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marseille - Page 5

  • Invader

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    Trois grands mâts de panneaux indicateurs se dressent sur des caissons cimentés au bord du périphérique. En contrebas, des carcasses de vieux fourgons et de voitures rouillées, des tas de pneus et de ferraille, des mauvaises herbes, et quelques cent mètres plus loin, un centre commercial. [Bruits de tambours incessants, continus] Des voitures passent à toute vitesse en direction d'un tunnel. Je vois leurs toits au-dessus du garde-fou. Soudain, une sirène de police monte, de plus en plus aiguë, comme pour se frayer un chemin dans les files de voitures. Je regarde le crépuscule glisser sur les façades. La taille des immeubles semble changer selon les jeux de la lumière sur les panneaux de verre, comme pour jeter un défi au soleil. [Pendant quelques secondes, des éclats de musique amplifiée roulent sous le ciel] En parcourant les alignements interminables de balcons, j'ai soudain la vision de milliers de personnes incapables de demeurer là plus longtemps et se mettant à courir entre les voitures poussiéreuses. [Une cacophonie vagissante emplit l'air]

  • Les brocolis

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    Nous qui achetons des tomates, des carottes, des chewing-gums et du papier toilettes, on forme de longues files. On avance un peu. On attend. Une femme pèse des brocolis sur une balance et examine cette balance avec un grand sérieux. Elle porte une robe rose et des faux cils. Elle prend des brocolis. Elle les glisse avec précaution dans un sachet plastique transparent. Je regarde la façon dont elle marche. je l'imagine courageuse et folle. Je me dis que rien ne vaut la plaisanterie que nous sommes, le sérieux que nous sommes, la lourdeur que nous sommes.

  • La ville peau

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    La rue. Peau de la ville. Peau sensible. Témoignages. Anciens. Récents. Graffitis. Slogans. Nombreux. Eclatés. Manuscrits.
    Traces sur le corps. L'amour. L'homme. La femme. Aliénés. La critique du pouvoir. La critique de toutes les violences. De toutes les falsifications.
    Peau griffonnée à main nue. Représentation figurative. Murs obscurs des latrines publiques. Poésie de la parole. Crue.
    Magie de l'ellipse. Martèlement du verbe. Témoignage vital du désir.
    Corps. Graffiti. Mot valise d'une époque qui s'abreuve dans la marge d'un gigantesque jeu de Lego à ciel ouvert.
    Plaisir esthétique. Mémorial du temps. Revendication politique. Exutoire obscène -?-
    Degré Zéro de la trace humaine. Expression brute d'une attitude envers autrui ou le monde -?-
    Autonomie de l'esprit gagné sur l'entourage matériel ou grégaire. Inauguration d'une concrétion mentale -?-
    Prototype d'un itinéraire. Premier acte de l'hominisation. Archétype rétrocessif -?-
    Vitalité dressée face au monde qui amène l'homo érectus à privilégier les supports verticaux -?-
    Transe qui dispose l'esprit à la découverte et pose le corps dans l'exécution -?-
    Vivacité fugace. Trace de ce qui dans l'instant nous avive. Seuil minimal de l'auto-référence -?-
    Image qui fait langue au temps où la matière fait sens -?-
    (à suivre)

  • Besoin de rien

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     Rien ne semble plus long qu'un retard imprévu. Rien de plus difficile à décrire, ni de plus ennuyeux à lire "Une heure passa" et la phrase ne contient ni ennui, ni odeur, ni chaleur, ni bruit. "Une heure passa". Il commence à faire frais. La rue est pleine de voitures mal garées. Dans l'une d'elle, une femme allaite son bébé. J'attends quelqu'un qui ne vient pas, ou bien je suis en avance. Le doute me prend. J'enfonce mes mains dans mes poches.