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société - Page 3

  • Penzlauer Berg

     

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    Schönhauser Allée. C'est là que je descends. La soirée est déjà bien avancée. Dans quelques minutes, je vais déposer mes bagages. Je Marche. Nous sommes trois. Nous marchons. Les trottoirs sont larges, bordés de roses trémières. Il n'y a pas de poubelles dans les rues. Pas de détritus. Les fenêtres des rez-de-chaussée ne sont pas protégées par des barreaux. Certaines sont ouvertes. Je peux apercevoir l'intérieur des appartements. Nous traversons un parc avec de grands arbres. Les fleurs semblent semées à la volée. ça sent bon la terre après la pluie. Quelques personnes assises sur des bancs prennent le frais. C'est calme. Les voitures ne circulent pas. Seuls, les vélos parcourent les rues. La nuit est rassurante. Elsa, notre accompagnatrice, nous dit qu'à Berlin ça craint pas pour les filles. ça craint pour personne. On peut rentrer à n'importe quelle heure de la nuit et dans n'importe quel état, sans aucune crainte. Vue d'ici, Marseille ressemble à un immense corps malade fait de millier de sortes de vies qui s'agglutinent et qui luttent ; qui s'embrassent et se détruisent les uns les autres, sur un fond de vomissures, de merdes de chiens et de relents d'ordures. De là cette mauvaise haleine qui permet à la circulation, à la digestion, aux systèmes excréteurs de continuer à fonctionner, comme au cours d'un coma prolongé. Au fur et à mesure que je marche, je me demande si ce n'est pas tout le pays, avec son interminable défilé de tocards, qui se trouve dans un coma prolongé.

  • Laissez-moi vivre

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    Le ciel devient gris. La rue grouille de vie furtive. Un homme marche silencieusement. Il se coule dans la foule et traverse les rues. Il est coiffé d'un vieux feutre. Ses yeux sont d'un brun sombre. Ses pupilles sont vaguement teintées de brun. Il a de fortes pommettes. Des rides profondes sillonnent ses joues. Elles s'incurvent autour de sa bouche. Sa lèvre supérieure est longue. Comme ses dents avancent, les lèvres se tendent pour les couvrir. L'homme tient ses lèvres fermées. Ses mains sont dures. Ses doigts larges, avec des ongles épais et striés comme de petits coquillages. L'espace compris entre le pouce, l'index et la paume de ses mains est couvert de callosités épaisses. L'homme porte des vêtements bon marché. Son veston est trop large. Son pantalon trop court. Il porte une paire de souliers jaune clair. Debout au soleil, il tire un paquet de tabac et du papier à cigarette d'une de ses poches. Il roule lentement sa cigarette, l'examine, la lisse... Finalement, il l'allume et regarde la rue en clignant des paupières à travers la fumée. Je ne vois qu'une petite lueur entre ses cils. Ses yeux sont tournés vers l'intérieur, paisiblement... [Aucun réfugié n'échappe à sa traque]... Je le regarde. Je me demande quel effet ça lui fait de ne pas connaître la terre qu'il a devant sa porte ?... Je regarde sur une carte. La maison est morte. Les gens sont morts. Il y a de grandes montagnes. Faut passer tout droit à travers... Combien de temps faut-il pour venir de si loin ?... Depuis que le temps, c'est de l'argent, plus personne ne lui demande de suspendre son vol...

  • Aire de repos

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    Un parking. des voitures se garent. d'autres partent. des toilettes pour dames. des toilettes pour hommes. deux bâtisses en ciment. un espace entre les deux. en face des toilettes, des boules de broussailles. de la poussière. des touristes japonais qui mitraillent tous azimuts. une voiture qui entre dans le cadre. elle se gare. une femme descend de la voiture. elle porte un imperméable. les manches tombent. l'ourlet lui bat les pieds. elle entre dans les toilettes pour dames. des cabines vides. des lavabos crasseux. l'odeur du crésyl. trois minutes. elle ressort. le vent fait voler des bouts de cellophane. toute la semaine dernière, il a fait exceptionnellement beau. aujourd'hui, les nuages marquent des temps d'arrêt dans le ciel. les nuages changent de couleur. le ciel est noir. l'air froid tourbillonne autour d'elle. elle allume une cigarette. elle se touche les cheveux. elle baille. s'étire. se gratte les fesses. treize minutes. quatorze minutes. elle démarre la voiture. s'engage sur la file de gauche. elle roule à 80 à l'heure. elle quitte la bretelle de l'autoroute. part vers le sud. le traffic est nerveux.