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  • Décharges d'ultimes

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    Un ciel sans nuage, aussi figé que l'air dans une chambre froide, coiffe les murs de béton et l'étendue silencieuse des parkings. Malgré l'heure matinale, une vingtaine d'habitants se tiennent déjà sur leurs balcons, attachés-case et sacs à main brandis comme des pièces d'armure. Ils regardent dans la même direction l'avalanche graisseuse de détritus entassés au pied de leur immeuble. A première vue, tout semble normal, mais à l'approche des premiers rangs du parking, l'illusion de normalité commence à se dissiper. Les véhicules sont couverts de détritus. Les carrosseries, rayées et tachées. Les pare-brise pulvérisés. Bouteilles vides, boîtes de conserve, débris de verre jonchent les allées. Leur entassement laisse supposer qu'il y a eu un bombardement depuis les balcons. Sur le mur qui fait face à l'immeuble, quelqu'un a griffonné un message, premier d'une série de slogans qui vont couvrir bientôt chaque surface libre du bâtiment. Il y a trop d'hostilité ici. Il y en a toujours eu. Mais depuis que le vide-ordures est de nouveau bouché, elle ressort. Les gens s'en prennent à n'importe quoi. Tout ça parce qu'un ballot de rideaux en brocart obstrue le conduit et retient une colonne de détritus. Certainement à cause de la quinquagénaire du salon de coiffure qui passe son temps à redécorer son appartement du troisième étage et qui fourre de vieilles carpettes, voire du petit mobilier dans le vide-ordures. Sans oublier celle d'en bas qui dépose ses ordures par petits sacs devant sa porte et secrète dans le conduit un flot continu de saletés mucilagineuses. Toutes les cinq minutes, son climatiseur s'arrête et un air fétide stagne dans toute les pièces. Le climat mental qui règne dans cet immeuble a fait l'objet d'enquêtes dont les conclusions sont accablantes. L'absence d'humour en constitue le trait le plus significatif. Tous les témoignages s'accordent sur ce point : les habitants de l'immeuble ne plaisantent pas à leur sujet. Ce qui est irritant, c'est de voir comment cet agglomérat apparemment homogène de gens aux revenus élevés, a pu se scinder en camps hostiles. Les vieilles divisions sociales fondées sur la puissance, le capital et l'égoïsme ont resurgi, ici comme ailleurs.
  • Laissez-moi vivre

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    Le ciel devient gris. La rue grouille de vie furtive. Un homme marche silencieusement. Il se coule dans la foule et traverse les rues. Il est coiffé d'un vieux feutre. Ses yeux sont d'un brun sombre. Ses pupilles sont vaguement teintées de brun. Il a de fortes pommettes. Des rides profondes sillonnent ses joues. Elles s'incurvent autour de sa bouche. Sa lèvre supérieure est longue. Comme ses dents avancent, les lèvres se tendent pour les couvrir. L'homme tient ses lèvres fermées. Ses mains sont dures. Ses doigts larges, avec des ongles épais et striés comme de petits coquillages. L'espace compris entre le pouce, l'index et la paume de ses mains est couvert de callosités épaisses. L'homme porte des vêtements bon marché. Son veston est trop large. Son pantalon trop court. Il porte une paire de souliers jaune clair. Debout au soleil, il tire un paquet de tabac et du papier à cigarette d'une de ses poches. Il roule lentement sa cigarette, l'examine, la lisse... Finalement, il l'allume et regarde la rue en clignant des paupières à travers la fumée. Je ne vois qu'une petite lueur entre ses cils. Ses yeux sont tournés vers l'intérieur, paisiblement... [Aucun réfugié n'échappe à sa traque]... Je le regarde. Je me demande quel effet ça lui fait de ne pas connaître la terre qu'il a devant sa porte ?... Je regarde sur une carte. La maison est morte. Les gens sont morts. Il y a de grandes montagnes. Faut passer tout droit à travers... Combien de temps faut-il pour venir de si loin ?... Depuis que le temps, c'est de l'argent, plus personne ne lui demande de suspendre son vol...

  • Jus de chique

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    Il crache son jus de chique sur le trottoir. Un camion brûle un feu rouge. Il y a une télé sur une étagère. Le barman monte le son. L'image saute. Puis, elle se stabilise. Le haut-parleur crache des parasites. La confusion règne sur l'écran. Un millier de téléviseurs sont allumés. Des fenêtres défilent. Toutes déformées par le verre teinté. Une dizaine de personnes. Qui parlent. Qui s'agitent. Qui contaminent les informations. Un homme lève son verre. Il laisse vagabonder ses pensées. Une strip-teaseuse tangue tout près de lui. Elle porte un cache-sexe. Son épilation ne date pas d'hier. Soudain, une femme le bouscule -joues humides et mascara qui coule- C'est la gifle qui fait déborder le vase. Elle le gifle. Elle pleure. Elle crie. Elle lui laboure la nuque de ses ongles. Il lui couvre la bouche avec sa main. Elle retrousse ses lèvres. Elle le mord. Il trébuche et roule à terre. Elle lui demande pardon. C'est sa femme, à lui. Ils prennent autant de plaisir à se battre qu'à faire l'amour. Des embrouilles. Encore et toujours des embrouilles. Mais, ils sont tellement bien ensemble, tous les deux. Bientôt, ils vont se tenir par la main. Le barman bricole toujours sa télé. Il tripote des boutons. Il tortille des fils. Les parasites redoublent. La télé devient toute noire. La télé est morte. Il y a une saute de vent. Les vitres gémissent. "Dis-moi quelque chose de sympath, tu veux bien ?... Raconte-moi comment s'est passé le dernier spectacle ?..." Il tire sur sa cigarette. Au loin, un chien aboie.

  • Le vent, ou le vide, ou rien

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    Tout se passe à la surface des choses, dans la rue, contre la peau... ne subsiste qu'un geste, un élan, une trace... quelque chose qui m'échappe et me déborde à la fois... le trait sans fin, avec les mots les plus simples qui me donnent ce monde-ci et me fait habiter ici, où rêve et réalité se cotoient et fortifient ma raison d'être et de durer avec la poésie la plus dépouillée, la plus nue, la plus silencieuse, et qui maintient l'espace ouvert, un pas à la rencontre de l'autre, ou presque rien, devant ce mur qui m'arrête au croisement de la rue d'Aubagne et de la rue de l'Académie, aussi vivant que les rues de la ville, avec les mots de chaque jour, comme en suspens au-dessus du vide jusqu'à la mer dans les fenêtres, et la nuit qui arrive en rampant par-dessus les toits...