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marseille - Page 4

  • Le dépotoir des rêves

     

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    Heure de pointe habituelle. Lumière du jour déclinant. Nous sommes pris dans un énorme embouteillage. Des milliers de voitures viennent se précipiter dans le coeur de la ville. Le front de mer que nous suivons s'étend sur notre gauche. Nous regardons la mer. Les pare-brise réfléchissent les lueurs incertaines du soleil. Une adolescente en jean se tient sur le passage cloûté. Le garçon qui l'accompagne a passé un bras autour de sa taille. Il lui caresse le sein droit de sa main. Notre regard s'arrête sur le creux dessiné par le jean entre les fesses. L'impeccable géométrie de cette partie du corps se détache pour s'unir au mouvement des véhicules sur la chaussée. La voiture qui nous précède avance de quelques mètres. Les pédales répondent à la pression des semelles. Les avions qui prennent leur envol passent au-dessus de nos têtes. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de béton et de structures d'acier, la voix de David Bowie chante Jean Genie.

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  • Message is the bottle

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    Les voies rapides se chevauchent dans un coït géant aux membres emmêlés et les phares des files de voitures illuminent le soir comme des lanternes pendues à l'horizon. Quelque part, dans cette mosaïque complexe de biens de consommation et de signes extérieurs de richesse, toutes les voies sont obstruées de véhicules pris dans un énorme embouteillage. Les stops brillent dans l'air du soir comme des feux dans une immense plaine de corps cellulosiques. La haute muraille d'un autobus donne l'impression d'une falaise de visages. Les passagers qui regardent, évoquent des alignements de morts. Une voiture de police, phare tournant fouettant l'air d'une lueur bleue, se fraye un chemin sur la rampe descendante. Partout, autour de moi, les perspectives changent. Des mouches grouillent contre le double vitrage. Elles jettent un voile bleuté devant mon regard. J'ai le sentiment que tous les véhicules sont immobiles et que la terre tourne follement sous leurs roues. Lorsque je lève les yeux vers le ciel assombri par la nuit, il me semble que le sperme d'un extra-terrestre inonde tout le paysage ; qu'il alimente en énergie ces milliers de machines qui défilent sur la voie express. Les êtres humains qui peuplent ce paysage n'en fournissent plus les points de référence. Ils ne détiennent plus les clés de leur identité. La pornographie étant devenue la forme la plus intéressante politiquement [montrant comment les hommes se manipulent et s'exploitent les uns les autres de la manière la plus impitoyable] les êtres humains qui peuplent ce paysage poursuivent un rêve de violence et de sexualité, tuant chaque année des milliers de personnes et en blessant des millions. L'excés de bien-être fait qu'ils ne sont plus et que le proche doit rester lointain, comme si, se mêler à son semblable provoquait la confusion.

  • Un gris doux et brumeux

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    Derrière moi, les nuages abandonnent leurs dernières traînées cramoisies à un gris doux et brumeux, ou quelque chose comme ça. Plus haut, dans la rue, un type est devant chez lui à sucer ce qui reste de sa bouteille, en faisant de son mieux pour éviter le tir de batterie de cuisine qui provient de la maison : une grande cuillère en bois, une louche, une moulinette... Finalement, il rentre et le vacarme se change en bruits de gorges. Je monte le reste de la rue. Il ne fait pas beau du tout. Il y a des chats dans les ruelles, et des bouteilles, et des clochards. Une pleine bagnole d'ouvriers du bâtiment arrive et vient se garer en dérapage contrôlé. La boîte à vitesses en prend un coup quand le chauffeur se met au point mort. Les hommes descendent en riant et en se pinçant les fesses, heureux de la liberté qu'ils vont trouver dans le bar après le boulot. Je sais bien que ces hommes-là sifflent probablement après les jolies filles, traitent leurs femmes comme des boniches et votent extrême droite chaque fois qu'on leur en donne l'occasion. Mais pour ce qui est de travailler dur et de rigoler fort, ils enfoncent le clou à tous les coups.

  • Je reste assise

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    Il fait une chaleur à tout casser. J'ai été m'assoir sur les bancs avec les autres passagers. On est tous là, assis, à se dévisager et à se fuir du regard. On mâche du chewing-gum. On boit du café. On va aux toilettes. On pisse. On dort... On est assis sur les bancs et on fume des cigarettes. On se reluque mutuellement. On regarde les étalages. On voit des clodos se balader avec de gros manteaux, malgré la chaleur. On fait partie du paysage comme les trottoirs, les poubelles, les panneaux de signalisation, les sirènes, les voitures, les graffitis, la mer, la lune, les soirs où il y a la lune...