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photograffeuse - Page 4

  • Les vagues de Virginia Woolf

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    Sur les balcons, des herbes qui tremblent, du linge qui pend, des antennes paraboliques. Un chien qui tourne en rond. Une jeune fille qui se coiffe à sa fenêtre dans une attitude d'amphore. Une petite vieille qui remonte un store. Elle disparaît à l'intérieur de chez elle. J'aperçois les rideaux au crochet, un bout de meuble, un tableau au mur, le lustre. Ensuite un mur, puis des immeubles. Tous semblables, mêmes balcons, mêmes persiennes, mêmes petits cafés avec la télé branchée sur le football, mêmes parfums que les vieilles dames laissent dans les ascenseurs, mêmes individus qui promènent leurs chiens avec une de ces laisses qui s'allongent et se rétractent, mêmes jeunes femmes qui rejettent leurs cheveux en arrière d'un brusque mouvement du cou, mêmes bruits incessants des voitures sur l'autoroute, une infinité de lumières jaunes orangées, la fixité des lumières aussi calmes que les arbres, des conteneurs, des entrepôts, des phrases qui arrivent comme des vagues, les vagues de Virginia Woolf. Virginia Woolf qui entendait les oiseaux chanter en grec. Des petits oiseaux qui chantaient en grec.

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    Revue Squeeze N°4
    "Nietzsche dans le souterrain"

  • Dernier match de la saison

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    La lumière très vive écrase et tache la ville en noir et blanc. masses de béton et fenêtres vides. pas de couleurs aujourd'hui. Je marche dans les rues jusqu'à la gare. Autour de moi, beaucoup de chantiers. des immeubles réparés ou démolis. de nouveaux construits à la place.
    Tout au long du trajet, les rues empestent la pisse et la merde. Cours Garibaldi, un bazar asiatique vient d'ouvrir ses portes. Parmi les bouilloires et les casseroles, les pots et les ustensiles, parmi les vêtements et les chaussures, l'huile de sésame et la sauce de soja, parmi les fruits et les légumes, il y a du café et de la soie.
    Dans la gare, des centaines de personnes attendent des trains. Il y a des gens. des gens qui marchent vite. des gens qui sortent de la bouche du métro. Il y a des bagages partout. une masse dense ondule sur les quais. Je vois une femme qui porte des bas noirs. Elle s'explique avec un distributeur automatique de billets de banque. Plus loin, un enfant cherche des trésors dans les poubelles. Un jeune garçon, tout en cuir, avec un crucifix tatoué sur le nombril, l'accompagne.
    Même si je sens la chaleur du soleil sur ma peau, la fraîcheur de l'air me rappelle que l'hiver vient juste de finir. pas d'arc-en-ciel aujourd'hui. Les nuages vont vite. Je tourne la tête. Sur le parking, un jeune garçon avec un ballon. un jeune garçon avec un rêve. un ballon sur son pied. sur son genou. sur sa tête. Un jeune garçon avec un ballon, sous le soleil et sous le pluie.

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  • Vague obscurité

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    Une vague obscurité nappe le port. Le vent glacé est si dur qu'il impose à l'eau sa forme. Les vagues se jettent en avant avec un bruit flasque de linge essoré. Partout, on perçoit le bruit des mâts qui souffrent, du bois forçant contre le bois, des cordages qui frottent, tendus à se rompre.
    Au milieu d'un bateau de pêche, des marins sont en train de rincer des filets et de les plier, d'autres déversent des seaux d'eau de mer. Ils frottent le pont avec un balai à long manche.
    Cramponné au bastingage, l'homme se tient le buste droit. Il ne bouge pas. Il est grand, avec un visage calme et des cheveux bruns. Il porte une vareuse, un gros chandail de laine, des bottes de caoutchouc. Dans le ciel, il y a quelques étoiles. La lune fait scintiller la mer.
    Plus bas, une voiture se gare sur le parking, feux de stationnement allumés. Une personne à l'intérieur. L'homme se tourne vers les marins, lève la main en guise de remerciement et s'avance vers l'appontement. Une fois sur le quai, il ouvre la portière, monte dans la voiture qui démarre et se perd dans le flot de la circulation.

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  • Treize heures quinze

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    La jeune femme à côté de moi, dans le bus, n'arrête pas de sourire , en regardant bien sagement droit devant elle. A sa hauteur, de l'autre côté du couloir central, il y a un garçon blond avec les cheveux en brosse très courte. Derrière, une grande femme d'âge mûr porte un blouson des surplus de l'armée. Après avoir parcouru le journal local, elle le replie et regarde sa montre. Treize heures quinze. Debout, un individu de haute taille, barbu, avec un appareil photo qui se balance à son cou, flotte dans une salopette et un T-shirt trop larges. Sur une banquette, à l'avant du bus, un homme porte une moustache très fine, taillée avec soin. On dirait qu'il vient de se faire raser chez un barbier. Dehors, le vent souffle avec force et sans relâche. Les gens dans les rues filent le long des trottoirs dans leurs vêtements lourds et sombres.

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  • Impasse Montévidéo

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    Il est debout près d'une porte vitrée munie de rideaux. Il est courbé comme s'il allait tendre la main et ouvrir. Mais il se retourne lentement. La pluie dégouline sur la fenêtre près de lui. Il va dans un recoin, prend une bouteille de bière dans le frigo, l'ouvre, et boit au goulot une longue gorgée. Il écoute la bière dans sa bouche, puis la pluie, puis un bruit de pas au-dessus de sa tête, le son étouffé d'un poste de radio quelque part au fond d'un couloir, des voitures qui passent à toute allure dans la rue au-dessous de lui en éclaboussant le bâtiment, un bus arrivant à son arrêt avec un bruit mouillé. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des avenues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. De l'autre côté de la rue, dans la brume, s'étend le grand parc avec par endroits des arbres. Il y a des nuages bordés d'argent qui filent à tout allure vers l'horizon sombre comme s'ils étaient attirés par un aimant.

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