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photo de graffiti - Page 3

  • Variations urbaines

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    J'appartiens au voyageur qui voit dans la trace l'indice d'un évènement qui l'a précédé. Je fais de la fluidité du temps l'espace même de mes actes nécessaires. Il y a tant de manières différentes de ressentir les phénomènes de la ville. Rien n'est constant. Tout change constamment. Nous sommes assaillis par une multitude d'impressions, différentes sensations, force/énergie se composent et se recomposent autour de nous. Le temps ne peut pas se répéter. Tout change continuellement. Tout se résume au mouvement. Tout est toujours différent. Il n'y a rien qui constitue jamais une fin parce que tout peut devenir la base de quelque chose de neuf et de différent. Entrelacées, marginalité et disparition ne cessent, dans l'état actuel des choses, de s'engendrer mutuellement.

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    Shoot canin page 38

  • Changement d'heure

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    Le vieil homme sur le trottoir. voix aiguë. nasillarde. discours qui ne veut rien dire. Il est tapi entre deux automobiles en stationnement. Voiture de police qui tourne au coin de la rue. Gaz d'échappement. Une fille en pantalon rose. chaussures à talons exagérés. chevelure en désordre. Les hommes la dévisagent. Au marché des Capucins les mouches bourdonnent. Le sol est puant. Les gens passent. Les gens hâtent le pas. Les gens détournent les yeux. Ils regardent parfois avec curiosité. Il fait froid en ce moment. Il fait très froid. Il y a du vent. un vent fort qui souffle. On le sent dans les os. On s'en remplit les poumons. On respire des odeurs abrasives. L'air a mauvais goût. L'air empeste. Une température assez fraîche pour purifier les poumons, et cependant l'air empeste. Le ciel tourbillonne avec le vent. On sent l'air froid s'insinuer autour du châssis de la fenêtre. Il va falloir calfeutrer. Un clochard étalé sur le seuil d'un immeuble. Il mourra peut-être de froid. Bientôt le solstice d'hiver.

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    mes microfictions à lire dans la revue l'Ampoule

  • La canne à pêche

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    Les vagues martèlent sans relâche les gros rochers lisses qui gisent, comme tombés de la main d'un géant étourdi, au pied des falaises éternellement résistantes. On a peine à concevoir que c'est la même mer qui prend le bleu cristallin de l'été et déploie une uniformité azurée que seules troublent les minces nappes d'huile laissées par les bateaux de pêche ou le blanc éclatant des mouettes qui planent. Pour l'heure, la mer est agitée. Elle vomit des boules d'écume qui filent à sa surface et d'inévitables bouteilles qui ne contiennent aucun message.
    Tandis que j'approche du bord de l'eau, la canne d'un pêcheur est presque verticale. Son extrémité vibre très haut au-dessus de sa tête tandis qu'à ses pieds le poisson tourbillonne et se courbe. Des deux mains, il serre si fort sa canne que ses articulations blanchissent. Lorsqu'il lève sa canne, ses pieds nus glissent sur le rocher lisse et mouillé, et il tombe dans l'eau. "Putain !" s'exclame le pêcheur en se remettant péniblement debout sur le rocher. Il est trempé jusqu'aux genoux. Je me penche pour récupérer sa canne et le lui rend.

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    p.76 vous pourrez lire ma microfiction
    Notre Dame des morts violentes

  • Musique de chantier

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    Marseille est une musique de chantiers, avec ses couches sonores, ses strates, leurs creusements, leurs forages et leurs grues haut levées. Des communautés de décibels s'y combattent et y font alliance. Marseille est discordante, comme un orchestre symphonique avant le concert, lorsque chaque musicien accorde son instrument pour lui seul. Les grues qui tournent dans le ciel avec leurs paquets de moellons et leurs poutrelles font des gestes lents de girouettes ou de boussoles. Au large, la mer est ronde et bleue, traversée de risées blanches qui s'en vont au loin.

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  • Un jus de ciel bleu

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    Ciel bleu sur les banlieues, les blocs de gris et les bétons, les ballasts, les tags et les buissons des petits jardins. Ciel bleu dans la mer et sur les autobus climatisés. Ciel bleu sur la place des capucins et sa rue longue où brillent les tranches de pastèques, les fruits sur les étalages, les boîtes de thé et le tabac à chiquer.
    Ciel bleu, klaxons, balayettes et sacs en plastique, odeur de goudron, on se racle la gorge, on crache, "cigarettes, légendes, marlboro", des pas, des voix, des cris, des marteaux, des machines, voix et musique partout, la ville est un chantier et le monde me saute aux yeux, comme les mots venus sur le papier, avec des gestes et des voix me sautent aux yeux.
    Et je suis ce rien, doué de phrases, qui retraduit en évidence son ignorance : écrire vient dire son mot.

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