Dans le ciel, il y a quelques étoiles. La lune fait scintiller la mer.
Plus bas, une voiture se gare sur le parking, feux de stationnement allumés. Une personne à l'intérieur. Il se tourne vers les marins, lève la main en guise de remerciement, s'avance vers l'appontement. Une fois sur le quai, il ouvre la portière, monte dans la voiture qui démarre et se perd dans le flot de la circulation.

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11/06/2011

Vertige

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Lorsque je remonte au grand jour les escalators ou les escaliers du métro, parfois je suis prise de vertige. La ville resserre son étreinte sur moi. Le large trottoir, l'étal du fleuriste, le front vitré des terrasses de cafés, le grouillement de la foule, la feuille qui voltige, le soupçon de ciel, la lumière de la ville, et pas le moindre interstice, le moindre vide, et le bourdonnement, le tourbillonnement des gens et des véhicules : parcours à ciel ouvert. Tout ce que capte mon oeil est inattendu. Je me retrouve dans un champ magnétique comparable à un essaim immobile de moustiques. Tant d'affluence, tant de nourriture pour la pensée. Je pénètre dans le domaine des humains et ce n'est pas seulement l'écho de l'histoire mais celui de toutes les humanités qui ont traversé ces lieux, qui les ont parcourus, non seulement étrangères mais anonymes, non seulement anonymes mais clandestines.

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08/06/2011

Traces

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Parfois, je tourne dans la ville. Je dérive de rue en rue. Je me déplace à l'air libre parmi les voitures, les bus et les motos. Je traverse des paysages de trottoirs, d'affiches publicitaires et de graffitis. Je marche vers un but invisible. Je cours après les phrases écrites sur les murs. Quelque chose de matériel subsiste d'une absence qui fleurit soudain au milieu de tout le cirque quotidien.

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01/06/2011

Poussière et macadam

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Sur une marche, une femme en robe imprimée tend un paquet de bonbons à une petite fille. Elle a les ongles vernis, parfaitement manucurés. Dans les cafés, des hommes assis en terrasse. Des assemblées d'hommes. Sur un mur, une trace, au milieu des tags et des graffiti. Préliminaires physiques. Je m'égare dans le labyrinthe de la ville. Je cours après les phrases sur les murs. J'espère que je vais récolter quelque chose. Saisir au vol de la matière pour la soumettre au mouvement de ma course poursuite. Me perdre, tourner en rond, écrire une partition existentielle, une chronique en gestation, dans le grouillement de la foule et l'envolée des rues aux quatre vents. Et soudain, au milieu du trottoir, une femme débraillée, assise seule sur le pas d'une porte. Cheveux gris frisés en désordre, bouche avalée, vêtue d'un manteau de laine noire informe et froissé, elle découpe des petits bouts de papier et les étale à ses pieds. Sans paraître la regarder, la foule fait un  détour discret pour l'éviter. Personne ne sait autre chose que ce qu'elle montre d'elle-même. Personne ne sait d'où elle vient, ni pourquoi. Cette manière dont les rues se croisent et se répandent sur le bitume, cela n'existe que dans les grandes villes.

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30/05/2011

Huis clos

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28/05/2011

Question

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25/05/2011

Rue Longue

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En haut, la canalisation du ciel, puis les façades très écaillées, friables, lézardées ; les étalages de poissons, les fruits de mer, les légumes, les viandes, les épices, les bouquets de persil, la menthe fraîche, la coriandre qui débordent sur la rue ; et puis, le bitume, lui qui semble tout contenir et qui garde l'empreinte de milliards de pas ; lui qui se couche sous les pieds des passants et les intègre dans le cours de l'histoire humaine, comme il intègre les hommes qui pissent sur lui en se cachant à peine et qui confient leur pisse au caniveau, lui-même tout gargouillant de rinçures.
Ici, les trottoirs sont pleins d'histoires, pleins de sexe, pleins de vie de famille, toute la vie de famille portée dehors dans la rue, le marchandage et le commérage, et tout cela dans l'odeur des étals de poissons, de viandes et de légumes.
C'est tout un débordement. C'est de l'humain, le nez plein la vie, la vie dans les narines, le ciel qui coule et qui s'écoule, et le trottoir qui ne sert pas qu'à avancer, mais aussi à mourir de faim et à sombrer. Et les chiens policiers partout, le règne des bergers allemands et des dobermans, et c'est une lutte pour survivre pendant que les mains des vendeurs fouillent dans les tas de légumes et de fruits et qu'elles remplissent des sachets en plastique, leurs voix braillant les refrains des réclames, et c'est le sud dans l'ombre ensoleillée ou quelque chose de ce genre.

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