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photo de graffiti - Page 4

  • En direction de la rue Sénac

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    J'ouvre ma fenêtre et je regarde le graff tracé à la hâte sur le mur d'en face. La rue aboutit à quelques marches qui mènent sur une place piétonne entourée de maisons ocre jaune et de terrasses de cafés. Le matin, des clients prennent leur petit-déjeuner penchés sur leur journal. Seule la moitié infèrieure de leur visage change. Leurs yeux demeurent identiques, scrutateurs : des yeux de lecteurs attentifs aux faits divers.
    Tout près, un chien s'arrête devant chaque tronc d'arbres, devant chaque arbuste, en reniflant tout ce qui lui tombe sous le museau.
    Un peu plus bas, en direction de la rue Sénac commence la vie des filles de joie et des travestis opulents, qui exhibent leurs perruques en plastique, surveillés par les maquereaux qui font la police aux coins des rues.
    Des petits hôtels pour une demi-heure. Des clients qui négocient les prix. Le tout pathétique et violent dans les rues où s'amoncellent les poubelles.

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    p.76 vous pourrez lire ma microfiction
    Notre Dame des morts violentes

  • Dernier match de la saison

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    La lumière très vive écrase et tache la ville en noir et blanc. masses de béton et fenêtres vides. pas de couleurs aujourd'hui. Je marche dans les rues jusqu'à la gare. Autour de moi, beaucoup de chantiers. des immeubles réparés ou démolis. de nouveaux construits à la place.
    Tout au long du trajet, les rues empestent la pisse et la merde. Cours Garibaldi, un bazar asiatique vient d'ouvrir ses portes. Parmi les bouilloires et les casseroles, les pots et les ustensiles, parmi les vêtements et les chaussures, l'huile de sésame et la sauce de soja, parmi les fruits et les légumes, il y a du café et de la soie.
    Dans la gare, des centaines de personnes attendent des trains. Il y a des gens. des gens qui marchent vite. des gens qui sortent de la bouche du métro. Il y a des bagages partout. une masse dense ondule sur les quais. Je vois une femme qui porte des bas noirs. Elle s'explique avec un distributeur automatique de billets de banque. Plus loin, un enfant cherche des trésors dans les poubelles. Un jeune garçon, tout en cuir, avec un crucifix tatoué sur le nombril, l'accompagne.
    Même si je sens la chaleur du soleil sur ma peau, la fraîcheur de l'air me rappelle que l'hiver vient juste de finir. pas d'arc-en-ciel aujourd'hui. Les nuages vont vite. Je tourne la tête. Sur le parking, un jeune garçon avec un ballon. un jeune garçon avec un rêve. un ballon sur son pied. sur son genou. sur sa tête. Un jeune garçon avec un ballon, sous le soleil et sous le pluie.

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    Revue Squeeze N°4
    "Nietzsche dans le souterrain"

     

     

  • Treize heures quinze

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    La jeune femme à côté de moi, dans le bus, n'arrête pas de sourire , en regardant bien sagement droit devant elle. A sa hauteur, de l'autre côté du couloir central, il y a un garçon blond avec les cheveux en brosse très courte. Derrière, une grande femme d'âge mûr porte un blouson des surplus de l'armée. Après avoir parcouru le journal local, elle le replie et regarde sa montre. Treize heures quinze. Debout, un individu de haute taille, barbu, avec un appareil photo qui se balance à son cou, flotte dans une salopette et un T-shirt trop larges. Sur une banquette, à l'avant du bus, un homme porte une moustache très fine, taillée avec soin. On dirait qu'il vient de se faire raser chez un barbier. Dehors, le vent souffle avec force et sans relâche. Les gens dans les rues filent le long des trottoirs dans leurs vêtements lourds et sombres.

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  • Impasse Montévidéo

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    Il est debout près d'une porte vitrée munie de rideaux. Il est courbé comme s'il allait tendre la main et ouvrir. Mais il se retourne lentement. La pluie dégouline sur la fenêtre près de lui. Il va dans un recoin, prend une bouteille de bière dans le frigo, l'ouvre, et boit au goulot une longue gorgée. Il écoute la bière dans sa bouche, puis la pluie, puis un bruit de pas au-dessus de sa tête, le son étouffé d'un poste de radio quelque part au fond d'un couloir, des voitures qui passent à toute allure dans la rue au-dessous de lui en éclaboussant le bâtiment, un bus arrivant à son arrêt avec un bruit mouillé. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des avenues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. De l'autre côté de la rue, dans la brume, s'étend le grand parc avec par endroits des arbres. Il y a des nuages bordés d'argent qui filent à tout allure vers l'horizon sombre comme s'ils étaient attirés par un aimant.

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  • Voix off

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    Le ciel est très bleu. Au-dessous, les voies express et le vacarme des moteurs. Plusieurs poteaux métalliques abandonnés après des travaux. Dans un coin, des sacs et des cartons empilés, protégés des intempéries par une couverture en plastique. Une clôture hérissée de fils de fer barbelés sur la partie supérieure. Quelques couvertures élimées sont roulées sur un matelas crasseux. Des bouteilles vides traînent. Il y a des brins de tabac et des petits filtres de joints racornis.
    Dans la foule qui descend du tramway, elle est coiffée d'un foulard rouge. Elle regarde autour d'elle. les gens marchent vite, traversent en courant, font la queue devant un distributeur de billets : infinité d'identités fragiles, de corps qui se frôlent, s'évitent, parfois se heurtent, dans une étrange chorégraphie au coeur de la ville.
    La ville qui attend son heure pour les vomir et les recracher, comme des corps étrangers.

    L'Ampoule n°2 "Art & danger" des éditions de l'Abat-jour
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