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  • Les ombres équivoques

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    Le vent arrive de la mer, plein d'une odeur de sel et de poisson, tiède et humide. Le vent dévale les rues en hurlant, avec sa cargaison de bouts de papiers, de boîtes de conserves, de bouteilles, de chiffons, et de détritus de toutes sortes. Nuit et jour, les morsures du vent attaquent les murs de la ville : tout passe au crible, tout est labouré, tout est écrasé par la frénésie de son élan. Les chaises se renversent et s'éparpillent : les chiens n'y prêtent guère attention. Mais, quand elle beurre un toast comme si elle raclait un os, ils ont comme des frissons qui se mêlent à des tiraillements. Là, elle boit sa troisième tasse de café, et à en juger par l'expression de son visage, ce matin, elle a l'air d'humeur combattive. "ça va pas la tête ? Qu'est-ce qui vous prend ?". Venu de la mer, un coup de vent secoue les arbustes. Des branches s'entrechoquent, cliquètent comme des griffes. Un homme pisse, debout contre le vent. Il porte ses lunettes de soleil avec verre en plexiglas et montures à carreaux. Il s'est ramené les cheveux dans la figure. Ses épaules se soulèvent et s'abaissent en rythme. Dans son cerveau, un grand trou que l'on pourrait qualifier de néant. Il y a quelque chose devant lui : une poubelle [comme il y en a partout pour préserver l'environnement] Une poubelle renversée dont s'est échappé un tas de détritus. "Oui, oui, maintenant, tire-toi !" dit-elle, écumante de rage. Dans les yeux des chiens, l'horreur est à son comble, à cause de la cruauté de leur propriétaire et de ce monde en général. Sous les secousses du vent, divers arbres tremblent. On les croirait secoués par d'invisibles pinces, comme si leur dernière heure était venue. Un oiseau troublé dans son repos s'envole en criaillant. Des cris étouffés élèvent leurs voix. On ne sait pas exactement d'où ils viennent et où ils vont. Ils sont difficiles à localiser. Ce sont les forces de la nature.

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  • Le labyrinthe inachevé

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    Du Vieux Port à la gare Saint Charles, de Noailles aux Réformés, du Centre Bourse aux ruines romaines, de Macdo aux snacks kebabs, des tours La Bourdette à l'Alcazar, combien d'esprits se sont trempés dans ce voyage entre chambre d'hôtel et vieilles pierres. Des siècles d'histoire, le témoignage de mille vies révolues les accompagnent et leur parlent le long des rues vouées à la poussière et à la chaleur. Ces rues, où l'on trouve dans les boutiques tout un mixage de l'Europe et de l'Orient, qui prend parfois le goût de l'exagération. Souvent, l'allure baroque des guirlandes de théières en étain pendant le long des murs, les tasses et les plateaux mêlés aux tourniquets de cartes postales, les tapis, les foulards brodés, les sacs et les caisses remplis d'épices, les pains de sucre dans leur gros papier bleu, se confondent dans un même éclat avec les odeurs de "petit noir", de thé à la menthe et de fleur d'oranger.
    Du Vieux Port à la gare Saint Charles, on ne va jamais dans ces rues d'un point à un autre. On ne part pas d'ici pour aller là-bas. On ne cherche pas à y être seul. Et à vivre ainsi près des corps et par le corps, on s'aperçoit qu'il a ses nuances, sa vie et une psychologie qui lui est propre. Singulier instant où l'esprit trouve sa raison dans le corps : on se souvient que l'Occident s'est forgé dans les clameurs.

  • Message is the bottle

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    Les voies rapides se chevauchent dans un coït géant aux membres emmêlés et les phares des files de voitures illuminent le soir comme des lanternes pendues à l'horizon. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de biens de consommation et de signes extérieurs de richesse, toutes les voies sont obstruées de véhicules pris dans un énorme embouteillage. Les stops brillent dans l'air du soir comme des feux dans une immense plaine de corps cellulosiques. La haute muraille d'un autobus donne l'impression d'une falaise de visages. Les passagers qui regardent, évoquent des alignements de morts. Une voiture de police, phare tournant fouettant l'air d'une lueur bleue, se fraye un chemin sur la rampe descendante. Partout, autour de moi, les perspectives changent. Des mouches grouillent contre le double vitrage. Elles jettent un voile bleuté devant mon regard. J'ai le sentiment que tous les véhicules sont immobiles et que la terre tourne follement sous leurs roues. Lorsque je lève les yeux vers le ciel assombri par la nuit, il me semble que le sperme d'un extra-terrestre inonde tout le paysage ; qu'il alimente en énergie ces milliers de machines qui défilent sur la voie express. Les êtres humains qui peuplent ce paysage n'en fournissent plus les points de référence. Ils ne détiennent plus les clés de leur identité. La pornographie étant devenue la forme la plus intéressante politiquement [montrant comment les hommes se manipulent et s'exploitent les uns les autres de la manière la plus impitoyable] les êtres humains qui peuplent ce paysage poursuivent un rêve de violence et de sexualité, tuant chaque année des milliers de personnes et en blessant des millions. L'excés de bien-être fait qu'ils ne sont plus et que le proche doit rester lointain, comme si, se mêler à son semblable provoquait la confusion.