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  • Dakar, c'est comme Marseille

     

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    La lumière du crépuscule déchire le ciel. Le vent brosse la mer et nous balaye les cheveux. Les étoiles n'arrivent pas à percer, pas encore, mais elles ne vont pas tarder à apparaître. Une petite fille court pour ne pas rester en arrière. Sa mère lui tient à peine la main. Ses pieds volent sur les trottoirs, descendent et remontent les bordures, quand elles traversent les rues. Une mouche tourne, depuis un moment, dans le bus aux glaces relevées. Elle va et vient sans bruit. Assise près de moi, une dame. Elle porte un tricot à raies bleues et blanches. Elle me sourit de toutes ses dents. Puis, elle me regarde avec une franche curiosité. Ses yeux sont noirs et tranquilles. Tout d'un coup, elle se met à me parler. Elle me dit qu'elle adore l'Afrique. Pas toute l'Afrique. Elle ne connaît que le Sénégal. C'est là-bas qu'elle ira vivre lorsqu'elle sera à la retraite. Oui, elle ira vivre à Mbour. C'est un petit village de pêcheurs au sud de Dakar. Elle l'a découvert, il y a une vingtaine d'années. Depuis, elle y va tous les ans. Aujourd'hui, elle parle très bien le woualof. Là-bas, ils parlent le woualof. Ils vivent près de la terre. La nature est très proche. L'eau de l'Océan très salée. Et puis, ils respectent les vieux. Pour eux, les vieux c'est important. Pas comme ici, où on ne les calcule plus. Dakar ? C'est une ville qui ressemble à Marseille. C'est comme Marseille, mais au Sénégal. Alors, nous les petits blancs, il ne faut pas y aller pendant les mois d'été : c'est la fournaise. Non, la meilleure période, c'est à partir de septembre... Le bus s'arrête. Il ouvre ses portières. Elle descend. A l'intérieur, le silence est complet.

    http://radio.diction.free.fr/emissions.html

  • Les ombres équivoques

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    Le vent arrive de la mer, plein d'une odeur de sel et de poisson, tiède et humide. Le vent dévale les rues en hurlant, avec sa cargaison de bouts de papiers, de boîtes de conserves, de bouteilles, de chiffons, et de détritus de toutes sortes. Nuit et jour, les morsures du vent attaquent les murs de la ville : tout passe au crible, tout est labouré, tout est écrasé par la frénésie de son élan. Les chaises se renversent et s'éparpillent : les chiens n'y prêtent guère attention. Mais, quand elle beurre un toast comme si elle raclait un os, ils ont comme des frissons qui se mêlent à des tiraillements. Là, elle boit sa troisième tasse de café, et à en juger par l'expression de son visage, ce matin, elle a l'air d'humeur combattive. "ça va pas la tête ? Qu'est-ce qui vous prend ?". Venu de la mer, un coup de vent secoue les arbustes. Des branches s'entrechoquent, cliquètent comme des griffes. Un homme pisse, debout contre le vent. Il porte ses lunettes de soleil avec verre en plexiglas et montures à carreaux. Il s'est ramené les cheveux dans la figure. Ses épaules se soulèvent et s'abaissent en rythme. Dans son cerveau, un grand trou que l'on pourrait qualifier de néant. Il y a quelque chose devant lui : une poubelle [comme il y en a partout pour préserver l'environnement] Une poubelle renversée dont s'est échappé un tas de détritus. "Oui, oui, maintenant, tire-toi !" dit-elle, écumante de rage. Dans les yeux des chiens, l'horreur est à son comble, à cause de la cruauté de leur propriétaire et de ce monde en général. Sous les secousses du vent, divers arbres tremblent. On les croirait secoués par d'invisibles pinces, comme si leur dernière heure était venue. Un oiseau troublé dans son repos s'envole en criaillant. Des cris étouffés élèvent leurs voix. On ne sait pas exactement d'où ils viennent et où ils vont. Ils sont difficiles à localiser. Ce sont les forces de la nature.

    http://www.facebook.com/l/4e448;www.marseille2013.org/spip.php?article381

  • J'aime les mots

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    D'énormes icebergs de béton émergent, géométrie d'ombres et de souvenirs, rêve de pierre que nul réveil n'interrompra jamais. Les odeurs des gaz d'échappement me parviennent avec le rugissement des moteurs. Plantés au-dessus de ma tête, des écrans d'affichage électronique, affichent des annonces soulignant que les règles de sécurité sont dignes d'un aéroport. Quelques mètres plus loin, le stade de football se dresse sous des rangées de projecteurs qui illuminent le ciel nocturne. Le match vient de s'achever. Les spectateurs se déversent dans les rues, à la recherche de leur voiture. Certains tambourinent sur le toit des véhicules. Ils ont tous l'air de bonne humeur, mais curieusement menaçants, comme s'ils célébraient à travers le football le dernier espoir de violence de notre société qui marche en somnambule vers l'anéantissement, sans penser à rien, qu'aux logos de son linceul.