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photo de marseille - Page 3

  • Rond point

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    La mer au loin. le ciel blanc. aucun arbre. lunettes noires. bouches qui tètent des sodas. couples aux visages luisant comme du bois ciré. Elle titube. Pourtant, elle n'a pas bu. Elle garde les yeux grands ouverts. Elle observe les voitures qui démarrent ou freinent aux feux rouges. Elle lève la tête vers le ciel. Elle reste debout. Elle ne se rappelle plus la saison qui l'a poussée à sortir de chez elle. Elle marche sur le trottoir. Elle regarde parfois la vitrine d'une boutique. Elle a chaud. Elle jette son manteau dans une poubelle. Elle revient sur ses pas pour le récupérer. A présent, il sent mauvais. Elle s'arrête pour voir les noms des rues. Elle ne sait pas où aller. Elle préfère continuer à marcher. Elle en a assez de voir les gens marcher tête baissée sur les trottoirs. Elles se demande ce qu'ils peuvent avoir dans la tête tous ces gens dans la rue. Elle ne peut se retenir d'éclater de rire dans la rue, sans aucune raison, pour le seul plaisir de se sentir en vie. Elle s'assoit sur un banc près du bac à sable désert.  Les piétons marchent dans un sens et dans l'autre. Certains s'arrêtent au milieu du trottoir sans qu'on sache pourquoi. Elle essaie de bronzer. Elle ne dit rien. Elle regarde sa montre. Elle regarde les lignes de ses mains. Elle les trouve profondes. Elle regrette de ne pas croire aux signes du destin.

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  • Travelling

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    Il s'assoit sur le banc auprès d'elle. Elle croise les jambes. Elle lui tourne le dos. Elle feuillette un magazine. Elle hoche la tête. De l'autre côté de la place, une jeune femme, penchée à une fenêtre, bat un tapis. Elle serre les lèvres. Il fixe le sol. Elle referme son magazine. Elle se lève. Il la regarde. Elle le regarde en hochant la tête. Elle se met un foulard sur la tête. Elle part. Il reste assis tout seul. Il a pourtant essayé bien des fois. Il pense à la solitude qu'il éprouve. Il reste là, assis sur le banc, à se demander pourquoi. Il allume une cigarette. Il regarde de nouveau autour de lui. Il sourit. Il se gratte la tête. Il se prend la tête entre les mains. Il hausse les sourcils. Il hoche la tête. Il hausse les épaules. Il rit tout seul sans trop savoir pourquoi. Il serre ses bras autour de lui. Il fait des bruits de baisers. Au bout d'un moment, il se lève. Il rentre dans un petit café. Elle sort. Il la suit du regard. Il s'assoit en soufflant. Elle hoche la tête. Elle détourne le regard. Elle ramasse un caillou. Elle fait passer le caillou d'une main à l'autre. Il se sent heureux rien qu'à la regarder. Elle pousse un profond soupir. Elle allume une cigarette. Elle tire quelques bouffées. Elle s'en va en regardant droit devant elle. Il commande un café avec un verre d'eau.

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  • Vous me suivez

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    Elle marche plus vite. La rue monte et les maisons se font rares. Le sang coule, abondant et chaud, dans ses veines. Elle peut entendre ses pas sur le macadam usé. Une boîte de tomates en conserve titube au milieu de la route. Elle continue à marcher en la poussant devant elle à grands coups de pied. Elle marche à pas rapides. Elle se fraye un chemin à travers les bruits rugueux et tranchants, en dent de scie, de la rue. Elle fait son possible pour modeler le balancement de ses hanches en marchant. L'air lui fouette le visage. Elle marche à grandes enjambées en regardant droit devant elle. Elle marche en silence. La pluie se met à tomber. Au bout de la rue, derrière des petites maisons noires semblables à des boîtes à chaussures, un éclair zigzague parfois. Une odeur de poussière mouillée monte de l'asphalte. Sur son front, les gouttes d'eau sont fraîches. Un long roulement de tonnerre gronde. La pluie se met à tomber à verse. Elle a envie de courir en hurlant des insultes. La pluie siffle sur les pavés. Maintenant, elle a les genoux mouillés. Elle marche. La rue s'étend sous la pluie. Elle marche, anonyme, simple cellule de la foule. Elle prend l'escalier roulant du métro et monte dans un wagon. Debout, elle se laisse soutenir par la masse des autres corps. A chaque station, on la bouscule. La pression devient plus forte. Elle n'oppose aucune résistance. Elle s'abandonne.

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  • Une belle journée

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    Le soleil déverse une lumière nette et dure sur la rue étroite, qui met en relief les choses dans leur exacte vérité. L'homme porte un chapeau de feutre noir et une chemise de palmiers rouges et bleus. Les rides de sa figure tannée sont profondes. Lorsqu'il plisse les yeux pour mieux voir, son large sourire découvre une bouche partiellement édentée. Il ressemble à un homme qui est resté longtemps sans boire. Ses cheveux sont noirs et lisses. Il paraît jeune, mais avec un air d'insatisfaction sereine, comme s'il avait une profonde connaissance de la vie. Lentement, il s'avance jusqu'au carrefour et s'appuie face au soleil contre un magasin au rideau baissé.Ses paupières se ferment petit à petit et on dirait qu'il va s'endormir contre le mur. Il garde cette pause près d'une minute.
    "Je donnerais une fortune pour vivre dans un endroit où je pourrais voir le soleil se coucher, comme ça, tous les soirs !" pense-t-il.
    Puis, il plonge la main dans sa poche de pantalon et en sort un paquet de tabac et du papier à cigarettes. Il se met à rouler une cigarette et la fait glisser sous sa lèvre supérieure où elle tient toute seule. Il tire de son autre poche une boîte d'allumettes et en allume une sur sa semelle.
    Il tient l'allumette enflammée comme s'il étudiait le mystère de cette flamme qui consume l'allumette et monte dangereusement vers ses doigts. Mais, à l'instant précis où la flamme va l'atteindre, il se penche, referme la main sur la flamme qui s'incurve vers son nez, comme s'il voulait y mettre le feu, et la cigarette s'allume.
    Il jette l'allumette brûlée et un jet de fumée grise fuse de ses lèvres.
    Quand la cigarette a atteint la taille requise, il ouvre la bouche, et il reste un bon moment comme s'il l'avait avalé.

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  • Fragment de vie

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    Avec sa petite cape rapée, elle ressemble à une ancienne courtisane huppée qui a vécu comme les cigales et n'a rien gardé pour ses vieux jours. Elle traverse le bar en silence et se faufile entre les tables. Les clients la suivent du regard. Elle s'installe près du chauffage et allume une cigarette. Elle se tait. Elle continue de fumer. Aujourd'hui, elle est un peu souffrante. Elle a des frissons. Tout tourne quelque peu autour d'elle. Elle tire sur sa cigarette. Elle penche un peu la tête. Elle a les joues flétries et les paupières rouges comme à la suite d'une maladie.
    La poitrine haletante, les tempes en feu, le ventre comme une boîte à musique dont le ressort est cassé, les oreilles bourdonnantes, elle essaie de réfléchir. Ses idées se poussent, se battent, se bousculent, tombent et se relèvent dans sa tête qui ressemble à un train fou.
    Elle sent dans sa chair une chaleur suffocante, une chaleur qui la laisse à peine respirer, une chaleur reliée par mille petits fils invisibles à d'autres chaleurs. Son front lui fait mal. Elle porte une main à son front. Elle est à bout.
    Dehors, à mesure que la nuit s'épaissit, la rue prend un air affamé et mystérieux à la fois. Un petit vent qui court comme un loup, siffle entre les immeubles.

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